Aspects neurochirurgicaux des adénomes hypophysaires Cours
d'endocrinologie
Introduction
:
La prise en charge des adénomes hypophysaires nécessite une
collaboration étroite entre différents intervenants, généralistes ou
spécialistes, incluant endocrinologue, ophtalmologiste, biologiste,
radiologue, neurochirurgien et anatomopathologiste.
Chacun des
maillons de cette chaîne est important, et dans l’urgence possible,
l’équipe doit être parfaitement rodée.
Le diagnostic clinique est primordial.
La symptomatologie des
différents adénomes en est rappelée.
La biologie confirme le diagnostic clinique, et permet dans certains
cas d’instituer un traitement médical spécifique et/ou une
substitution hormonale.
Les aspects radiologiques fournis par l’imagerie par résonance
magnétique (IRM) sont décrits en détail, car leurs informations
concernant les possibilités chirurgicales sont essentielles.
Deux notions primordiales président à cette analyse : le caractère
« micro » ou « macro » de l’adénome, son caractère enclos ou
invasif.
Les techniques chirurgicales sont dominées par la voie transsphénoïdale.
La période périopératoire est décrite, de façon à confirmer le
caractère bénin de l’intervention par voie transsphénoïdale pour une
équipe entraînée.
Les complications sont cependant rappelées.
Les indications thérapeutiques et les résultats sont analysés à la
faveur de données personnelles et de la littérature : d’une façon
générale, les résultats dépendent de la taille de la tumeur et du taux
préopératoire de l’hormone concernée.
Dans les adénomes non fonctionnels, les troubles visuels sont
améliorés dans la grande majorité des cas.
Un suivi à long terme
est nécessaire, car les récidives biologiques ou tumorales sont
possibles.
Données étiopathogéniques
et épidémiologiques
:
A - CLASSIFICATION DES ADÉNOMES HYPOPHYSAIRES :
Les adénomes hypophysaires se distinguent en fonction de leur
caractère sécrétant, et fonctionnel ou non fonctionnel.
Un adénome
sécrétant comporte des granules sécrétoires contenant une ou
plusieurs hormones détectables en immunocytochimie.
Il est qualifié
de fonctionnel s’il existe une hypersécrétion hormonale décelable
dans le plasma, et responsable le plus souvent d’un syndrome
clinique spécifique, fonction du type d’hormone sécrétée.
Mais
certains adénomes sécrétants ne sont pas fonctionnels, parce qu’ils
ne s’accompagnent d’aucune manifestation d’hypersécrétion
hormonale.
Ils sont alors qualifiés de silencieux ou d’adénomes
gonadotropes s’il existe, au sein de l’adénome, plus de 5 % de
cellules gonadotropes immunoréactives.
Les hormones
gonadotropes sont des hormones glycoprotéiques composées de
deux sous-unités, alpha et bêta.
La sous-unité alpha est commune à
toutes les hormones de cette catégorie : follicle stimulating hormone
(FSH), luteinizing hormone (LH), thyroid stimulating hormone (TSH),
human chorionic gonadotrophin (hCG).
La sous-unité bêta est
spécifique de chaque hormone.
Les adénomes mixtes ou plurisécrétants ne sont pas exceptionnels, surtout l’adénome
gonadotrope.
B - DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES :
Les enquêtes épidémiologiques portant sur les adénomes
hypophysaires sont rares.
Quelques chiffres peuvent être proposés :
11 % d’adénomes hypophysaires dans une série de 9 737 autopsies, 6,1 % dans une autre série autopsique, 10 % d’images
compatibles avec la présence d’un adénome hypophysaire en
IRM.
Une étude italienne de 1991 fait état d’une prévalence de
200 adénomes hypophysaires par million d’habitants (0,02 %) et
d’une incidence annuelle de 15,5 par million d’habitants.
Concernant la répartition des différents types d’adénomes, l’analyse
des données de la littérature fait apparaître les données suivantes :
– l’incidence annuelle d’un adénome à growth hormone (GH) est de
trois ou quatre dépistés par million d’habitants et par an.
Ce
chiffre correspondrait en France au dépistage d’environ
180 nouveaux patients par an. Ces chiffres doivent être nuancés du
fait de la grande latence du diagnostic ;
– concernant la maladie de Cushing, l’incidence se situe entre un et
dix cas par an et par million d’habitants.
Chez l’adulte, la
maladie de Cushing est la cause de 70 % des syndromes de
Cushing ;
– la prévalence des adénomes non fonctionnels diagnostiqués du
vivant des patients se situe entre 70 et 200 par million d’habitants,
avec une incidence annuelle de trois à cinq nouveaux cas par million
d’habitants.
Ces données doivent naturellement être nuancées, dans la mesure
où le perfectionnement des techniques d’imagerie et leur
accessibilité plus grande en routine, permettent actuellement un
diagnostic plus précoce des adénomes hypophysaires.
La nuance
doit également être soulignée en fonction de l’accessibilité et de la
disponibilité à un plateau d’imagerie performant, fonction de l’État
européen concerné ou de la région concernée.
Les chiffres doivent
également être interprétés en fonction des biais de recrutement
particuliers médicaux et/ou chirurgicaux.
Données anatomiques :
Il est habituel de distinguer deux grandes catégories d’adénome
hypophysaire : le macro- et le microadénome.
Il faut également
distinguer l’adénome enclos de l’adénome invasif.
Ces distinctions
n’ont pas qu’une valeur théorique ; elles permettent en grande partie
de prévoir les possibilités d’exérèse complète ou incomplète, donc
de formuler déjà avant la chirurgie une valeur pronostique de
guérison.
Enfin, ceci autorise la comparaison des résultats en
fonction du type anatomique et des séries publiées.
A - MICROADÉNOME :
Par définition, son diamètre est inférieur à 10 mm.
Il est donc intrahypophysaire et une grande partie de l’hypophyse normale est
conservée.
À ce stade, les manifestations cliniques sont purement
endocriniennes, dépendant du type d’hypersécrétion hormonale
concernée, et seuls donc peuvent être diagnostiqués à ce stade les
adénomes hypophysaires sécrétants responsables d’une acromégalie,
d’un syndrome aménorrhée-galactorrhée chez la femme, d’une
maladie de Cushing.
Il n’y a pas d’insuffisance hypophysaire.
La consistance du microadénome est souvent molle, friable, parfois
nécrotique ou hémorragique.
Le caractère fibreux (7 % des cas) est
donc plus rare.
La limitation de l’adénome avec le tissu
hypophysaire normal est souvent nette, ce qui autorise sa
conservation et permet de réaliser ainsi une exérèse qualifiée de
sélective.
Parfois, et surtout dans l’adénome corticotrope, cette limite est
moins nette, comme si l’adénome pénétrait de façon irrégulière et
non homogène le tissu hypophysaire sain.
C’est la raison pour
laquelle l’exérèse de l’adénome corticotrope est assez souvent élargie
au tissu hypophysaire normal adjacent.
B - MACROADÉNOME INTRASELLAIRE :
Son diamètre est donc supérieur à 10 mm.
La tumeur occupe la
presque totalité de la selle turcique qui s’est laissée déformer.
Le
tissu hypophysaire peut persister, sous la forme d’une mince lame
de tissu adhérant à l’une des parois de la selle.
Les manifestations
endocriniennes dominent encore le tableau clinique : syndrome
d’hypersécrétion, mais aussi possibilité d’insuffisance hypophysaire
au moins partielle.
Il n’existe pas de signe de compression d’élément
nerveux du voisinage.
L’exérèse vise là encore à une exérèse
complète et sélective, dans la mesure où l’adénome reste le plus
souvent enclos, en ce sens qu’il ne franchit pas les parois de la selle
turcique.
Il peut cependant exister des adénomes intrasellaires
invasifs, ceux qui ont traversé les parois méningées et osseuses de la selle turcique.
La constatation peropératoire d’une telle invasion,
même limitée, peut faire craindre une absence de guérison.
C - EXPANSIONS :
Elles sont définies par le fait que la tumeur a dépassé les limites
anatomiques de la selle turcique.
1- Expansion suprasellaire médiane
:
C’est la plus fréquente. Le diaphragme sellaire est peu résistant et
va se laisser distendre par la poussée tumorale, et ce de façon plus
ou moins importante.
C’est ainsi qu’il est habituel de classer cette
expansion suprasellaire médiane en trois catégories :
– type I : l’expansion arrive au contact du chiasma optique,
n’oblitérant que partiellement la citerne optochiasmatique ;
– type II : l’expansion soulève le chiasma et comble la totalité de la
citerne ;
– type III : l’expansion soulève la partie antérieure du IIIe ventricule.
Si les nerfs optiques sont longs, l’expansion est en situation préchiasmatique ; si au contraire ils sont courts, l’expansion est
rétrochiasmatique.
Sur le plan clinique, à ce stade et en fonction du type de l’expansion,
aux manifestations endocriniennes latentes ou évidentes va s’ajouter
la possibilité de signes visuels par compression chiasmatique, au
début quadranopsie bitemporale supérieure, puis hémianopsie
bitemporale, plus tardivement baisse de l’acuité visuelle puis
atrophie optique et cécité.
Si l’expansion suprasellaire est plus latérale, la formule visuelle peut
être asymétrique et comporter une atrophie optique unilatérale par
compression isolée d’un nerf optique, ou une hémianopsie latérale
homonyme par compression d’une bandelette optique.
Même à ce
stade, l’adénome peut rester enclos, et son exérèse totale possible.
Si
en revanche il est invasif et qu’il a traversé les parois de la selle,
l’exérèse n’est qu’incomplète.
L’analyse minutieuse de l’imagerie est donc essentielle, car elle peut
déterminer le choix de la voie d’abord : s’il existe un collet étroit
entre le contenu intrasellaire et l’expansion suprasellaire, la voie
transsphénoïdale est contre-indiquée.
2- Expansion sphénoïdale
:
Elle revêt deux aspects anatomiques distincts :
– dans un adénome enclos, le plancher sellaire s’amincit ; il est
réduit à une mince lamelle osseuse puis disparaît sous la pression
tumorale.
La tumeur fait donc saillie dans le sinus sphénoïdal mais
reste recouverte de la dure-mère amincie, bombante et distendue,
mais d’aspect macroscopique normal.
L’existence d’une telle
expansion n’empêche pas la possibilité d’une exérèse totale ;
– dans un adénome invasif, la tumeur a envahi la dure-mère, détruit
le plancher et s’extériorise directement dans le sinus sphénoïdal.
Elle
peut creuser le spongieux du corps du sphénoïde, pouvant amener des destructions importantes du massif sphénoïdal.
L’exérèse est
donc le plus souvent incomplète.
La traduction clinique est souvent
pauvre, mais peut être marquée par des épistaxis ou une rhinorrhée.
3- Autres expansions
:
* Expansion jugale :
Si les nerfs optiques sont longs, l’expansion s’insinue entre les deux
nerfs optiques en avant du chiasma et se développe sur la ligne
médiane au-dessus du jugum sphénoïdal, soulevant la face
inférieure des lobes frontaux.
Il n’existe pas dans ce cas de
traduction clinique spécifique, sauf dans les adénomes géants où un
syndrome frontal est possible.
L’exérèse est dans ce cas réalisée par
voie crânienne.
* Expansions supérieures et latérales
:
Ces expansions sont l’apanage des adénomes qui se sont échappés
entre le nerf optique et la carotide supraclinoïdienne, ou entre la
carotide et le nerf moteur oculaire commun.
Elles communiquent
donc avec la selle turcique par un étroit collet et ne sont pas
accessibles par voie transsphénoïdale.
* Expansions postérieures :
Dans ces cas, la tumeur se développe derrière le chiasma optique,
envahit la citerne interpédonculaire, refoule le plancher du IIIe ventricule
jusqu’aux trous de Monroe qui, s’ils sont obstrués, conduisent
à une hydrocéphalie et une hypertension intracrânienne.
De façon
plus exceptionnelle, l’adénome s’insinue derrière le chiasma, puis
vers le bas derrière le dorsum sellae, refoulant le tronc basilaire et le
tronc cérébral.
Ces formes sont susceptibles d’entraîner des signes
de compression du tronc cérébral.
* Expansion intracaverneuse :
L’expansion intracaverneuse vraie est le fait d’un adénome invasif,
puisqu’il a fallu que la tumeur perfore la paroi médiane du sinus
qui ferme latéralement la selle turcique.
Cette expansion peut rester
longtemps asymptomatique, mais lorsque le sinus est plein, il
apparaît progressivement, mais parfois brutalement, une paralysie
oculomotrice plus ou moins complète du III et du VI, des douleurs
faciales et une hypoesthésie trijéminale.
Bien entendu, l’exérèse de
cette expansion n’est pas réalisable, la carotide intracaverneuse étant
englobée dans la lésion.
Cet englobement radiologique reste le seul
critère absolu d’envahissement.
Le plus souvent, le sinus caverneux
n’est pas envahi, mais repoussé latéralement par la pression
tumorale.
* Expansions temporales :
Dans ces cas, l’adénome a quitté la selle turcique au-dessus du toit
du sinus caverneux, longe la bandelette optique, puis refoule la face
interne du lobe temporal.
La traduction clinique peut alors être
marquée par une hémianopsie latérale homonyme et des crises
comitiales temporales.
* Adénomes paninvasifs :
Ce sont des adénomes géants présentant des expansions
volumineuses et multidirectionnelles.
Leur caractère invasif est
certain.
Les tentatives de réduction tumorale sont aléatoires et
dangereuses.
En cas d’atteinte visuelle majeure, une chirurgie décompressive peut être proposée.
Aspects tumoraux inhabituels :
1- Dégénérescence kystique
:
L’existence d’une transformation kystique partielle n’est pas
exceptionnelle.
Elle peut se voir dans des macroadénomes.
Le kyste
est plus ou moins teinté, fonction de sa densité en protéines, et peut
donc revêtir un aspect variable en IRM.
Le diagnostic peropératoire
avec un craniopharyngiome peut être hésitant.
Les adénomes
sécrétants kystiques comportent souvent une hyperhormonémie
modérée.
2- Hématomes intratumoraux :
Ils sont retrouvés dans deux circonstances différentes :
– dans 30 % des cas d’adénomes à prolactine, il est retrouvé un
hématome fluide, noirâtre, petit, de 1 à quelques centimètres cubes,
sans aucune traduction clinique particulière, tout au plus un épisode
de céphalées inhabituel et spontanément résolutif.
L’adénome est
retrouvé en périphérie de cet hématome sous la forme d’un tissu
granuleux, mou et nécrotique.
Le dosage de la prolactine dans cet
adénome montre en revanche des taux très élevés, jusqu’à plusieurs
milliers de nanogrammes ;
– la deuxième circonstance est plus rare mais plus dramatique : il
s’agit d’un tableau aigu de pseudohémorragie méningée, avec signes
visuels ou paralysie oculomotrice. L’intervention retrouve un
hématome très remanié avec suffusion hémorragique diffuse et
nécrose.
3- Consistance fibreuse :
Normalement, un adénome hypophysaire est mou, parfois fluide,
parfois plus ferme.
La consistance fibreuse et hémorragique est
relativement rare (4 % dans notre série).
Celle-ci n’autorise qu’une
exérèse incomplète.
Elle peut être suspectée sur l’importance
particulière et inhabituelle de la prise de contraste en imagerie.
4- Calcifications :
Elles sont rares, rencontrées le plus souvent dans les adénomes à
prolactine.
Elles n’ont aucune signification pronostique particulière,
et ne peuvent que faire douter du diagnostic.
Modalités évolutives :
L’histoire naturelle d’un adénome hypophysaire est, comme toute
autre tumeur, celle d’une tendance à l’augmentation progressive de
son volume.
Celle-ci peut se produire plus ou moins rapidement.
Certains adénomes n’ont qu’une très faible tendance proliférative,
et peuvent donc rester très longtemps des microadénomes.
En
revanche, les lésions de plus de 10 mm de diamètre ont une
propension à grossir. Cette évolution lente peut être émaillée par
des accidents aigus liés à une dégénérescence nécrotique ou
kystique, ou à une hémorragie intratumorale.
Ces phénomènes sont
favorisés par la grossesse, des traitements oestrogéniques
intempestifs ou un traitement anticoagulant.
Ces hémorragies
surviennent en général sur des tumeurs déjà volumineuses, et vont
se traduire par un tableau clinique d’hémorragie méningée avec des
céphalées, des vomissements, une baisse de l’acuité visuelle associée
parfois à une ophtalmoplégie par paralysie oculomotrice, et parfois
à une insuffisance surrénale aiguë.
En fonction des signes cliniques, cette situation peut véritablement
représenter une urgence neurochirurgicale.
Ces hémorragies
peuvent aussi détruire complètement l’adénome et représenter un
mode de guérison spontanée.
De façon occasionnelle, et plus souvent maintenant avec le
développement de l’imagerie réalisée pour une raison annexe
(traumatisme, sinusite, céphalées), il est découvert un incidentalome
hypophysaire.
Cette éventualité n’est pas surprenante, dans la mesure où les séries d’autopsies ont montré un microadénome chez
10 à 20 % d’individus normaux.
La décision thérapeutique dans
ces cas peut être difficile, et tient compte de la taille de l’adénome,
du risque potentiel de complications visuelles, des possibilités du
traitement médical et de l’âge du patient (à l’hôpital Foch, en 2000,
sur 200 adénomes hypophysaires opérés, 19 étaient des incidentalomes, soit 9,5 %).
Enfin, il existe quelques rares adénomes hypophysaires invasifs et
résistants à toute thérapeutique.
Ils sont considérés comme des
carcinomes hypophysaires dont d’exceptionnelles métastases ont été
observées.
Données cliniques
:
Les signes cliniques permettant de faire évoquer le diagnostic
d’adénome hypophysaire peuvent être classés en plusieurs
rubriques en fonction du caractère sécrétant ou non de l’adénome,
du volume, et de l’âge du patient.
Le caractère sécrétant conditionne les signes cliniques révélateurs :
– aménorrhée-galactorrhée, stérilité primaire, impubérisme ou
aménorrhée primaire, hypogonadisme dans le prolactinome ;
– modifications morphologiques, augmentation de volume des
mains et des pieds, syndrome du canal carpien, hypertension
artérielle chez l’acromégale ;
– hirsutisme, vergetures, prise de poids, hypertension artérielle,
amyotrophie des membres inférieurs dans la maladie de Cushing ;
– hyperthyroïdie dans un adénome thyréotrope.
En revanche, un certain nombre d’adénomes sécrétants n’ont aucune
manifestation endocrinienne spécifique. Ils sont en général
découverts tardivement sur des signes visuels.
Ce sont les adénomes
gonadotropes ou les adénomes sécrétants silencieux.
Les adénomes non sécrétants et donc non fonctionnels s’expriment
généralement par des signes visuels, plus ou moins associés à une
insuffisance hypophysaire totale ou dissociée.
A - BILAN HORMONAL HYPOPHYSAIRE :
Le bilan de base comprend le dosage sanguin des hormones
périphériques témoins de la fonction concernée.
Il permet
d’authentifier l’hypersécrétion hormonale spécifique, l’existence ou
non d’une insuffisance hypophysaire plus ou moins complète, et
déjà d’envisager un traitement substitutif.
Les épreuves dynamiques sont du domaine de l’endocrinologie. Ces
tests se sont multipliés (prolactine sous thyrostimulin releasing
hormone [TRH], GH sous hyperglycémie provoquée par voie orale
[HGPO]).
Ils sont d’une importance extrême dans la maladie de
Cushing pour en affirmer l’origine hypophysaire : test à la dexaméthasone, test au Minirint et à la corticotropin releasing
hormone (CRH).
Dans quelques cas, des réponses dites paradoxales sont observées
sans qu’elles aient de valeur pronostique authentifiée.
Ce bilan hormonal est très important car, dans les tumeurs
sécrétantes, il peut prendre une valeur pronostique de la guérison
ou de la rémission postopératoire.
En outre, l’existence préopératoire
d’une insuffisance hypophysaire est source d’un traitement
hormonal supplétif qui sera sans doute définitif.
B - EXAMEN OPHTALMOLOGIQUE :
Cet examen ophtalmologique doit être précis et comprend une
mesure de l’acuité visuelle, un fond d’oeil et un champ visuel.
Il
conditionne l’urgence thérapeutique, la surveillance sous traitement
médical, les résultats du traitement chirurgical.
L’examen est
d’autant plus important chez le sujet âgé, chez qui un problème
ophtalmologique concomitant est fréquent.
L’existence d’une
hémianopsie bitemporale, même avec une cataracte confirmée, est
très suspecte de compression chiasmatique.
C - BILAN RADIOLOGIQUE
:
L’imagerie hypophysaire doit être d’excellente qualité car elle est
essentielle dans la stratégie thérapeutique.
1- Technique d’imagerie :
La technique d’imagerie de référence de l’hypophyse est
actuellement l’IRM, mais la tomodensitométrie (TDM) garde
quelques indications.
* Imagerie par résonance magnétique :
Elle n’est réalisable qu’en l’absence de contre-indications : absolues
(pacemaker, corps étrangers métalliques intracrâniens ou intraorbitaires…),
relatives (claustrophobie…).
Plusieurs séquences diversement associées sont réalisées :
– des séquences de coupes sagittales et coronales pondérées en T1
(écho de spin) de 3 mm d’épaisseur, espacées tous les 0,3 mm avec
un champ d’exploration de 24 cm par 24 cm en sagittal et de 24 cm
par 18 cm en coronal, une matrice de 512 par 256, et deux à trois
excitations ;
– une séquence de coupes coronales pondérées en T2 (fast spin echo),
de 3 mm d’épaisseur tous les 0,3 mm, un champ d’exploration de
24 cm par 18 cm, une matrice de 512 par 256, deux à trois
excitations ;
– une séquence dynamique en incidence coronale : quatre coupes
de 3 mm tous les 0,3 mm, pondérées en T1 (fast spin echo), un champ
d’exploration de 20 cm par 15 cm, une matrice de 256 par 192, une
excitation. La séquence dure 15 secondes.
Elle est répétée cinq fois :
une fois avant l’injection du produit de contraste (gadolinium), puis
quatre fois dès l’injection du gadolinium en bolus à la dose de
0,1 mL/10 kg de poids ;
– après l’injection de gadolinium (1 mL/10 kg de poids) : des
séquences coronales et sagittales pondérées en T1 identiques à celles
réalisées avant l’injection du produit de contraste, ou une acquisition
volumique pondérée en T1 (fast SPGR), angle de 20° en incidence
coronale : 24 à 60 coupes de 1 mm d’épaisseur selon le volume de la
tumeur étudiée, champ d’exploration de 24 cm par 18 cm, matrice
512 par 256, deux excitations avec reconstruction dans le plan
sagittal et éventuellement axial.
Lors de la recherche d’un microadénome hypophysaire, le protocole
comporte au moins :
– avant injection de produit de contraste, coupes sagittales
pondérées en T1, coupes coronales pondérées en T1 et en T2 ;
– une acquisition dynamique en incidence coronale lors de
l’injection du produit de contraste en bolus ;
– une acquisition volumique en incidence coronale après injection
de contraste avec reconstructions sagittales.
Lors de la recherche d’un macroadénome hypophysaire ou des
surveillances postopératoires, les séquences utiles sont les suivantes :
– avant contraste : coupes sagittales pondérées en T1, coupes
coronales pondérées en T1 et en T2 ; éventuellement, en cas de
volumineuses tumeurs, les coupes peuvent être un peu plus épaisses
(4 mm tous les 0,5 mm) ;
– après injection de contraste : acquisition volumique en incidence
coronale avec reconstructions sagittales et éventuellement axiales.
* Tomodensitométrie
:
Elle conserve quelques indications dans l’exploration des tumeurs
hypophysaires relevant :
– des contre-indications de l’IRM. L’examen est alors réalisé avant et
après l’injection de produit de contraste iodé en bolus en incidence
coronale directe, en coupes de 2 mm jointives explorant l’ensemble
de la loge sellaire.
Les images sont prises en fenêtre parenchymateuse
sans et avec contraste, ainsi qu’en fenêtre osseuse ;
– de la recherche de renseignements complémentaires de ceux fournis
par l’IRM (calcifications tumorales, érosions et déformations
osseuses).
L’examen est alors le plus souvent réalisé sans injection
de contraste en incidence coronale directe, les coupes étant étudiées
en fenêtre osseuse ;
– de certains tableaux cliniques. Certaines apoplexies pituitaires
donnent des tableaux cliniques de pseudohémorragie méningée
amenant à réaliser en première intention un examen TDM
encéphalique.
L’examen comporte alors uniquement des coupes
axiales explorant l’ensemble de l’encéphale, permettant d’éliminer
le diagnostic d’hémorragie sous-arachnoïdienne, et quelques coupes
fines centrées sur l’hypophyse visualisant l’apoplexie pituitaire sous
forme d’une hyperdensité spontanée intrasellaire.
Il est
systématiquement complété par une IRM.
2- Analyse des données radiologiques
:
Elle permet d’obtenir un très grand nombre de renseignements
concernant les caractéristiques de l’adénome :
– sa taille : microadénome (inférieur à 10 mm) ou macroadénome
(supérieur à 10 mm) ;
– l’existence d’une expansion latérale vers le sinus caverneux,
supérieure vers les citernes optochiasmatiques, inférieure vers le
sinus sphénoïdal ;
– l’importance de la prise de contraste peut faire suspecter un
adénome fibreux ;
– l’existence d’une transformation kystique ou hémorragique ;
– la possibilité d’une rupture du diaphragme sellaire marquée par
le caractère irrégulier du pôle supérieur ;
– l’existence d’un collet étroit entre l’adénome intrasellaire et son
expansion, source d’exérèse incomplète par voie transsphénoïdale ;
– l’englobement de la carotide intracaverneuse par l’adénome,
témoin formel de l’envahissement du sinus caverneux et donc de
l’impossibilité d’une exérèse complète.
L’analyse de l’imagerie doit également porter sur :
– la position des carotides intracaverneuses ;
– le degré de pneumatisation du sinus sphénoïdal ;
– l’existence d’une arachnoïdocèle intrasellaire ou d’une selle
turcique en partie « vide », source de fistule peropératoire de liquide
céphalorachidien (LCR).
L’analyse précise de ces données permet de prévoir :
– le caractère enclos ou invasif de l’adénome, notion prédictive
importante d’une exérèse totale ou incomplète dont le patient et le
médecin sont informés ;
– d’éventuelles difficultés de voie d’abord ou d’exérèse ;
– une modification, même mineure, de la technique chirurgicale.
Cette analyse précise est la garantie d’une chirurgie réglée et la
prévention d’éventuelles complications.
En outre, le choix de la voie d’abord est dicté par le recueil
minutieux de ces données radiologiques.