Introduction
:
Le terme d’apraxie a été imposé par Liepmann pour décrire des
troubles du geste chez des sujets qui ne présentent pas de déficits
sensorimoteurs, pas de troubles de compréhension ni détérioration
mentale importante.
Dans ses travaux, Liepmann considère
qu’il existe un seul mécanisme pour l’apraxie dont les différentes
formes (apraxie idéatoire, apraxie idéomotrice, apraxie motrice)
correspondent à des atteintes sélectives des différents niveaux
psychologiques de l’acte volontaire.
Cette conception s’est
rapidement imposée et perdure en clinique neurologique.
Mais, depuis une dizaine d’années, le développement de modèles
cognitifs du geste en neuropsychologie a permis d’affiner l’analyse
des perturbations et les méthodes d’examen.
La tendance
actuelle tend à évacuer les différentes modalités cliniques pour ne
retenir qu’un syndrome unique d’apraxie des membres.
Les
troubles de l’utilisation des objets et de la conduite des actions
quotidiennes sont parfois traités de façon séparée.
Nous examinerons successivement ces différentes formes cliniques
des apraxies, les principales données théoriques permettant d’en
rendre compte et les techniques d’évaluation.
Clinique des apraxies
:
Les apraxies sont fréquentes puisqu’elles apparaissent dans de
nombreuses affections : vasculaires (atteinte pariétale ou frontale),
démentielles (maladie d’Alzheimer, démence frontotemporale,
dégénérescence corticobasale) et tumorales.
A - ÉTUDE CLINIQUE DES APRAXIES :
Dans la littérature, les apraxies unilatérales et bilatérales sont
nettement séparées.
Au sein des apraxies unilatérales, l’apraxie
consécutive à des lésions du corps calleux est la forme la plus
spectaculaire, qui s’apparente le plus souvent à une apraxie
idéomotrice gauche (pour plus de détails, se reporter à Poncet et
al).
L’apraxie motrice constitue l’autre forme d’apraxie
unilatérale. Néanmoins, dans cet article, nous nous intéresserons
essentiellement aux apraxies bilatérales.
1- Apraxies gestuelles :
Elles correspondent le plus souvent à la notion de limb apraxia des
Anglo-Saxons et sont au nombre de deux :
– l’apraxie motrice touche essentiellement la dimension production ;
le malade est donc dans l’impossibilité de réaliser les mouvements
rapides, alternatifs ou en séries mais il n’y a pas, en général, de
difficultés pour l’identification de gestes incorrects ou d’utilisations
anormales d’outils ; la séquence est respectée, ce qui permet de
différencier cette apraxie des perturbations de la dynamique
gestuelle décrites par Luria ; le trouble est presque toujours
unilatéral et permanent (sans dissociation quant à la nature du geste
et la modalité d’entrée) ; l’apraxie motrice est fréquemment observée
dans les dégénérescences corticobasales ;
– l’apraxie idéomotrice se caractérise par une altération des gestes
réalisés sur consigne visuelle (imitation) ou sur consigne verbale ;
elle peut concerner les mouvements uni- ou bilatéraux, en particulier
quand les segments distaux du (ou des) membre(s) sont impliqués ;
le trouble affecte les gestes appris (symboliques, émotionnels,
affectifs, mimes) et/ou arbitraires (non significatifs).
Pour décrire
cette apraxie, Rothi et al suggèrent quatre grandes classes
d’erreurs gestuelles (se reporter aussi à Blondel et al).
– Erreurs de contenu : elles concernent ce qui est effectivement
représenté par le geste : persévération, similitude morphologique
(erreur morphologique, par exemple confusions entre scier,
raboter, repasser, brosser) ; erreur de nature sémantique (mimer le
geste de jouer du trombone pour celui de jouer de la trompette).
Enfin, l’action gestuelle réalisée par le patient peut court-circuiter
l’utilisation d’un outil à imaginer. Par exemple pour la pantomime
de couper un morceau de papier avec une paire de ciseaux, le
patient va déchirer le papier avec les mains.
– Erreurs temporelles : elles révèlent des problèmes de
paramétrage du geste au niveau de la séquence (addition, retrait ou transposition d’éléments du mouvement), de la vitesse de
réalisation et quant à l’occurrence du mouvement.
Si la
pantomime implique un cycle de mouvement unique (par
exemple, ouvrir une porte avec une clef), le patient va répéter
plusieurs fois ce même cycle, ou inversement pour un mouvement
à cycle répété tel que celui de scier une planche (le patient va
produire un seul mouvement de scie).
– Erreurs spatiales : elles concernent l’amplitude du geste, les
relations entre les segments corporels, la prise en considération
ou non d’un espace pour l’objet imaginé.
Notons que la
symbolisation de l’objet par la main ou les doigts (body-part-astool)
est une erreur discutée, en particulier chez les sujets âgés.
– Autres types d’erreurs : absence de réponse gestuelle, réponse
non reconnaissable, verbalisation.
Il existe deux formes d’apraxie idéomotrice :
– l’apraxie idéomotrice supramodale n’est pas permanente car il existe
une dissociation automaticovolontaire ; il convient donc de la
rechercher car les patients ne se plaignent pas spontanément ; le plus
souvent associée à une aphasie, elle apparaît sur ordre comme sur
imitation ; enfin, si la perturbation affecte la production du geste, la
reconnaissance des gestes peut être préservée ; c’est l’apraxie de
production ; on l’a opposée à une apraxie de réception ou
conceptuelle au cours de laquelle les malades sont dans l’incapacité
de discriminer les actes correctement effectués ; cette apraxie
conceptuelle s’observe par exemple dans les démences de type
Alzheimer, en lien avec d’autres troubles sémantiques ;
– l’apraxie idéomotrice modalité-spécifique est un trouble rare qui
réalise une déconnexion verbomotrice (le déficit n’apparaît que sur
consigne verbale), visuomotrice (apraxie optique dans laquelle le
trouble n’existe que sur entrée visuelle) ou encore une déconnexion
tactilomotrice.
2- Troubles de l’utilisation
des objets (ou apraxie idéatoire)
:
Ce désordre se caractérise par des difficultés lors de la manipulation
des objets en situation d’examen ou dans la vie quotidienne.
L’apraxie idéatoire est effective lorsque le patient ne sait plus utiliser
un objet réel, lorsqu’il fait des erreurs dans l’utilisation des outils, y
compris pour des tâches « simples » n’impliquant qu’un seul objet.
Elle apparaît également dans l’incapacité à réaliser les actes
complexes avec les objets.
Il s’agit alors d’un trouble de la réalisation
sérielle des différents actes élémentaires qui composent un geste
complexe.
Plus la tâche est complexe et plus le malade est en
difficulté.
À partir des travaux de De Renzi et Lucchelli et de Roy et
Square, on peut retenir sept types d’erreurs spécifiques :
– inventaire des objets et état de perplexité : le malade ne peut pas
choisir les objets utiles et explore, de façon stérile, ceux qu’on lui
présente ;
– substitutions entre objets : les schémas d’action exigés sont réalisés ;
cependant, les objets à utiliser sont remplacés par d’autres objets ;
on peut distinguer :
– la substitution par similarité des objets entre eux ; l’objet utilisé
n’est pas adéquat pour l’action, mais partage certaines
caractéristiques avec l’objet nécessaire (pointe/vis ;
pinceau/brosse) ;
– la persévération sur les objets utilisés pour la tâche précédente ;
– l’utilisation d’un objet plus fréquemment associé à l’objet en
main que celui exigé ;
– substitution entre actions : les objets utilisés sont ceux qui sont
exigés, néanmoins l’action effectuée n’est pas celle qui est
demandée ; l’action de substitution peut être :
– une action partageant des caractéristiques avec celle exigée (se
coiffer avec la brosse à dents) ;
– l’action précédemment effectuée (persévération) ;
– une action fréquemment associée avec l’action élémentaire
précédente dans la séquence ;
– erreurs de séquence : ajouts d’actions ne faisant pas partie d’autres
schémas d’actions particuliers, retraits d’actions intermédiaires ou
bien erreurs d’ordre dans la réalisation de la séquence ; par exemple,
lors de la préparation du café avec la cafetière électrique, le malade
« oublie » de mettre un filtre papier et verse directement le café
moulu dans le support du filtre ; cette erreur de séquence se
remarque par son caractère systématique, sans que le patient corrige
de lui-même ses erreurs ;
– omission simple : retrait d’une action nécessaire au déroulement de
la séquence et qu’on ne retrouve pas lors d’un second essai ;
– erreur de localisation : elle concerne la dimension spatiale de
l’utilisation de l’objet ; par exemple, le patient colle le timbre sur la
mauvaise face de l’enveloppe ;
– erreur de manipulation des objets : mauvaise orientation de l’objet
par rapport à la main ; par exemple, le patient tente d’écrire avec un
crayon utilisé dans le mauvais sens.
B - LOCALISATION DES LÉSIONS :
Le problème de la localisation des lésions cérébrales responsables
des apraxies est une question difficile.
De façon très résumée :
– l’apraxie motrice est le plus souvent rapportée à des lésions
situées dans le lobe frontal controlatéral, à proximité de la zone de
Broca ;
– si les travaux récents insistent sur le rôle du cortex pariétal gauche
dans l’imitation, et en particulier pour les configurations
manuelles complexes, l’apraxie idéomotrice bilatérale est souvent
référée à deux types de lésion selon la formule sémiologique ;
d’une part, une lésion pariétale postérieure gauche (gyrus supra marginalis-gyrus angulaire) génère une apraxie de réception ;
d’autre part, une lésion plus antérieure, en déconnectant les régions
postérieures des régions prémotrices et motrices, réalise une apraxie
de production ; quelques cas ont été décrits après lésions
hémisphériques droites et sous-corticales ;
– l’apraxie idéatoire s’observe fréquemment lors des lésions diffuses
dégénératives ou bihémisphériques bifocales (incluant des troubles
visuels associés) ; néanmoins, il est admis qu’une lésion
temporopariétale gauche soit essentielle ; dans ce cas l’apraxie
idéatoire est souvent associée à une apraxie idéomotrice ;
quelquefois elle est consécutive à des lésions frontales ; enfin,
elle n’a jamais été retrouvée avec des lésions cérébrales droites dans
le cadre d’une spécialisation hémisphérique usuelle.
C - ÉVOLUTION ET RÉÉDUCATION :
La plupart des études consacrées à l’évolution clinique des apraxies
se focalisent sur l’apraxie idéomotrice.
Sur les 26 patients porteurs
d’une apraxie idéomotrice par accident vasculaire cérébral, 13
demeurent apraxiques après 8 mois d’évolution et cinq sont encore
déficitaires 6 mois plus tard.
Cubelli et al rapportent l’observation
d’une patiente de 63 ans avec une aphasie globale, une apraxie
idéomotrice, idéatoire et buccofaciale, après un infarctus cérébral
gauche.
En 5 mois d’évolution, les déficits idéomoteur et idéatoire
ont quelque peu régressé, ce qui n’est pas le cas de l’apraxie
buccofaciale.
La rééducation s’est intéressée aux aspects gestuels et d’utilisation
des outils.
Dans le cas de la malade de Cubelli, la thérapie s’est
focalisée sur les capacités de pantomimes, pendant 2 mois, et s’avère
peu efficace sur le profil général des troubles, en particulier pour
l’apraxie idéatoire.
Par ailleurs, quelques travaux montrent
comment on peut organiser une prise en charge rééducative efficace
des troubles de l’utilisation des objets (et/ou des activités
quotidiennes).
Modèles neuropsychologiques
de l’apraxie
:
Deux modèles principaux sont actuellement utilisés.
A - MODÈLE DE ROTHI ET AL
:
Ce modèle rend compte des cinq étapes du traitement de
l’information gestuelle dont les auteurs font l’hypothèse à partir des
différentes observations et dissociations obtenues en clinique
neuropsychologique.
1- Lexique d’action :
Le modèle formule l’hypothèse d’un lexique « action » d’entrée et
de sortie qui correspondrait à une représentation spatiotemporelle
des mouvements, stockée en mémoire.
La distinction entre un
lexique d’entrée et un lexique de sortie est justifiée par le fait
clinique que certains apraxiques présentent des troubles de
l’imitation des pantomimes, alors qu’ils réussissent convenablement
à reconnaître les mêmes mouvements et à les produire sur
commande verbale.
Cependant, Cubelli et al ont proposé, entre
autres, d’aménager la voie lexicale en supprimant le lexique de sortie
au profit d’un passage obligatoire de l’information par la sémantique
d’action.
2- Modalités sensorielles
:
Le rôle dévolu aux différentes modalités sensorielles se base sur
l’observation de patients réalisant des praxies correctes sur consigne
verbale, alors qu’ils présentent un déficit sur consigne visuelle, soit
en imitation, soit en réalisation sur présentation d’objets dont
l’utilisation est à mimer (apraxie optique).
L’analyse visuelle se
particularise par la présence d’un système de reconnaissance des
objets à travers leurs caractéristiques morphologiques. Une
connexion directe entre ce système et le lexique d’action permettrait
ainsi d’expliquer les symptômes de l’aphasie optique.
3- Voie de traitement non lexical
:
Cette voie, reliant directement l’étape d’analyse visuelle des gestes à
l’étape d’activation des patterns innervatoires, rendrait compte de la
possibilité chez l’être humain d’imiter des gestes sans
signification.
Pour Goldenberg et Peigneux et Van der
Linden, elle pourrait être double, reposant d’une part sur un
système de représentation des connaissances sur le corps et d’autre
part sur un système de contrôle visuospatial du geste.
Dans cette
perspective, Buxbaum et al soulignent également le rôle possible
du schéma corporel.
4- Sémantique d’action
:
Pour prendre en considération les troubles d’utilisation effective des
objets, les auteurs signalent la présence nécessaire d’une sémantique
de l’action.
Cette dernière alternative est suggérée notamment par Shallice pour expliquer les phénomènes d’aphasie optique.
Pour
définir cette sémantique de l’action, Rothi et al s’appuient sur le
modèle de l’apraxie proposé par Roy et Square.
B - MODÈLE DE ROY ET SQUARE :
Ce modèle différencie le système conceptuel et le système de
production.
1- Système conceptuel :
Ce système serait composé des connaissances abstraites liées :
– aux fonctions des objets, autrement dit à quoi ils servent et à quoi
ils sont associés ;
– aux connaissances conceptuelles sur les actions en elles-mêmes,
c’est-à-dire sans association directe avec des objets en particulier ;
en ce sens, si l’objet nécessaire pour accomplir l’action n’est pas
disponible, l’individu va utiliser un objet qui partage des attributs
avec celui qui aurait été approprié (par exemple un couteau pour
remplacer le tournevis) ;
– à la sériation des actions élémentaires en une séquence.
2- Système de production
:
Ce système serait chargé de la mise en oeuvre effective de l’action
par l’activation de programmes d’actions.
Les programmes d’actions ayant des caractéristiques communes forment des réseaux associés.
Dès lors, l’activation d’un des réseaux produirait une activation
potentielle des réseaux associés afin de les préparer également.
Chez
l’apraxique, l’absence d’un contrôle des activations conduirait à des
substitutions et/ou des persévérations.
Enfin, Roy et Square indiquent la possibilité de différents niveaux
de contrôle de l’action. Au niveau du système de production, une
action peut être dirigée par des programmes génériques,
correspondant à des conceptualisations de patterns de mouvements.
Ces programmes abstraits seraient ceux qui ont une importance
écologique pour l’individu, comme frapper, tourner etc.
Mais
l’environnement et les caractéristiques des objets associés aux
traitements sensorimoteurs seraient en mesure de diriger les
programmes d’action (contrôle bottom-up).
Évaluation de l’apraxie
:
Pour évaluer l’apraxie, il faut disposer d’un examen neurologique
exhaustif et précis, en particulier pour les aspects moteurs et
visuels.
D’autre part, il convient d’examiner attentivement la
compréhension orale, ce qui peut être fait au moyen des différentes
échelles d’évaluation du langage.
Enfin, certains auteurs invoquent
la notion de schéma corporel pour expliquer les troubles gestuels.
Une détérioration de ce schéma induirait une incapacité à générer
des gestes respectant les contraintes spatiale, temporelle et de
coordination exigées par les épreuves d’imitation de gestes ou de
pantomimes.
Il semble donc nécessaire de contrôler cette variable.
Une épreuve de désignation des parties du corps peut être proposée
lors de l’examen.
Pour ce faire, les items inclus dans les épreuves de
compréhension verbale (n° 4 et 5) du Boston Diagnostic Aphasia
Examination peuvent être utilisés.
A - INTERROGATOIRE :
Il est souvent peu contributif en dehors des patients présentant une
dégénérescence corticobasale et/ou certains sujets avec un trouble
de l’utilisation des objets.
La plainte exprimée est alors une
maladresse, une lenteur à l’exécution des gestes ou des difficultés
pour l’utilisation des objets.
Quelques signes doivent attirer
l’attention.
Un apragmatisme décrit par l’entourage peut cacher des
troubles praxiques majeurs avec une « incapacité à faire ».
La
verbalisation ou un état de perplexité au cours de l’action, la
manipulation successive d’objets sans réalisation finale de l’action
(malade « touche à tout »), la difficulté à s’approprier une aide
technique peuvent également alerter.
L’examen en situation de vie quotidienne (par exemple lors de la
prise de repas, de la toilette, de l’habillage…) peut aussi révéler des
troubles passés inaperçus.
B - EXAMEN CLINIQUE :
Il s’intègre au sein d’un examen neurologique complet.
L’examen
praxique est réalisé dans différentes conditions (imitation,
réalisation, reconnaissance) et pour plusieurs types de gestes (appris,
non significatifs, utilisation d’objets).
Il concerne les deux membres
supérieurs et les configurations sont manuelles et digitales, les
processus impliqués pouvant être différents.
En référence aux modèles présentés ci-avant, l’examen comporte
l’analyse des niveaux conceptuel et de production. Certaines
épreuves concernent l’un ou l’autre des deux niveaux, d’autres les
testent simultanément.
1- Examen des apraxies gestuelles :
L’apraxie motrice perturbe seulement le versant production.
On la
teste en réalisant des épreuves de motricité fine (mouvements
alternatifs de type pianotage) à chaque main.
L’apraxie idéomotrice est examinée sous les deux angles production
et conception.
La composante production est examinée
par l’épreuve d’imitation de gestes non significatifs. L’aspect
conception est testé par l’épreuve d’appariement pantomime–objet.
Certaines épreuves couplent l’examen des deux niveaux : réalisation
de gestes symboliques sur consigne verbale, de pantomimes sur
entrée verbale ou sur présentation visuelle de l’objet.
2- Examen des troubles de l’utilisation des objets
:
Les troubles d’utilisation d’objets peuvent se traduire de deux
manières, dans la séquence des actions ou dans le choix des objets.
Les épreuves testent le versant conception ou les deux modalités production-conception, un objet ayant par définition une
signification.
La composante conception peut être examinée avec des épreuves
de :
– connaissance sur l’objet (appariements fonctionnels et catégoriels,
reconnaissance de la bonne utilisation de l’objet en choix multiples) ;
– connaissance sur l’action (équivalence fonctionnelle) ;
– connaissance des séquences d’action (script arrangement
d’images).
Les deux composantes sont examinées lors d’épreuves d’utilisation
effective d’objets par la réalisation de tâches à choix multiples avec
objets distracteurs partageant certaines caractéristiques sémantiques
ou morphologiques de l’objet cible.
Conclusion
:
Le domaine des apraxies est en plein renouveau grâce à l’avènement de
modèles théoriques récents. Les travaux de recherche consacrés aux
apraxies gestuelles et aux troubles d’utilisation des objets sont plus
nombreux et débouchent sur quelques propositions d’examen ou de
rééducation.
En revanche, ce renouveau ne s’applique pas aux autres
apraxies parfois fréquentes en clinique quotidienne.
Ainsi, l’apraxie
d’habillage est peu étudiée.
Sur ce plan, le travail développé par Ylieff, au travers d’une analyse théorique et d’une méthodologie de
type observation directe, permet de mettre en oeuvre une évaluation
utile avec une analyse détaillée des perturbations pour une prise en
charge rééducative efficace des troubles. Les études sont également rares
pour l’apraxie constructive.
Cette forme d’apraxie associe
classiquement des troubles dans l’exécution de dessins libres ou copiés,
et dans des tâches constructives, variant en fonction de la latéralisation
lésionnelle.
Le respect des relations entre les différents éléments du
schéma et l’amélioration de la production par les repères évoque une
lésion hémisphérique gauche, une désorganisation topographique et des
troubles visuospatiaux une lésion droite.
À l’avenir, ces différentes formes d’apraxie devraient faire l’objet
d’investigations attentives, non seulement dans le but d’aider les
malades, mais aussi dans la perspective d’une meilleure connaissance de
l’activité gestuelle et technique.
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