Antiseptiques en dermatologie Cours de dermatologie
Introduction
:
Les antiseptiques (AS) possèdent une activité antimicrobienne
rapide, transitoire et non spécifique qui les oppose aux antibiotiques.
Le spectre d’activité est propre à chaque famille d’AS et peut
inclure les bactéries, les champignons, les spores, les virus et les
parasites.
L’activité sur les prions est négligeable pour la
grande majorité des AS.
Les AS peuvent être responsables
d’une disparition des agents infectieux sur lesquels ils sont actifs
(activité dite « bactéricide », « virucide », etc) ou d’une simple
inhibition de leur croissance (activité dite « bactériostatique »,
« virustatique », etc).
L’antisepsie doit être distinguée de l’asepsie,
de la désinfection et de la stérilisation.
L’asepsie est l’ensemble
des mesures physicochimiques destinées à prévenir l’apport exogène
de micro-organismes.
La désinfection est la destruction des microorganismes
sur les surfaces inertes (matériel et locaux à usage
médical).
La disparition des micro-organismes après stérilisation est
par définition maintenue dans le temps.
L’activité des AS a été standardisée par l’Agence française de
normalisation (Afnor) pour les différents types de microorganismes.
Un AS est ainsi dit bactéricide s’il réduit in vitro la
quantité initiale de cinq souches données de bactéries d’un facteur
105 après un temps de contact de 5 minutes.
L’activité des AS est
réduite dans de nombreuses circonstances physiques ou
(bio)chimiques, en particulier lors de la présence de matières
organiques (sang, sérum, pus).
La connaissance de cette limite est
essentielle pour appréhender l’activité des AS in vivo.
Les AS
peuvent être l’objet d’une résistance naturelle ou acquise de la part
de certains micro-organismes.
Certaines bactéries sont à la fois
résistantes à des antibiotiques et à des AS.
Les AS sont souvent présents comme conservateurs dans des topiques ou cosmétiques
(dentifrices, déodorants, etc).
Ils peuvent être responsables d’effets
secondaires et sont désormais qualifiés d’« excipients à effet
notoire ».
Les AS employés autrefois en préparations magistrales ont le plus
souvent laissé la place à des spécialités pharmaceutiques
industrielles.
Les spécialités mentionnées dans ce chapitre
sont celles utilisées en dermatologie pour l’antisepsie de la peau.
Les spécialités utiles pour l’antisepsie de la bouche et des organes
génitaux externes y sont associées mais pas celles destinées à
l’antisepsie des yeux, des conduits auditifs externes, du nez, du
vagin ou de l’anus, ni celles associant AS et antibiotiques,
antifongiques, anti-inflammatoires ou anesthésiques locaux, en règle
peu prisées des dermatologues.
Il est impossible d’être exhaustif
dans le recensement des spécialités destinées au grand public
(spécialités dites over the counter « OTC ») et seules les spécialités
figurant dans l’édition 2001 du dictionnaire Vidalt sont ici
mentionnées avec un prix indicatif du plus petit conditionnement
commercialisé et le taux de remboursement.
Principales familles, molécules
et spécialités antiseptiques :
A - ACIDES :
Les acides sont caractérisés par la présence de la fonction
carboxylique -COOH.
Le plus utilisé pour l’antisepsie en
dermatologie est l’acide borique.
Les acides acétique, benzoïque,
lactique et tartrique entrent dans la composition de topiques et
préparations en qualité de conservateurs, mais sont également
associés dans quelques spécialités antiseptiques (Dermacidet,
Lactacydt).
Leur spectre d’activité comprend les bactéries à Gram
négatif et dans une moindre mesure les bactéries à Gram positif et
les champignons. Les acides sont bactériostatiques et fongistatiques.
L’utilisation d’un AS acide est toutefois favorable au développement
de Candida albicans.
Les mycobactéries, les spores et la majorité des
virus résistent aux acides.
L’activité antiseptique des acides est donc
globalement faible.
Leurs effets secondaires sont essentiellement locaux.
Compte tenu des concentrations utilisées (0,5 à 5 %) la
causticité est rare. Un rinçage soigneux diminue encore ce risque.
Acide borique et borate de sodium (borax)
:
Ils sont principalement utilisés en dermatologie dans l’ « eau boriquée » (solution aqueuse d’acide borique à 3 %) pour diminuer
la colonisation des plaies chroniques par Pseudomonas aeruginosa.
La
démonstration de leur intérêt clinique n’est pas faite.
La toxicité
générale (possiblement mortelle), rénale, neurologique et/ou
digestive de l’acide borique et de ses dérivés après applications
répétées sur peau lésée est à connaître.
Un eczéma de contact
est rare.
L’acide borique et le borax sont présents dans Eau Précieuset, Hydralint, Glyco-Thymoline 55t et Borostyrolt solution,
mais aussi dans certains talcs, Pâte à l’eau Roche-Posayt et
Homéoplasminet pommade (excipients à effet notoire).
B - ALCOOLS :
Les alcools sont des molécules organiques comprenant le radical
hydroxyle -OH.
Ils peuvent être utilisés comme solvants d’autres
AS avec lesquels ils sont synergiques, et comme conservateurs.
Les
molécules utilisées en dermatologie sont l’alcool éthylique (éthanol)
et l’alcool benzylique.
Tous deux sont excipients à effet notoire.
L’activité antiseptique des alcools repose sur la dénaturation des
protéines et la dissolution des membranes lipidiques des microorganismes
en présence d’eau.
Les alcools sont très rapidement
bactéricides, fongicides et virucides.
Leur spectre comprend
également les mycobactéries.
En revanche, les spores sont insensibles
à l’alcool et sont de possibles contaminants des solutions
antiseptiques alcooliques.
L’activité sur les prions semble nulle.
La
rémanence des alcools est courte.
1- Alcool éthylique :
La concentration optimale de l’alcool éthylique pour l’activité
antiseptique est de 70 %. Une concentration inférieure à 30 % est
inactive.
L’alcool éthylique est un excellent et rapide (< 1 min) AS
cutané utilisé avant prise de sang ou injection.
La principale limite à
son utilisation est le dessèchement cutané qu’il entraîne par
dissolution des lipides épidermiques.
L’application de cet alcool sur
les muqueuses ou à proximité des yeux ainsi que sur une peau lésée
n’est pas recommandée du fait de sa causticité.
L’utilisation chez le
prématuré et le jeune nourrisson est déconseillée.
À cet âge, l’alcool
a en effet été rendu responsable d’intoxications éthyliques et de
nécroses cutanées parfois hémorragiques.
L’alcool éthylique
modifié pour l’usage médical contient 0,2 % de camphre et est coloré
en jaune par la tartrazine.
La présence de ces additifs est à connaître
en raison de leurs effets indésirables propres : toxicités neurologique
et digestive pour le camphre, hypersensibilité de type I pour la tartrazine.
L’activité antimicrobienne des dérivés iodés et de la chlorhexidine est augmentée en solution alcoolique.
2- Alcool benzylique
:
C’est un alcool aromatique.
Il est présent dans Biseptinet, et comme
conservateur dans de nombreux topiques.
C - ALDÉHYDES :
Formaldéhyde et glutaraldéhyde ont été utilisés par le passé pour
l’antisepsie de la peau.
Leur spectre est large, leur activité est rapide
et prolongée.
Mais ils sont responsables de dermite irritative et
d’eczéma fréquents et ne servent donc plus aujourd’hui que pour la
désinfection.
D - AMMONIUMS QUATERNAIRES :
Les ammoniums quaternaires sont caractérisés par leur bipolarité et
leur caractère tensioactif.
Les plus utilisés comme AS en
dermatologie sont le chlorure de benzalkonium (excipient à effet
notoire), le chlorure de miristalkonium et le cétrimide (mélange de
bromure de cétrimonium et de dodécyl-triméthyl-ammonium).
Ils
sont commercialisés sous formes de solutions aqueuses ou
alcooliques ou de crèmes à la concentration de 0,5 % environ.
Leur
activité antimicrobienne repose sur l’existence d’un pôle cationique
qui favorise l’adsorption à la surface négative des micro-organismes.
Cette adsorption est responsable de lésions membranaires
irréversibles.
Les ammoniums quaternaires sont plus actifs sur les
bactéries à Gram positif que sur celles à Gram négatif.
Ils sont
bactériostatiques et fongistatiques.
L’activité sur les mycobactéries,
les spores et la majorité des virus est pratiquement nulle, mais le
virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est sensible.
Leur
spectre est donc étroit, ce d’autant que des résistances acquises ont
été décrites pour certains bacilles à Gram négatif et pour des souches
de staphylocoque résistant à la méticilline.
Les Pseudomonas sont des
contaminants assez fréquents.
Les ammoniums quaternaires sont
détergents et peuvent entraîner des nécroses épithéliales après application intempestive sur les muqueuses ou sur la peau.
Ils
sont occasionnellement responsables d’hypersensibilité de type I,
avec risque de réaction anaphylactoïde croisée lors d’une anesthésie
générale utilisant un curarisant ayant également une structure de
type ammonium quaternaire.
Les ammoniums quaternaires sont
synergiques avec la chlorhexidine et les alcools mais incompatibles
avec les savons anioniques et de nombreux autres AS.
Leur action
est diminuée par les matières organiques, ce qui limite encore leur
intérêt.
Les spécialités commercialisées sont toutefois nombreuses et
appartiennent aux gammes Biseptinet, Cétavlont, Dermasprayt
antiseptique, Dermobactert, Erytéalt, Mercrylt, Septiseptt et
Sterlanet.
En stomatologie, Alodontt et Pansoralt sont proposés,
sans démonstration de leur utilité, pour le traitement des aphtes.
E - CHLORHEXIDINE :
La chlorhexidine est un biguanide utilisé comme AS sous forme de
sels (gluconate ou digluconate) en solution aqueuse ou
hydroalcoolique à la concentration de 0,05 à 0,5 %.
L’activité
antimicrobienne de la chlorhexidine repose principalement sur son
caractère cationique qui altère les membranes microbiennes.
La chlorhexidine est rapidement active sur la majorité des bactéries et
le plus souvent bactéricide avec une rémanence notable.
L’activité
est toutefois médiocre sur certains bacilles à Gram négatif tels que Pseudomonas aeruginosa.
La chlorhexidine n’est pas active sur tous
les virus mais elle est virucide pour le VIH.
Elle est mycobactériostatique et faiblement sporostatique.
Des résistances
acquises ont été décrites pour certaines souches de bacilles à Gram
négatif et de staphylocoques.
L’activité de la chlorhexidine est
diminuée en présence de matières organiques.
Sa tolérance cutanée
est le plus souvent bonne, mais plusieurs observations d’urticaire,
voire de choc anaphylactique, après utilisation sur une muqueuse
ou sur peau lésée ont été rapportées.
Un cas de choc après
application de chlorhexidine sur peau saine a été récemment
décrit.
Un eczéma de contact n’est pas rare.
L’emploi de la chlorhexidine à proximité de la conjonctive n’est pas recommandé,
ainsi que dans le conduit auditif externe si l’intégrité du tympan
n’est pas connue.
Des cas de surdités irréversibles ont été publiés
chez des porteurs d’une perforation tympanique.
Une coloration
brune des dents et de la langue, réversible, a parfois été observée.
Une toxicité générale existe après ingestion, avec nécrose des
muqueuses digestives, hépatite et hémolyse.
La chlorhexidine peut être associée aux alcools et aux ammoniums quaternaires.
L’utilisation de la chlorhexidine est possible chez le nouveau-né et
chez la femme enceinte.
Son large spectre d’action et sa bonne tolérance ont fait de la chlorhexidine l’un des AS majeurs en dermatologie.
La concentration
nécessaire pour une antisepsie cutanée satisfaisante est de 0,5 %.
La chlorhexidine est en outre très utilisée en stomatologie, sous forme
de solution pour bains de bouche ou de pâte gingivale, pour ralentir
la formation de la plaque dentaire.
Les spécialités comprenant la chlorhexidine sont très nombreuses.
La chlorhexidine doit être
conservée à température ambiante et à l’abri de la lumière.
La
contamination fréquente des flacons de chlorhexidine aqueuse doit
faire préférer les solutions hydroalcooliques.
F - COLORANTS :
Leur spectre d’action est limité aux bactéries à Gram positif pour
lesquelles ils sont bactériostatiques quelle que soit leur
concentration.
Les bactéries à Gram négatif sont naturellement
résistantes et fréquemment responsables de contamination.
En outre
l’activité des colorants est diminuée en présence de sérum.
Le bleu
de méthylène, le bleu de trypan, le violet de gentiane et les solutions
de Milian ne sont donc pratiquement plus utilisés en dermatologie.
Éosine :
Ce sel dérivé de la fluorescéine utilisé en solution aqueuse à 2 %
n’est pas antiseptique mais reste utilisé pour l’assèchement des
lésions suintantes.
En fait, sa couleur rouge qui masque efficacement
les dermatoses en limite vraiment l’utilisation.
L’éosine alcoolique
est un AS faible dont l’activité est vraisemblablement imputable à
l’alcool.
Il faut informer les patients de la très rapide contamination
bactérienne des flacons entamés.
L’éosine peut être photosensibilisante.
G - HEXAMIDINE :
L’hexamidine est une diamidine aromatique utilisée pour
l’antisepsie en solution hydroalcoolique ou aqueuse (moins stable
que la précédente) à la concentration de 0,1 ou 0,15 %.
Les
mécanismes de son activité antimicrobienne incluent
vraisemblablement réduction de la synthèse protéique et du
métabolisme oxydatif et altération des membranes cellulaires
microbiennes.
Le spectre de l’hexamidine est étroit et comprend
principalement les bactéries à Gram positif pour lesquelles elle est
bactériostatique.
Des résistances acquises ont été décrites chez le
staphylocoque.
Spores et mycobactéries sont naturellement
résistantes ; les virus ne sont pas tous sensibles.
Le délai d’action de
l’hexamidine est supérieur à 5 minutes, ce qui rend difficile son
utilisation pour l’antisepsie de la peau saine.
Sa rémanence est
notable.
Cette molécule est bien connue des dermatologues pour être
parfois responsable d’un eczéma de contact particulier cliniquement
par son intensité et sa rapide diffusion au-delà des zones
d’application.
L’utilisation sur les muqueuses n’est pas
recommandée. L’hexamidine est commercialisée sous le nom
d’Hexaseptinet, dans la gamme Hexomédinet et en association
dans Cytéalt.
Hexomédinet solution alcoolique est bactéricide.
H - HEXÉTIDINE :
L’hexétidine est une hexahydropyrimidine utilisée à la concentration
de 0,1 à 0,2 %.
Elle est bactéricide pour plusieurs espèces aéro- ou
anaérobies de la flore buccodentaire, sa cible privilégiée.
L’hexétidine
est peu active sur les levures.
Sa tolérance muqueuse et cutanée est
bonne.
Un eczéma de contact est très rare.
L’hexétidine peut
altérer temporairement le goût et l’odorat.
L’hexétidine est
incompatible avec les AS oxydants. Les spécialités commercialisées
sont utilisées en stomatologie sous la forme de bains de bouche
(Givalext, Hextrilt) ou de gel gingival.
L’intérêt de l’hexétidine pour
l’hygiène de la cavité buccale et pour le traitement des aphtes n’a
jamais été démontré.
I - IODE ET DÉRIVÉS IODÉS :
L’iode est un oxydant très puissant actif sous forme libre (I2), et un
excellent AS bactéricide utilisé en solution alcoolique à 2 ou 2,5%.
Les mécanismes de son activité anti-infectieuse rapide restent mal
connus, impliquant des altérations des enzymes des chaînes
respiratoires et des acides nucléiques.
Son spectre d’activité est très
large et comprend les bactéries à Gram positif et à Gram négatif, les
mycobactéries, les champignons, les spores et les virus.
L’efficacité
paraît conservée sur les bactéries multirésistantes.
L’activité antiseptique est assez brève
et diminuée en présence de matières organiques.
L’iode est inefficace sur les prions.
Les limites à l’utilisation de l’iode
sont liées à sa mauvaise tolérance cutanée et muqueuse
(dermite caustique) dès que les applications sont
répétées.
Les eczémas de contact sont peu fréquents
; l’hypersensibilité de type I et la photosensibilité
sont rares.
Enfin, il existe une possible toxicité
générale.
L’utilisation de l’iode et de ses dérivés
est contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitant
et chez le prématuré, le nouveau-né et le jeune
nourrisson en raison du risque d’hypothyroïdie chez
l’enfant.
Exceptionnellement une intoxication aiguë
après absorption percutanée importante peut survenir.
Elle se manifeste par une insuffisance
rénale aiguë avec acidose métabolique.
L’iode et ses dérivés sont incompatibles
avec les mercuriels (risque de nécrose cutanée ou
muqueuse) et avec le peroxyde d’hydrogène.
Ils doivent être conservés à l’abri de la
lumière et à distance d’une source de chaleur.
1- Alcool iodé :
L’utilisation de l’iode à 1 ou 2% dans
l’alcool éthylique est actuellement rare en
dermatologie.
C’est le principal iodophore de la pharmacopée française.
Un iodophore est défini par le complexe de l’iode et d’un véhicule, ici
la povidone.
La povidone iodée est utilisée en solution de 1 à 10%.
Elle est moins irritante que l’alcool iodé. Elle est commercialisée
dans les gammes Bétadinet et Poliodinet et constitue un AS majeur
pour les dermatologues.
Il est utile de rappeler qu’il n’existe pas
d’ « allergie croisée » entre hypersensibilité immédiate après
injection d’iode pour un examen radiologique et eczéma après
application cutanée de povidone iodée.
Dans ce dernier cas le
responsable de l’eczéma est habituellement la povidone.
J - LAURYLSULFATE DE SODIUM
:
C’est un surfactif anionique. Son activité antiseptique est faible et
son utilisation est rare en dermatologie (Dermacidet).
Il est présent
dans de nombreux topiques comme émulsifiant et détergent.
K - MÉTAUX :
Les métaux lourds sont de vieux AS.
Leur utilisation s’est
singulièrement restreinte depuis quelques années.
Leur rapport
efficacité/tolérance est globalement défavorable.
1- Dérivés mercuriels
:
La merbromine (ou mercurochrome), le mercurobotol et le
thiomersal sont des dérivés organiques du mercure.
Ils sont utilisés
en solution à faible concentration.
Leur spectre d’activité comprend
les bactéries et les champignons pour lesquels ils sont faiblement (et
lentement) bactéricides et fongistatiques.
Une résistance acquise est
assez fréquente pour le staphylocoque, les entérobactéries et Pseudomonas aeruginosa.
Les mercuriels sont inactifs sur les
mycobactéries, les spores et les virus.
Leur activité antiseptique est
donc faible et de plus diminuée après contact avec des matières
organiques.
Ils sont rapidement caustiques, et ne doivent pas être
associés à la chlorhexidine, aux ammoniums quaternaires, aux
dérivés iodés et chlorés.
Le risque d’hypersensibilité ainsi que
d’effets systémiques (rénaux, neurologiques) après utilisations répétées existe. Les mercuriels ne doivent pas être utilisés chez le
nourrisson.
Les principales spécialités à usage cutané sont Dermachromet (thiomersal à 0,1 %), Pharmadoset mercurescéine
(compresses de merbromine à 2 %).
Il n’y a plus d’organomercuriel
dans Mercrylt solution moussante.
2- Dérivés argentiques :
Ils sont bactériostatiques avec une activité plus importante sur les
bactéries à Gram négatif que sur celles à Gram positif.
L’association
à la sulfadiazine (Flammazinet, Sicazinet) les rend bactéricides.
Ils
sont en outre peu actifs sur les virus et les champignons.
Leur mode
d’action repose sur une inhibition de la réplication de l’acide
désoxyribonucléique (ADN) microbien.
Les dérivés argentiques sont
incompatibles avec les oxydants.
Leur tolérance cutanée est bonne
mais les patients doivent être informés de la possible survenue d’un
noircissement de la peau après exposition à la lumière.
L’argyrie est
une complication exceptionnelle.
* Nitrate d’argent :
Il est utilisé en solution aqueuse de 0,5 à 2 %.
Une concentration
supérieure est irritante.
Son activité antiseptique est faible mais ses
propriétés asséchantes font qu’il est toujours une prescription des
dermatologues.
Le nitrate d’argent doit être conservé à l’abri de la
lumière et de l’air.
3- Sels de cuivre et de zinc
:
Leur activité antiseptique est faible et ils ne sont plus utilisés que
pour leurs propriétés astringentes (Métacuprolt, Dermocuivret
pommade, Ramett Dalibour pain et solution).
Des eczémas de
contact sont possibles.
L - OXYDANTS CHLORÉS :
La principale molécule active de cette classe est l’acide
hypochloreux, métabolite commun aux AS chlorés.
Son activité
antimicrobienne rapide repose sur son action sur les membranes
cellulaires et sur la dénaturation des enzymes microbiennes.
Son
spectre est large, incluant les virus (VIH), les spores.
Toutefois des
résistances ont été décrites pour certaines souches bactériennes.
L’activité antiseptique augmente avec la concentration du produit
chloré.
Leur tolérance cutanée est bonne aux concentrations usuelles.
L’utilisation des oxydants chlorés est limitée en dermatologie par
leur forte inactivation par les matières organiques et par leur faible
rémanence.
L’indication des produits chlorés est donc plutôt la
désinfection.
Hypochlorite de sodium (solution de Dakin)
:
Il s’agit d’une eau de Javel diluée et neutralisée pour l’usage
médical.
L’hypochlorite de sodium peut être préparée à l’officine
(< 0,5 % de chlore actif).
Une solution de Dakin prête à l’emploi
existe également (Dakin Coopert stabilisé).
L’hypochlorite de
sodium est enfin commercialisé sous le nom d’Amukinet en solution
aqueuse à 0,06 %.
Il doit être conservé à l’abri de la lumière et au
frais (< 5°).
L’hypochlorite de sodium à 6° chlorométriques pendant
60 minutes à 20 °C paraît pouvoir inactiver les prions.
L’eczéma
de contact est rare.
M - OXYDANTS NON CHLORÉS NON IODÉS :
1- Peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée H2O2)
:
Son activité antiseptique repose sur une dénaturation des protéines
microbiennes.
Elle est brève et limitée à certaines bactéries à Gram
positif (bactériostatique) et à certains virus (VIH), et est inhibée par
le contact avec les matières organiques qui entraîne une
effervescence.
Celle-ci peut être utile pour le nettoyage mécanique
d’une plaie ou l’hémostase.
L’eau oxygénée peut être irritante pour
la peau ; son utilisation est proscrite à proximité des conjonctives.
Elle est commercialisée en solution à 3 % (Eau oxygénée Gilbertt,
Dosoxygénéet), et associée dans Spitadermt. Elle doit être conservée
à l’abri de la chaleur et de la lumière, et ne pas être associée aux
autres AS oxydants.
2- Permanganate de potassium (KMnO4) :
Il est très rapidement antibactérien mais sans activité sur les autres
micro-organismes.
Il est inactivé par les matières organiques et sa
rémanence est faible.
Il est très caustique et doit donc être dilué au
moins au 1/10 000.
La solution finale est alors rose pâle.
N - DÉRIVÉS PHÉNOLIQUES :
Les dérivés du phénol forment une grande famille d’AS, de
conservateurs et de désinfectants.
Les principales molécules utilisées
en dermatologie sont le chlorocrésol et le triclosan.
L’acide parahydroxybenzoïque (Nisaseptolt, Nisapulvolt, Nisasolt) et ses
dérivés (les parabens) sont des conservateurs bien connus des dermatologues.
Leur mode d’action repose sur la
dénaturation des membranes microbiennes et des
altérations protéiques. Ils sont bactéricides et
fongicides.
L’activité est faible sur les spores
bactériennes, et nulle sur les mycobactéries, les virus
et les prions.
L’activité des phénoliques est lente mais
prolongée ; elle diminue en présence de matières
organiques.
Ils peuvent être irritants pour la peau.
Il existe un possible passage sanguin
responsable d’effets systémiques neurologiques.
1- Chlorocrésol :
Il est utilisé à la concentration de 0,1 à 0,3 %.
Il est présent dans la
gamme Cytéalt en association avec l’hexamidine et la chlorhexidine.
Il faut le conserver au frais et à l’abri
de la lumière.
2- Triclosan :
Il est utilisé à la concentration de 1 à 2 % et est surtout
bactériostatique.
Son activité est faible sur les Pseudomonas.
Un
eczéma de contact n’est pas rare.
O - TRICLOCARBAN :
Le triclocarban est un carbanilide utilisé à la concentration de 1 à
2 %. Il est actif sur les bactéries à Gram positif pour lesquelles il est
bactériostatique de façon prolongée.
Son activité est faible ou nulle
sur les bactéries à Gram négatif et sur les levures, et en présence de
matières organiques.
Il peut être responsable d’une dermite de
contact orthoergique ou allergique et d’une photosensibilité.
À
température élevée (> 50 °C), le triclocarban est dégradé en
chloroanilines qui peuvent entraîner une methémoglobinémie après
absorption cutanée.
Il est donc déconseillé d’imprégner de triclocarban les vêtements destinés à bouillir ou à être repassés ou
de diluer cette molécule dans de l’eau chaude.
Le triclocarban ne
doit pas être utilisé chez le nourrisson.
Les principales gammes d’AS
comprenant du triclocarban sont Cutisant, Septivont et Solubactert.
En outre, le triclocarban est présent dans certains pains de toilette
dermatologiques (Nobactert).
Indications et choix des antiseptiques
en dermatologie :
Les AS sont utilisés à grande échelle en dermatologie dans deux
circonstances majeures : la « préparation » de la peau saine à une
effraction cutanée (biopsie ou chirurgie dermatologique) et le
« traitement d’appoint des affections cutanées primitivement
infectieuses ou susceptibles de se surinfecter ».
Cette dernière
indication, mal documentée, a soulevé une controverse ces dernières
années qui a rompu avec l’empirisme qui prévalait jusqu’alors.
Le prescripteur doit connaître les effets indésirables locaux
(causticité, eczéma de contact) ou plus rarement généraux (toxicité
viscérale, anaphylaxie) des molécules qu’il utilise, ainsi que les
incompatibilités éventuelles des associations d’AS. D’une manière
générale, il est préférable de ne pas associer entre elles,
simultanément ou successivement, différentes spécialités
antiseptiques.
Pour tous les AS, le risque d’effet indésirable local ou
systémique augmente en cas d’applications répétées, sur de larges
surfaces, sous occlusion, sur une peau lésée, sur une muqueuse,
ainsi que sur la peau du prématuré ou du jeune nourrisson.
La
possible contamination des AS par des micro-organismes doit être
également connue afin de pouvoir choisir le conditionnement et
les modalités de conservation (température, exposition à la lumière, etc) appropriés.
La seule limite au recours systématique à des
présentations « pour usage unique » est en fait le prix élevé de
celles-ci.
Le choix d’un AS repose sur l’efficacité et la bonne tolérance de la
molécule.
L’efficacité est appréciée a priori par un spectre
antimicrobien large, incluant la flore résidente et les pathogènes
cutanés habituels, par un délai d’action bref (moins de 3 minutes),
par une action suffisamment rémanente (plusieurs dizaines de
minutes), par une activité pas ou peu diminuée par la présence de
matières organiques, et éventuellement par une présentation adaptée
à l’usage dermatologique.
Il faut admettre que la
rémanence des AS dont nous disposons est toujours trop courte,
particulièrement en peau lésée, et que la recolonisation microbienne
est inéluctable quelques dizaines de minutes après l’application d’un
AS.
La bonne tolérance associe une causticité modeste ou absente,
un risque d’eczéma faible et des effets systémiques rares ou sans
gravité.
L’AS idéal n’existe pas et en pratique dermatologique les
qualités requises ne sont réunies que pour un petit nombre d’AS : chlorhexidine et povidone iodée pour l’essentiel, qui sont les seuls
AS à bien connaître et à prescrire.
L’association de ces AS à l’alcool
éthylique est synergique et utile.
L’intérêt des AS en peau saine est admis
par tous avant une effraction cutanée telle que ponction
veineuse ou a fortiori avant chirurgie.
Mais la démonstration de l’utilité des AS
en peau lésée n’a été que rarement faite.
Les études contrôlées bien conduites
comparant un AS au savonnage seul, ou un AS au nettoyage
mécanique (à la douchette par exemple) manquent.
Les critères de
jugement utilisés dans nombre des travaux publiés ne sont pas
adaptés à la pratique clinique.
Les seuls critères pertinents nous
semblent en effet être la survenue d’une (sur)infection microbienne
locale ou d’une infection généralisée, et non pas la quantification du
nombre de germes présents aux sites traités, simple reflet de
l’intensité de la colonisation microbienne.
On dispose en revanche
d’études plus nombreuses comparant l’efficacité microbiologique des
AS entre eux ou comparant AS et antibiotiques locaux.
Il faut garder
en mémoire que, quelle que soit la dermatose traitée, c’est la
restauration de l’intégrité cutanée qui constitue la meilleure défense
contre les germes.
Dans l’état actuel de nos connaissances, et compte tenu d’effets
indésirables non rares, l’utilisation des AS en peau lésée doit donc
être « raisonnablement empirique » c’est-à-dire réservée aux
dermatoses bulleuses et aux brûlures étendues où, de façon
consensuelle, les AS pourraient limiter le risque de sepsis grave.
Dans tous les autres cas, l’évaluation du rapport bénéfice/risque
doit être systématique, et le souci de ne pas favoriser l’émergence
de souches résistantes toujours présent à l’esprit.
A - ANTISEPSIE DE LA PEAU SAINE :
En l’absence d’études convaincantes tenant compte des spécificités
de la chirurgie dermatologique (chirurgie « superficielle » et brève,
rareté des complications infectieuses locales et plus encore générales)
les procédures sont déduites des études publiées sur l’antisepsie
chirurgicale et sur l’antisepsie avant ponction veineuse.
Une
simplification de ces procédures est possible (consensus
professionnel).
L’antisepsie des mains de l’opérateur n’est pas nécessaire, un
savonnage de 1 minute avec un savon doux liquide bien rincé suffit.
L’antisepsie de la peau du champ opératoire par la chlorhexidine
alcoolique à 0,5 % ou la povidone iodée est en revanche utile.
Pour
une action optimale l’AS doit être appliqué sur une peau aussi
propre que possible.
Une détersion mécanique et un savonnage
antiseptique peuvent donc être nécessaires.
Deux applications du
même AS (également identique à celui utilisé pour le savonnage)
sont faites en respectant un temps de séchage de 2 ou 3 minutes
entre les deux applications.
B -
ANTISEPSIE DE LA PEAU LÉSÉE :
Avec Wolkenstein et Vaillant, quatre grandes situations
correspondant aux circonstances habituelles d’utilisation des AS par
les dermatologues ont été retenues.
1- Antisepsie des dermatoses bulleuses étendues
:
Cette situation concerne les dermatoses bulleuses héréditaires, les
dermatoses bulleuses auto-immunes (pemphigoïde bulleuse,
pemphigus) et les toxidermies sévères (nécrolyse épidermique
toxique, pustulose exanthématique aiguë généralisée).
Aucune étude
spécifique n’étant disponible, l’intérêt des AS dans ces dermatoses a
été extrapolé à partir des résultats obtenus chez les brûlés.
En pratique, pour les bulloses étendues on peut proposer un bain
quotidien avec de l’eau additionnée de chlorhexidine.
Idéalement,
le bain doit être suivi d’un rinçage à la douchette qui permet
d’éliminer l’AS, et donc de diminuer sa causticité, mais également
de faire disparaître les débris cutanés qui sont de redoutables gîtes
de pullulation microbienne.
2- Antisepsie des dermatoses suintantes :
Cette situation comprend surtout l’eczéma aigu et la dermatite atopique, ainsi que quelques dermatoses plus rares telles que les
maladies de Darier et de Hailey-Hailey.
Une plaie aiguë traumatique
non compliquée pose un problème identique.
L’intérêt des AS dans
ces dermatoses, c’est-à-dire la prévention d’une surinfection, est non
démontré et probablement faible.
Dans la dermatite atopique,
Stalder et al ont montré la supériorité de la dermocorticothérapie
sur la chlorhexidine et le permanganate de potassium, illustrant
ainsi que la restauration de la barrière cutanée est le meilleur moyen
de diminuer la colonisation bactérienne cutanée.
Par extension
on peut considérer que l’unique traitement d’un eczéma aigu est la
corticothérapie locale.
L’utilisation des AS entre les poussées de
dermatite atopique est illogique et délétère.
En ce qui concerne les plaies aiguës, l’intérêt des AS pour accélérer
la cicatrisation est douteux.
Un savonnage soigneux et répété, l’ablation systématique d’éventuels corps étrangers sont
probablement suffisants.
En l’absence de (sur)infection patente, le
traitement repose ensuite sur les pansements du type hydrocolloïde.
3- Antisepsie des (sur)infections cutanées
:
Ce grand cadre comprend les infections cutanées primitives
superficielles (impétigo, folliculites, furoncles) et la surinfection de
dermatoses préexistantes (impétiginisation).
Les dermohypodermites
bactériennes relèvent d’une antibiothérapie générale.
La
place des AS est ici très difficile à définir car les infections cutanées
superficielles guérissent souvent spontanément, et le traitement de
la dermatose sous-jacente suffit habituellement pour guérir
l’impétiginisation.
Dans une étude sur la dermatite atopique
impétiginisée, les dermocorticoïdes ont été aussi efficaces que
l’association dermocorticoïdes + antibiothérapie, et supérieurs aux
antibiotiques seuls.
Les études comparant chlorhexidine ou
povidone iodée et savonnage seul manquent.
L’acné, qui n’est pas une maladie infectieuse, n’est bien sûr pas une
indication à l’antisepsie.
4- Antisepsie des plaies chroniques (ulcères et escarres)
:
L’intérêt des AS dans la prévention du retard de cicatrisation est
nul : la majorité des AS sont en effet cytotoxiques et ralentissent la
croissance des kératinocytes et des fibroblastes.
En outre, vouloir
« stériliser » une plaie chronique paraît illusoire.
Compte tenu du
risque important de sensibilisation de contact aux antiseptiques chez
les patients porteurs de plaies chroniques, l’emploi des AS doit être
évité.