Syndrome des anticorps antiphospholipides
Cours de médecine interne
Promu en 10 ans au rang de « maladie vedette », le syndrome des anticorps antiphospholipides (SAPL) est
devenu une maladie que chaque médecin se doit aujourd’hui de connaître.
Définition :
Le SAPL est défini par une manifestation clinique
(au moins une) parmi les thromboses veineuses ou
artérielles ou des fausses couches répétées, et une
anomalie biologique (au moins une) témoignant de
la présence dans le sang du patient d’anticorps
dirigés, les phospholipides membranaires : anticorps
anticardiolipine, anticoagulant circulant, confirmée
sur deux déterminations séparées d’au moins 8
semaines.
Il est fondamental de noter que, si les anticorps antiphospholipides peuvent se rencontrer dans des
circonstances très diverses comme la prise de
certains médicaments ou des infections bactériennes
et virales, seule l’existence de manifestations
cliniques permet de définir le syndrome.
Initialement considéré comme un sous-groupe
inclus au sein du lupus érythémateux systémique, le SAPL peut être complètement isolé, constituant alors
le syndrome « primaire » des antiphospholipides
(SAPL primaire).
Signes cliniques
:
Il s’agit essentiellement de phénomènes
thrombotiques qui peuvent toucher tous les
vaisseaux, artères, capillaires et/ou veines, quelles
que soient leur taille et leur situation anatomique.
La symptomatologie clinique est donc très
diverse, allant de la phlébite surale jusqu’à l’accident
vasculaire cérébral ischémique.
Certaines
manifestations méritent d’être signalées.
A - Thromboses veineuses
:
Il s’agit de la manifestation clinique la plus
fréquente.
Tous les sièges sont possibles mais le
clinicien devra songer au SAPL devant des
localisations inhabituelles comme la veine cave, les
membres supérieurs.
Ces thromboses sont volontiers emboligènes.
B - Manifestations neurologiques :
La topographie des thromboses, qui sont ici
essentiellement artérielles, est variable. Des
ischémies répétées peuvent conduire à une véritable
démence vasculaire.
Plus rarement, on peut
observer une atteinte médullaire ischémique, une
thrombose des sinus duraux ou des convulsions.
C
- Manifestations cardiaques :
Elles sont dominées par des valvulopathies avec
épaississement valvulaire ou, plus rarement,
présence de végétations.
Il s’agit le plus souvent
d’insuffisance mitrale ou aortique.
Elles exposent à
des complications comme la greffe oslérienne ou la
dégradation hémodynamique.
D’autres atteintes
sont beaucoup plus rares, comme l’infarctus du
myocarde du sujet jeune lié à des microthromboses
distales, ou une hypertension artérielle secondaire
des embolies pulmonaires ou primitives.
D - Manifestations dermatologiques :
Très diverses, elles sont parfois révélatrices
comme le livedo, le purpura nécrotique, des
phlébites superficielles, des ulcérations ou des
hémorragies sous-unguéales en flammèches.
E - Manifestations obstétricales :
Elles sont dominées par les morts foetales
répétées qui sont probablement liées à des
thromboses de la circulation placentaire.
Le risque de
retard de croissance foetale, de prééclampsie et
d’hématome rétroplacentaire est accru.
Le risque de
thrombose est augmenté lors de la grossesse mais
également dans le post-partum.
F - Autres manifestations cliniques :
Certaines manifestations sont rares mais
évocatrices et méritent d’être signalées : ostéonécrose aseptique, hémorragie bilatérale des
surrénales par thromboses des veines surrénaliennes,
perforation de la cloison nasale.
Parfois le tableau est celui d’une défaillance multiviscérale
aiguë par thromboses multiples, réalisant le
syndrome catastrophique des antiphospholipides.
G - Manifestations hématologiques :
Une thrombopénie périphérique est fréquente au
cours du SAPL primaire.
L’anémie hémolytique
auto-immune est exceptionnelle.
Traitement
:
A - Traitement des thromboses
:
Le traitement curatif des thromboses est habituel :
héparinisation suivie d’un relais par antivitamine K
(AVK).
La prévention des récidives est assurée très
efficacement par les AVK de longue durée d’action,
avec un INR (international normalised ratio) entre 3
et 3,5.
L’administration doit être prolongée pendant
des années, voire à vie.
La présence d’une
thrombopénie n’est pas une contre-indication.
Pendant la grossesse, les AVK ne peuvent pas être
maintenus en raison de leur tératogénicité.
La
prévention des thromboses fait appel aux héparines
de bas poids moléculaire.
B - Éducation du patient :
Elle est fondamentale. Les facteurs de risque de
thrombose et d’athérome doivent être supprimés
comme le tabagisme, la contraception oestroprogestative,
le surpoids et l’hypertension artérielle.
C - Prévention des complications
obstétricales
:
Les indications thérapeutiques sont moins nettes
dans ce contexte, et une consultation spécialisée préconceptionnelle est souhaitable.
L’aspirine
(100 mg/j pendant toute la grossesse) est toujours
employée.
Le plus souvent, dans le SAPL, qu’il soit
primaire ou secondaire, on associe une héparine
sous-cutanée.
Lorsque le SAPL est défini dans le
cadre d’un lupus, on y associe généralement une
corticothérapie à faible dose.
Conclusion
:
Dix ans après son individualisation, le SAPL est
une entité dont la réalité ne saurait être mise en
doute.
La sanction thérapeutique lourde qu’implique
ce diagnostic doit rester présente à l’esprit.
Le
praticien doit savoir que la seule présence des
anticorps antiphospholipides est insuffisante pour
parler de SAPL et éviter ainsi les diagnostics par
excès.