Spondylarthrite ankylosante (Suite) Cours de l'appareil locomoteur
Imagerie :
L’imagerie de la spondylarthrite ankylosante est riche.
La diversité des aspects tient au type de structures touchées (diarthrose, amphiarthrose, enthèse) et au stade évolutif de la maladie.
A - Modification des sacro-iliaques
:
L’atteinte sacro-iliaque est quasi constante dans le cours évolutif de la maladie.
Cette atteinte est bilatérale dans la majorité des cas, et le plus souvent
grossièrement symétrique.
La radiographie standard antéropostérieure du
bassin permet habituellement une analyse correcte des lésions, en particulier
dans les stades avancés.
L’atteinte évolue en différentes étapes :
– décalcification de la marge osseuse sous-chondrale débutant à la partie
inférieure et moyenne de l’interligne, conduisant à son élargissement et à un
aspect flou de l’interligne prédominant sur la berge iliaque (stade I) ;
– puis, apparaissent des érosions de l’os sous-chondral, conférant à
l’interligne un aspect irrégulier, pouvant aboutir à l’aspect classique en
« bordure de timbre-poste ». Parallèlement se développe une condensation à
la périphérie des zones d’érosion, de part et d’autre de l’interligne (stade II) ;
– plus tard, l’interligne tend à s’effacer, remplacé par une zone opaque,
scléreuse, plus ou moins homogène (stade III) ;
– enfin, survient l’ankylose par fusion du sacrum et de l’ilion avec effacement
progressif de la condensation.
L’ensemble de cette évolution s’effectue sur de nombreuses années (5 à
20 ans), l’évolution ne se faisant pas systématiquement jusqu’à l’ankylose
dans tous les cas.
La mise en évidence de lésions de type inflammatoire des sacro-iliaques est
importante pour le diagnostic initial, et d’autres techniques d’imagerie
peuvent parfois être utiles : la scintigraphie osseuse quantitative aux bisphosphonates marqués au 99mTc peut être évocatrice en cas d’hyperfixation sacro-iliaque bilatérale, mais elle manque de spécificité.
L’examen TDM en
coupe axiale permet une analyse plus précise des lésions élémentaires, avec
une sémiologie superposable.
Inutile au diagnostic dans les cas avérés
radiologiques, cet examen peut permettre d’affirmer une sacro-iliite
débutante (stade I).
L’IRM en séquences dynamiques et avec utilisation de gadolinium semble
supérieure pour la détection des anomalies cartilagineuses et des érosions,
et de l’oedème inflammatoire de la moelle osseuse périarticulaire.
B - Lésions radiologiques rachidiennes
:
Les lésions érosives inflammatoires et ossifiantes se succèdent dans le temps
sur les sites de prédilection.
– Les lésions discosomatiques sont les plus caractéristiques : l’érosion de
l’angle antérieur de la vertèbre, associée à une condensation, réalise la
classique spondylite antérieure de Romanus.
Elle participe à la perte de
concavité antérieure du corps vertébral, réalisant la « mise au carré » de la
vertèbre.
Ces lésions pourraient traduire un phénomène
d’enthésopathie inflammatoire sur les données IRM.
Les images
d’ossification décrivent le syndesmophyte, lui aussi très utile au diagnostic.
Les premières ossifications siègent à la jonction dorsolombaire.
Le syndesmophyte apparaît à quelques millimètres au-delà de l’angle vertébral,
sur le bord latéral du corps vertébral, sous forme d’un trait calcifié
fin, à orientation verticale.Au cours de l’évolution, il s’épaissit et peut entrer
en contact avec un processus identique venu de la vertèbre voisine,
solidarisant ainsi les corps vertébraux.
Dans les formes évoluées, après de
nombreuses années, la liaison de l’ensemble des corps vertébraux réalise alors
la « colonne bambou ».
– Des calcifications discales sont possibles sur un segment rachidien
totalement immobilisé par les syndesmophytes et l’atteinte des articulaires
postérieures, de même qu’une hypertransparence corporéale.
– Les discopathies érosives, d’origine inflammatoire ou pseudarthrosique,
sont peu fréquentes et offrent une sémiologie radiologique particulière.
Dans certains cas, l’atteinte érosive réalise une forme pseudopottique
ou pseudodystrophique.
– Les ossifications ligamentaires sont d’apparition tardive.
L’ossification du
ligament interépineux peut réaliser le « rail médian » sur le cliché de face.
Le
processus ossifiant peut également intéresser le ligament jaune, le ligament
vertébral commun antérieur ou postérieur, en particulier à l’étage cervical, à
l’origine de complications neurologiques.
– Les atteintes diverses du rachis cervical supérieur offrent des aspects
radiologiques particuliers, notamment le diastasis C1-C2.
– Les articulaires postérieures peuvent exprimer des modifications voisines
de celles des sacro-iliaques : images érosives et condensation périphérique,
ou ossification capsulaire, qui sont bien visualisées en TDM.
– Des aspects similaires peuvent être observés sur les articulations costovertébrales, costotransversaires.
Ces lésions peuvent être dépistées par
la scintigraphie osseuse et précisées par la TDM.
C - Autres structures axiales
:
La paroi thoracique antérieure peut être le siège de lésions inflammatoires.
C’est la manubriosternale qui est le plus volontiers atteinte à l’origine
d’érosions et d’irrégularités de l’interligne, avec sclérose périphérique
pouvant aboutir à l’ankylose.
La symphyse pubienne peut offrir des
modifications radiologiques voisines de celles des sacro-iliaques, toutefois
sans parallélisme avec ces dernières.
D - Enthésopathies périphériques
:
L’existence d’enthésopathies inflammatoires représente une caractéristique
de ce rhumatisme.
À la phase initiale est observée une érosion corticale à
l’insertion du tendon.
De visualisation parfois difficile au début sur les clichés
standards, elles peuvent être dépistées précocement par la scintigraphie et
l’IRM, argumentant en faveur de leur nature inflammatoire.
Une
sclérose périphérique à l’érosion apparaît fréquemment dans un second
temps.
L’évolution ultérieure se fait après quelques années vers une
ossification de l’enthèse, réalisant une prolifération osseuse spiculée et
irrégulière.
L’atteinte calcanéenne représente une des localisations les plus
fréquentes et la plus caractéristique de ce type d’atteinte, en particulier à
topographie inférieure à l’insertion de l’aponévrose plantaire, mais également
l’angle postérosupérieur à l’insertion du tendon d’Achille, parfois associée à
une bursite rétrocalcanéenne.
Cette double localisation inférieure et
postérieure est particulièrement évocatrice, parfois associée à un blindage
postérieur du calcanéum.
Les autres sites de prédilection de ces enthésopathies sont le bassin (crête iliaque, ischions), la tubérosité
tibiale antérieure, la rotule, le grand trochanter, le condyle fémoral externe.
Plus rarement, des images similaires sont notées sur les phalanges des doigts
ou les métatarses.
E - Atteinte articulaire périphérique
:
1- Coxofémorale :
Son atteinte représente un élément important du pronostic fonctionnel.
Les
modifications radiologiques sont fréquentes, évaluées à près de 50 %des cas
dans le cours évolutif de la maladie dans certaines séries.
L’aspect
radiologique peut se limiter à une déminéralisation de la tête fémorale et une
condensation discrète du cotyle.
Ailleurs, l’évolution peut se faire selon les
différentes formes radiologiques classiquement décrites :
– la forme densifiante ou scléreuse, d’évolution lente, bilatérale.
Les contours
de la tête fémorale sont respectés, le pincement de l’interligne modéré, associé
à une ostéophytose du cotyle ; une protrusion acétabulaire est fréquente ;
– la forme destructrice, voisine de la coxite rhumatoïde, avec pincement
important de l’interligne et érosion osseuse avec absence de construction ;
– la forme ankylosante, très particulière à la spondylarthrite ankylosante, de
constitution progressive avec apparition de travées osseuses interiliofémorales ;
– d’autres aspects ont été décrits, telles les formes géodiques avec pincement
polaire supérieur de l’interligne et ostéophytose, suggérant une évolution
arthrosique secondaire à la coxite.
2- Épaule
:
Son atteinte est également fréquente, volontiers bilatérale.
Elle se manifeste
par une déminéralisation, un pincement de l’interligne, avec parfois érosion
de la tête humérale à l’insertion du sus-épineux.
Elle n’évolue généralement
pas vers l’ankylose.
3- Autres articulations
:
Les genoux, chevilles, coudes, plus rarement les poignets, les doigts, les métatarsophalangiennes, peuvent occasionnellement être à l’origine de
modifications d’arthrite : déminéralisation, pincement de l’interligne,
érosion.
L’ankylose y est exceptionnelle.
L’articulation temporomandibulaire
peut être le siège d’érosion et de sclérose du condyle dans les formes
anciennes.
F - Anatomie pathologique :
Il n’y a pas de lésion histologique spécifique de la spondylarthrite.
Les
biopsies sont donc de peu d’intérêt pour le diagnostic, d’autant que sites
rachidiens et sacro-iliaques sont peu accessibles en pratique.
L’aspect
histologique varie selon les publications, en fonction de l’ancienneté de la
maladie et du site de prélèvement.
Cependant, selon la plupart des auteurs, il
est considéré que la destruction par le processus inflammatoire représente le
stade initial, suivi d’une phase de réparation osseuse pouvant aboutir à
l’ankylose.
Cette séquence intéresse les sacro-iliaques, les interapophysaires
postérieures, les localisations discovertébrales de la maladie et les enthèses.
Elle permet de comprendre les anomalies radiologiques observées.
L’atteinte
inflammatoire initiale peut, selon le site, prendre un aspect histologique de
granulome ou de synovite.
Dans les sacro-iliaques, les travaux de Bywaters, et surtout François, puis
Schichikawa, ont mis en évidence un granulome à l’origine d’une ostéite
sous-chondrale, associée à une ostéoformation excessive.
Les études immunohistologiques ont révélé un infiltrat dense avec présence de
lymphocytes T et de macrophages, avec production locale d’acide
ribonucléique messager (ARNm), de TNFalpha et, à un moindre degré, de
TGFâ.
Dans les articulations périphériques, la synovite offre une hyperplasie de la
couche bordante et la présence d’infiltrats lymphoplasmocytaires (Revell),
sans nécrose fibrinoïde.
L’analyse immunohistologique a mis en évidence une
intense infiltration lymphocytaire TCD4 prédominante, avec un nombre
important de cellules T « mémoires » (CD45 RO+), des agrégats
lymphocytaires B, plus rares, et des macrophages en grande quantité dans la
couche bordante.
Les lésions des enthèses, dont on peut rapprocher la spondylite antérieure et
le syndesmophyte, ont été étudiées par Ball, François, Paolaggi.
Elles sont
caractérisées par la présence d’un infiltrat inflammatoire mononucléé,
débordant sur le tendon, associé à des images de résorption et d’apposition
osseuse.
Le syndesmophyte résulte d’une ossification faisant suite à l’érosion
de la zone périphérique discovertébrale.
Diagnostic :
A - Diagnostic positif
:
S’il ne pose guère de problèmes après quelques années d’évolution devant les
éléments cliniques et les signes radiologiques, il peut, en revanche, être plus
ardu dans les formes débutantes.
Dans ce cas, l’orientation diagnostique
repose sur un faisceau d’arguments.
L’anamnèse, le contexte familial, mais
surtout les caractéristiques des lombalgies peuvent être évocateurs.
Les radiographies peuvent être normales durant les premiers mois de
l’évolution.
La recherche de l’antigène HLA B27 peut être un élément
d’appoint, mais uniquement dans un contexte clinique évocateur.
L’équation
HLA B27 égal spondylarthrite est fausse !
B - Critères
:
Des systèmes de critères de diagnostic ont été proposés : critères de Rome
(Organisation mondiale de la santé [OMS]) en 1961, critères de NewYork en
1966.
Les critères actuellement couramment utilisés, dans les études
épidémiologiques ou thérapeutiques, sont les critères de New York modifiés
par Van der Linden en 1984.
Ces critères sont cliniques et
radiologiques, et simples d’emploi.
Cependant, ils ne prennent en compte ni
le contexte anamnestique ou familial, ni l’argument immunogénétique de la
présence de l’antigèneHLAB27.
Les critères radiologiques sont, par ailleurs,
assez sévères avec une sacro-iliite bilatérale au moins de stade II.
Ce système
n’est donc pas toujours adapté à un diagnostic précoce.
En revanche, ces
critères sont utilisables pour les études épidémiologiques, ne nécessitant pas
d’investigations onéreuses.
Ils ont l’intérêt de cerner une population
relativement homogène.
Les critères d’Amor et de l’ESSG s’appliquent à l’ensemble du groupe des
spondylarthropathies.
C - Diagnostic différentiel
:
1- Devant une atteinte sacro-iliaque radioclinique
:
– Unilatérale : c’est avant tout une localisation infectieuse qu’il faudra
discuter : pyogène, mélitococcique ou, plus rarement, tuberculeuse.
Le
contexte clinique et biologique prend ici toute son importance.
L’examen TDM peut être utile, révélant des images de collection.
La ponction guidée
sous scanner trouve ici une place logique.
– Bilatérale : elle fait rappeler les difficultés d’interprétation de la radiologie
standard des sacro-iliaques chez l’enfant et le sujet âgé.
L’ostéose iliaque
condensante intéresse volontiers la femme multipare.
Peu symptomatique,
elle réalise une condensation triangulaire à la base inférieure de la berge
iliaque, sans modification notable de l’interligne.
Les atteintes dégénératives
modifient les sacro-iliaques avec condensation des berges, mais sans image
érosive et sans effacement de l’interligne.
Les sacro-iliites inflammatoires, en
dehors de la spondylarthrite ankylosante, peuvent s’observer dans différentes
circonstances : arthrite chronique juvénile, entéropathie, sarcoïdose et,
exceptionnellement, la polyarthrite rhumatoïde.
L’interligne sacro-iliaque
peut être modifié dans certaines pathologies : ostéomalacie et ostéodystrophie
rénale, hyperthyroïdie, ochronose, paraplégie.
2- Devant une atteinte rachidienne
:
– Chez le sujet jeune, les dystrophies rachidiennes de croissance peuvent
poser problème avec une forme pseudodystrophique de spondylarthrite
ankylosante. Dans la maladie de Scheuermann, la stabilité des images
radiologiques dans le temps représente une caractéristique importante.
– Chez le sujet adulte, c’est surtout l’hyperostose vertébrale engainante qui
prête à discussion.
L’affection est peu symptomatique, réalisant des
ossifications pontant le disque intervertébral sur plusieurs niveaux,
prédominant sur le bord latéral droit du rachis à son étage dorsal.
Une
modification des sacro-iliaques aboutissant à leur effacement y est possible,
majorant la confusion.
L’examen TDM précise qu’il s’agit d’ossifications
antérieures de l’interligne, sans élément inflammatoire de ce dernier.
La
discarthrose avec développement horizontal des ostéophytes a un aspect
différent.
Des modifications à type d’ankylose vertébrale ont été décrites dans
l’ochronose et certaines formes de chondrocalcinose articulaire familiale.
Les discopathies érosives de la spondylarthrite ankylosante sont parfois
difficiles à distinguer d’une spondylodiscite infectieuse.
L’existence d’abcès,
l’évolution radiologique, orientent vers une origine infectieuse.
3- Devant une atteinte articulaire périphérique
:
La spondylarthrite ankylosante à début périphérique peut mimer une arthrite
réactionnelle, un rhumatisme psoriasique, une polyarthrite rhumatoïde
débutante.
Évolution - Pronostic :
A - Évolution générale :
La spondylarthrite ankylosante évolue sur de nombreuses années.
Il arrive
fréquemment que la maladie cesse d’évoluer après 15 à 20 ans, mais une
nouvelle poussée est toujours possible, même après plusieurs années de
rémission inflammatoire.
La spondylarthrite ankylosante évolue dans environ un cas sur deux par
poussées entrecoupées de rémissions, qui peuvent durer de quelques mois à
plusieurs années.
Moins fréquemment, l’évolution est continue, avec
toutefois des périodes d’exacerbation des manifestations fonctionnelles.
Dans
d’autres cas, l’atteinte intermittente initiale est suivie, après quelques années,
d’une évolution continue.
Dans la grande majorité des cas, l’extension des
symptômes pelvirachidiens est ascendante, mais parfois la maladie « saute »
une étape, ou encore l’atteinte de plusieurs segments rachidiens est
simultanée.
La gêne fonctionnelle est liée d’une part à la douleur, d’autre part à
l’enraidissement, sans parallélisme entre importance de la douleur et
importance de l’ankylose rachidienne.
Sur le plan fonctionnel, trois formes
évolutives ont été individualisées par Forestier :
– formes frustes avec peu de raideur rachidienne, même après une longue
évolution ;
– formes latentes avec une ankylose diffuse, peu douloureuses ;
– formes graves, rapidement évolutives, avec douleurs importantes et
grandes déformations, responsables d’une impotence fonctionnelle majeure.
B - Évaluation clinique et fonctionnelle
:
À côté des éléments biologiques, et principalement la PCR, peuvent être
utilisés différents types d’indices :
– indices de retentissement fonctionnel global et de qualité de vie : des
indices globaux tels que le HAQ ou l’AIMS peuvent être utilisés, parfois
assortis d’une adaptation à la spondylarthrite ankylosante. D’autres indices
ont été élaborés spécifiquement pour cette maladie ;
– indices fonctionnels : ils sont basés sur l’évaluation de la possibilité
d’effectuer les actes de la vie courante et utilisent le plus souvent des autoquestionnaires.
On peut citer l’indice fonctionnel de Dougados avec
20 questions cotées de 0 à 2, et le Bath ankylosing spondylitis functional index
(BASFI) de Calin avec dix questions en échelle visuelle analogique ;
– indices articulaires : à côté des éléments classiques tels la douleur globale,
la distance main-sol, l’indice de Schober, des systèmes d’indices ont été
proposés par Dougados (évaluation de 0 à 3 de la douleur à la pression de dix
sites) et par l’équipe de Calin (Bath ankylosing spondylitis metrology index :
BASMI) reprenant les éléments de mobilité axiale et corrélés aux signes
radiologiques.
De même, un index d’enthésopathie a été proposé ;
– indices d’activité : le Bath ankylosing spondylitis disease activity index
(BASDAI) a été validé dans sa version française.
Il s’agit d’un autoquestionnaire évaluant en six échelles visuelles analogiques l’asthénie,
la douleur axiale, la douleur périphérique, la sensibilité localisée et la raideur
matinale.
C - Pronostic fonctionnel :
La perte de capacité fonctionnelle se produit essentiellement dans les dix
premières années d’évolution, corrélée à la présence d’arthrites
périphériques.
Après 16 ans d’évolution, plus de la moitié des patients
gardent une activité professionnelle à plein temps.
L’interruption de l’activité
professionnelle est associée à un faible degré de scolarisation, à l’existence
d’uvéite ou d’une « colonne bambou ».
Guillemin et al ont montré que le
retentissement fonctionnel de la maladie était associé à une atteinte articulaire
périphérique, à un travail exposant au port de charges lourdes, et amélioré par
les programmes de rééducation adaptés.
La moindre sévérité classique des
formes féminines a été remise en cause par certaines études.
Plusieurs auteurs ont avancé une sévérité moindre des formes actuelles de
spondylarthrite ankylosante, en particulier en France.
Celle-ci pourrait être
due à un diagnostic plus précoce et une meilleure prise en charge
thérapeutique, mais aussi et surtout à une modification des facteurs
d’environnement et notamment infectieux.
D - Facteurs pronostiques :
Différents facteurs pronostiques de sévérité pour l’ensemble des spondylarthropathies ont été proposés : coxite, VS supérieure à 30 mm,
inefficacité des AINS, limitation de mobilité articulaire, orteil ou doigt en
« saucisse », oligoarthrite périphérique, début avant 16 ans.
L’absence de ces
éventualités au début de la maladie est prédictive d’une évolution bénigne.
En cas de coxite ou de présence de trois de ces facteurs, une évolution sévère
est prévisible (sensibilité : 50 %, spécificité : 95 %), Amor.
E - Pronostic vital
:
La mortalité des patients atteints de spondylarthrite ankylosante est plus
élevée que dans la population témoin, même chez les patients n’ayant pas eu
de radiothérapie anti-inflammatoire, qui, dans les séries anciennes, était
responsable d’une augmentation des pathologies néoplasiques.
Pour Radford, en 1977, la mortalité était supérieure de 60 % à la population
témoin ; de même, Lehtinen, sur près de 400 patients et un suivi de 20 ans,
signale que la mortalité est multipliée par 1,5.
L’âge et une VS plus élevés, de
même que les arthrites périphériques plus fréquentes au début, caractérisent
le groupe de spondylarthrites ankylosantes décédées.
Les causes de décès sont
représentées par l’amylose, les complications cardiovasculaires, les
complications rachidiennes, les atteintes digestives et rénales.
Physiopathologie :
Elle reste encore imparfaitement élucidée malgré les progrès réalisés,
notamment en microbiologie.
Dans la genèse de la maladie cependant, sont
clairement impliqués des facteurs d’environnement (micro-organismes) et
des facteurs immunogénétiques (HLA).
Le modèle animal des rats transgéniques, développé par l’équipe de Taurog
au Texas, a confirmé ces rôles. En introduisant dans le génome de rat de
nombreuses copies de gènes humains de B27 et de â2-microglobuline, on
observe le développement d’un modèle animal de spondylarthropathie avec
arthrite, atteintes inflammatoires génitale, digestive, cutanée et unguéale.
Les
rats transgéniques, pour un autre groupe HLA, ne développent pas cette
affection.
Ceci confirme l’implication de B27, mais seules les souches ayant
incorporé de nombreuses copies de gènes B27 développent la maladie.
D’autre part, les rats élevés en ambiance stérile germ free vont développer
des lésions cutanées et génitales, mais pas d’atteinte articulaire ou digestive.
Certaines modifications de la biologie cellulaire de l’organisme (fonction des
polynucléaires, perméabilité intestinale) sont susceptibles de favoriser
l’invasion bactérienne et l’interaction avec les molécules HLAde classe I.
Cependant, les progrès observés dans la connaissance de la physiopathologie
de l’ensemble du groupe des spondylarthropathies ne sont pas tous
transposables à la spondylarthrite ankylosante.
En particulier, la mise en
évidence, dans les structures articulaires (synoviales), de structures
bactériennes (mise en évidence de génome de Chlamydia trachomatis ou de
salmonelle par amplification génique dans les arthrites réactionnelles),
aboutissant à une persistance prolongée intracellulaire de microorganismes, n’a pas été, à ce jour, confirmée pour la spondylarthrite
ankylosante.
Néanmoins, le rôle de facteurs d’environnement est suggéré par plusieurs
arguments, cliniques (arthrite réactionnelle évoluant vers une spondylarthrite
ankylosante), microbiologiques déjà évoqués avec la mise en évidence, dans
certaines études, d’une corrélation entre l’activité de la maladie, la positivité
de la coproculture et les taux d’IgA spécifiques dirigés en particulier contre
les klebsielles.
Les micro-organismes en cause ne sont pas clairement
reconnus et ne sont pas forcément uniques. Klebsiella pneumoniae a été
particulièrement étudiée, et sa responsabilité, retenue par certains auteurs
(Ebringer), est remise en question par d’autres.
L’intestin pourrait représenter la porte d’entrée de ces antigènes bactériens,
rendant ainsi compte des constatations à ce niveau.
Cette implication
muqueuse expliquerait l’élévation des IgA et la formation d’immuns
complexes, impliqués potentiellement dans d’autres manifestations (reins,
vascularite cutanée).
Le rôle physiopathologique exact de B27 et l’interaction B27-microorganisme
ne sont pas expliqués.
Différentes hypothèses, ne s’excluant pas
forcément, ont été avancées, l’agent étiologique précis, et pas forcément
unique, restant inconnu.
La molécule B27, ou certaines molécules B27, pourraient agir comme
récepteur de l’agent étiologique.
La poche de fixation antigénique de certaines
molécules HLA pourrait accepter des fragments antigéniques dégradés en
peptides et présentés ensuite à la cellule T, à l’initiation de la maladie, avec
une réponse CD8 spécifique de l’antigène et restreinte parHLAB27.
D’autres
hypothèses font jouer un rôle central au récepteurT, qui reconnaît le complexe
HLA-peptides, cette reconnaissance étant restreinte par la molécule HLA,
ceci expliquerait la liaison HLA-maladie observée.
L’hypothèse d’une « modification de B27 » sous l’influence de l’infection
bactérienne a également été avancée.
Il pourrait s’agir d’un plasmide
bactérien codant pour un déterminant antigénique responsable de la réactivité
croisée entre B27 et Klebsiella par exemple.
Celui-ci modifierait
l’antigénicité des molécules HLAB27, exprimée à la surface cellulaire.
Ceci
pourrait expliquer que seule une partie des sujets HLA B27 développent la
maladie, alors que le germe en cause (Klebsiella) est ubiquitaire.
La théorie du mimétisme moléculaire a été à l’origine de nombreux
développements : le peptide dérivé de l’organisme causal est
immunologiquement identique à B27, donc une molécule du soi.
Ce peptide,
n’étant pas reconnu comme étranger, persiste dans l’organisme ou est à
l’origine d’une réponse auto-immune.
En faveur de cette théorie sont avancés
les résultats de réactivité croisée de nombreuses souches d’entérobactéries
avec des lignées cellulaires B27, et la mise en évidence d’une similitude
moléculaire de six acides aminés entre la nitrogénase de Klebsiella
pneumoniae et le résidu 72 à 77 de la chaîne â1 de la molécule B27.
La mise en évidence d’ARNm, de TNFalpha dans les structures articulaires
(sacro-iliaques), suggère une réaction locale cytokinique de type TH1.
De
même, la production locale de facteurs de croissance pourrait expliquer la
survenue secondaire d’ossifications locales, aboutissant alors à ce tableau de polyenthésite ossifiante.
La topographie pelvirachidienne serait expliquée
par la zone de drainage lymphatique de l’intestin, porte d’entrée des
micro-organismes.
Traitement
:
Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de traitement étiologique ou radical de la
spondylarthrite ankylosante.
La stratégie thérapeutique est donc, avant tout,
symptomatique.
Ses buts sont le contrôle des poussées inflammatoires de la
maladie, la lutte contre les douleurs et l’enraidissement, et le maintien de la
capacité fonctionnelle.
Ce traitement repose sur l’association de la
rééducation et du traitement anti-inflammatoire et médicamenteux.
L’information et l’éducation du malade permettent de coordonner ces moyens
et d’optimiser la prise en charge thérapeutique globale.
A - Information et éducation du patient
:
Elles occupent, comme dans toute maladie chronique, une place importante.
Elles permettent au patient de mieux connaître sa maladie et ses complications
éventuelles (uvéite), de comprendre l’intérêt de la rééducation, l’utilité des
traitements médicamenteux ou d’un geste local selon l’évolution, l’ensemble
permettant une meilleure efficacité et une meilleure compliance
thérapeutiques.
Les associations de malades, entre autres intérêts, contribuent
également à cette fonction d’information.
En France, sous l’égide de
l’AFLAR, il existe une association spécialisée, l’Association contre la
spondylarthrite ankylosante et ses conséquences (ACSAC) dont le siège
social se trouve au centre hospitalier universitaire de Nancy-Brabois,
54500 Vandoeuvre-lès-Nancy.
B - Rééducation :
Elle est indiquée dès le début et tout au long de l’évolution de la maladie.
Elle
a pour objectif de lutter contre les douleurs et l’enraidissement et permettre la
réadaptation socioprofessionnelle en fonction de l’état évolutif.
Elle est
facilitée par l’action des AINS.
En phase inflammatoire, la place de la rééducation est minime.
Les techniques
de physiothérapie apportent un effet antalgique localisé.
Le repos au lit permet
de soulager les articulations atteintes en étant vigilant quant à la survenue d’un flessum de genou ou de hanche, ou d’un équinisme du pied.
Des postures en
décubitus ventral, 2 à 3 h/j, peuvent, selon leur tolérance, être préconisées.
La
gymnastique respiratoire peut être proposée par inspiration et expiration
forcées, épaules en abduction, supprimant la respiration abdominale.
En phase de rémission, chez un sujet souple, la rééducation occupe une place
primordiale, luttant contre les douleurs résiduelles, permettant de mobiliser
les segments articulaires, de maintenir la musculature, d’éduquer le patient à
une hygiène de vie et de permettre ainsi une adaptation socioprofessionnelle.
Hydrothérapie, physiothérapie et massages représentent des techniques
facilitatrices utiles de la gymnastique vertébrothoracique.
Celle-ci a
différentes composantes : assouplissement (lutte contre l’enraidissement),
renforcement musculaire (exercices d’autograndissement) et éducation
posturale, afin d’éviter des déformations.
La gymnastique respiratoire
complète ce programme.
Ces exercices sont appris et contrôlés par le
kinésithérapeute et doivent ensuite être effectués régulièrement par le patient
lui-même, sous forme d’une autorééducation.
Des postures correctrices
d’attitude vicieuse, la rééducation des atteintes périphériques, l’appareillage
(orthèses plantaires), peuvent être indiqués selon les cas.
Des conseils
d’hygiène de vie (repos sur un plan dur sans oreiller, posture et gymnastique
quotidiennes, absence de surmenage, nage sur le dos en eau chaude) et
l’ergothérapie (notamment pour l’adaptation de l’environnement
professionnel) sont de mise.
Chez le sujet ankylosé, la gymnastique respiratoire est poursuivie, de même
que la gymnastique vertébrothoracique et les exercices isométriques des
spinaux luttant contre le déplacement antérieur du centre de gravité.
La
balnéothérapie améliore la tolérance des postures.
L’appareillage par corset
peut être indiqué en cas de cyphose.
L’ergothérapie permet le maintien de
l’autonomie par l’usage d’aides techniques et une adaptation du domicile.
C - Traitement médical général :
Il repose essentiellement sur les anti-inflammatoires et les antalgiques.
1- Anti-inflammatoires non stéroïdiens
:
Ils représentent la classe thérapeutique la plus utilisée.
Une étude de Calin, en
1990, révèle que 86 % de 1331 spondylarthrites ankylosantes utilisent ce
type de traitement.
Leur utilisation est justifiée particulièrement lors des
poussées de la maladie.
Des nombreux travaux consacrés à ce sujet, il est
difficile d’individualiser les meilleures molécules dans leur rapport
efficacité/tolérance, du fait de la variabilité du type d’étude, de la
pharmacologie, des doses utilisées et des demi-vies des différents produits.
Néanmoins, la plupart des AINS actuellement disponibles ont une efficacité
supérieure au placebo ou comparable à des AINS classiques.
Ces AINS
doivent être administrés à doses maximales et à des horaires permettant, en
fonction de leur demi-vie, de « couvrir » la deuxième moitié de la nuit et la
période matinale.
Si ces conditions sont respectées, leur efficacité est très
fréquente et rapide, à telle enseigne qu’elle a été incluse dans les critères des spondylarthropathies (Amor).
Les AINS peuvent être utilisés dans des formes
axiales et périphériques, récentes ou anciennes, de la maladie.
La réponse
thérapeutique reste cependant peu prévisible, du fait d’une variabilité
individuelle : il faut parfois essayer plusieurs classes d’AINS différentes sur
quelques jours avant de trouver celle qui offre le meilleur résultat pour un
patient donné.
Les pyrazolés, dont la seule molécule encore disponible en France est la
phénylbutazone (avec une autorisation de mise sur le marché restreinte à ce
type de pathologie), représentaient classiquement le traitement de référence
de la spondylarthrite ankylosante du fait d’une efficacité clinique nette, faisant
parler pour certains de « test thérapeutique à visée diagnostique ».
Les
posologies efficaces se situent entre 400 et 600 mg/j.
Le profil de toxicité de
cette molécule, digestif, cutané, rénal et surtout hématologique, restreint
légitimement son usage aux spondylarthrites ankylosantes répondant mal aux
autres AINS.
Les AINS réduisent douleurs et raideur, et améliorent la mobilité rachidienne.
Ils influencent également les marqueurs biologiques de l’inflammation,
diminuant VS et/ou PCR dans la majorité des études.
Leur influence sur la
progression des ossifications rachidiennes et de l’ankylose n’est pas établie ;
cependant, dans une étude rétrospective, Boersma trouve que les
ossifications sont moindres chez les patients ayant reçu un traitement continu
par phénylbutazone.
2- Corticothérapie générale
:
Une corticothérapie à faibles doses (inférieure ou égale à 10 mg/j de prednisone) peut être proposée en cas de contre-indication aux AINS, mais
aucune étude contrôlée n’a évalué son efficacité.
Les études ouvertes sur de
faibles effectifs ont rapporté un effet bénéfique des bolus intraveineux de
méthylprednisolone sur les paramètres cliniques, sans différence entre des
doses de 375 ou 1000 mg/bolus.
3- Antalgiques
:
Ils représentent un traitement adjuvant, permettant d’épargner lesAINS.
Il en
est de même des myorelaxants.
L’amitriptyline à faibles doses (30 mg/j), à
côté de ses effets antalgiques, a démontré, dans une étude contrôlée, une
amélioration du sommeil et une réduction de l’activité de la maladie évaluée
par le BASDAI.
4- Traitements d’action lente
:
Ils sont moins fréquemment utilisés que dans les autres rhumatismes
inflammatoires.
Ils peuvent être indiqués dans les formes de spondylarthrite
ankylosante résistant aux AINS et d’évolution continue.
Plusieurs études contrôlées ont évalué l’intérêt de la Salazopyrinet au cours
des spondylarthropathies.
Globalement, le traitement est bien toléré et à
l’origine d’une amélioration des paramètres cliniques et parfois biologiques,
particulièrement dans les formes actives avec atteinte articulaire périphérique.
Cependant, ce traitement ne semble pas avoir, sur une période de 12 mois,
d’influence sur la progression radiologique.
La D-pénicillamine a fait l’objet d’études dans les années 1970, mais sans
effet bénéfique particulier.
Il n’y a pas d’étude contrôlée avec les antimalariques ou les sels d’or.
Parmi les immunomodulateurs, le méthotrexate a été utilisé dans le cadre
d’études ouvertes avec des résultats favorables, cependant sur des effectifs
faibles.
Son intérêt demande à être validé dans cette indication.
Le cyclophosphamide a démontré une efficacité clinique et biologique (VS) sur
un groupe de 12 spondylarthrites ankylosantes avec atteinte périphérique en
étude ouverte.
De même, la ciclosporine peut avoir un effet favorable dans
certaines formes périphériques, mais il s’agit, là aussi, d’études non
contrôlées.
5- Traitements locaux :
Des infiltrations locales de dérivés cortisoniques peuvent être utiles avec une
certaine efficacité dans les arthrites périphériques, les enthésopathies rebelles
telles les talalgies.
L’efficacité des infiltrations cortisoniques des sacroiliaques
a été démontrée lors d’études contrôlées (Braun, Maugars).
Des
synoviorthèses peuvent être indiquées après inefficacité de la corticothérapie
locale dans les arthrites périphériques.
6- Traitements potentiels et perspectives médicales
:
La bromocriptine, utilisée dans certains cas d’arthrite réactionnelle et de
rhumatisme psoriasique, s’est révélée efficace sur un groupe de
spondylarthrites ankylosantes juvéniles, avec une réponse clinique et une
baisse des taux sériques d’IL6.
Les bisphosphonates pourraient représenter une alternative intéressante : une
étude ouverte avec le pamidronate et une étude contrôlée avec l’étidronate
ont mis en évidence une amélioration des indices d’activité de la maladie.
Les tétracyclines et les autres anti-infectieux n’ont pas été évalués au cours
de la spondylarthrite ankylosante.
D - Traitement chirurgical
:
Son recours reste peu fréquent, comparé à d’autres rhumatismes
inflammatoires chroniques.
La coxite de la spondylarthrite ankylosante peut faire envisager une
arthroplastie par prothèse totale.
Celle-ci permet d’obtenir régulièrement une
indolence appréciable, mais le risque d’ossification périprothétique est
marqué (en particulier en cas d’ankylose préopératoire), obérant le résultat
sur la mobilité.
La meilleure indication de prothèse est donc la coxite, très
douloureuse et invalidante.
Au rachis, la chirurgie peut être indiquée dans le traitement des luxations atloïdoaxoïdiennes, ou de certaines formes de fracture du rachis.
Dans
certains tableaux évolués, l’indication d’une ostéotomie vertébrale peut être
discutée pour redonner une horizontalité du regard.
La possibilité de
complications neurologiques ou vitales dans les suites est à prendre en
considération dans cette indication thérapeutique.