Angiographie cérébrale normale
(Suite)
Cours de Neurologie
Artériographie de la carotide externe
:
L’artère carotide externe fournit la vascularisation du massif facial,
des parties molles de la face, du cuir chevelu, mais aussi du
squelette osseux de la voûte et de la base du crâne, de la dure-mère
et des nerfs crâniens dans leur trajet extracrânien.
À ce titre, il nous semble important de rappeler brièvement son rôle
dans la vascularisation des méninges et des structures osseuses du
crâne.
En effet, son exploration est souvent nécessaire dans l’étude
de tumeurs ou des malformations vasculaires de la base du crâne,
du rocher ou des méninges.
A - MÉTHODES D’EXPLORATION :
Le cathétérisme sélectif par la méthode de Seldinger est la voie la
plus appropriée pour l’étude de la carotide externe.
La technique
peut s’avérer difficile chez certains sujets âgés.
B - ANATOMIE RADIOLOGIQUE :
Outre toutes les branches destinées à la face, qui ont été très
bien étudiées par Merland et Djindjian, trois artères jouent un rôle
important en pathologie cérébrale.
Ce sont l’artère maxillaire interne,
l’artère pharyngienne ascendante et l’artère occipitale.
1- Artère maxillaire interne
:
Elle vascularise les fosses nasales, le sinus maxillaire, les parois de
l’orbite et les étages antérieur et moyen de la base du crâne.
Surtout,
elle donne naissance à une collatérale : l’artère méningée moyenne,
qui pénètre dans l’étage moyen de la base du crâne par le trou petit
rond.
Cette branche vascularise la dure-mère qui tapisse les deux
tiers externes de la fosse temporale et surtout la voûte au-dessus de
l’insertion de la tente du cervelet à l’exception de la partie très
interne et antérieure qui est sous la dépendance de l’artère méningée
antérieure, branche de l’artère ophtalmique.
Son trajet dans les
sillons méningés de la voûte est très aisément reconnaissable sur le
cliché de profil.
2- Artère pharyngienne ascendante :
Elle vascularise la paroi postérieure du pharynx, la partie interne de
l’étage moyen de la base, le rocher et la région du trou déchiré
postérieur.
Elle donne souvent un rameau méningé pour la duremère
de la fosse postérieure.
3- Artère occipitale :
Elle vascularise la nuque, la voûte occipitale et donne un rameau
méningé pratiquement constant pour la dure-mère qui tapisse la
voûte occipitale au-dessous de l’insertion du sinus latéral.
Il faut
signaler qu’elle présente constamment une ou deux anastomoses
segmentaires avec l’artère vertébrale homolatérale.
Son trajet,
oblique en haut et en arrière du conduit auditif externe, est
parfaitement caractéristique sur le cliché de profil.
Angiographie vertébrale
:
Nous nous limitons ici à l’étude des branches intracrâniennes de
l’angiographie vertébrale.
Une exploration complète des
branches vertébrobasilaires doit comporter une étude des deux
artères vertébrales, cependant, dans la majorité des cas,
l’injection de l’artère vertébrale dominante est suffisante.
Le
système vertébrobasilaire vascularise l’ensemble de la fosse
postérieure et le territoire des artères cérébrales postérieures (face interne du lobe temporal, lobe occipital et thalamus) et région
diencéphalique.
A - MÉTHODES D’EXPLORATION :
Quelle que soit la voie d’abord utilisée, cathétérisme sélectif ou
injection humérale rétrograde, son exploration doit comporter des
clichés de face et de profil des deux artères vertébrales
intracrâniennes.
B - ANATOMIE RADIOLOGIQUE :
1- Artères
:
* Artère vertébrale intracrânienne
:
L’artère vertébrale pénètre dans la fosse postérieure latéralement
perforant la membrane atloïdoaxoïdienne.
Elle contourne la face
latérale du bulbe et se termine au niveau du sillon bulboprotubérantiel en s’anastomosant avec son homologue du côté
opposé pour former le tronc basilaire. Dans certains cas, cette
réunion se fait plus haut, à la face antérieure de la protubérance.
Dans ce trajet, elle donne l’artère spinale antérieure de la moelle
cervicale haute, de fins rameaux pour le bulbe et surtout l’artère
cérébelleuse postéro-inférieure.
De profil, l’artère est oblique en haut et en avant et rejoint la lame
basilaire de l’occipital.
Elle présente souvent une courbe concave en
avant, plus ou mois prononcée et qu’il ne faut pas confondre avec
un refoulement pathologique.
De face, l’artère vertébrale s’étudie en incidence de Worms.
Elle
présente un trajet oblique en haut et en dedans, discrètement
concave en dedans.
Habituellement, sa terminaison se fait sur la
ligne médiane par réunion à plein canal avec son homologue
controlatérale, mais parfois cette terminaison peut être le siège d’un
coude, en particulier lorsqu’une artère vertébrale est dominante.
* Branches de l’artère vertébrale intracrânienne :
– Les artères cérébelleuses postéro-inférieures sont les branches
principales de l’artère vertébrale intracrânienne.
Symétriques, elles
naissent à un niveau variable et présentent deux segments
parfaitement identifiables : latérobulbaire et amygdalien.
Dans ce
deuxième segment, chacune d’elles décrit une boucle dont le
sommet est un bon repère du toit du IVe ventricule, puis elle se
divise en branches lobaire et vermienne.
De face, l’artère cérébelleuse inférieure décrit une boucle de
topographie variable selon le niveau d’origine, puis monte
verticalement et se divise en deux branches : une branche lobaire
qui suit grossièrement le bord supérieur du rocher et une branche vermienne qui apparaît strictement médiane.
De profil, elle décrit une boucle en « S » caractéristique, comportant
plusieurs segments : le premier latérobulbaire a une direction
globalement postérieure, mais son trajet dépend du niveau d’origine
de l’artère sur la vertébrale ; puis elle décrit une courbe à convexité
inférieure rétrobulbaire, enfin une courbe à concavité inférieure
latéroamygdalienne dont la topographie est fixe.
Le sommet de cette
courbe, ou point choroïdien, correspond à sa division en branches vermienne et lobaire et constitue un repère important du toit du IVe
ventricule.
– L’artère méningée postérieure peut naître indifféremment de l’artère
vertébrale droite ou gauche lorsque celle-ci franchit le trou occipital.
Elle se dirige en arrière et vascularise la dure-mère et l’écaille de
l’occipital.
Elle n’est le plus souvent visible que de profil.
– L’artère spinale antérieure de la moelle cervicale haute naît de la
partie terminale de l’artère vertébrale et descend verticalement à la
face antérieure du bulbe et de la moelle cervicale haute.
* Tronc basilaire
:
Né de la réunion des deux artères vertébrales, il monte verticalement
à la face antérieure du tronc cérébral et se termine au niveau du
pédoncule en se divisant en artères cérébrales postérieures droite et
gauche.
Dans son trajet, il donne de multiples artères perforantes pour le
tronc cérébral et les artères cérébelleuses moyennes et supérieures.
Angiographiquement, de profil, le tronc basilaire suit la face
postérieure du clivus dont il reste toujours séparé par un espace de
plus de 3 mm.
Ce trajet est souvent concave en arrière. De face, il est
vu en raccourci sur l’incidence de Worms et son étude peut justifier
une incidence de Blondeau.
Il présente souvent une concavité droite
ou gauche sans valeur pathologique mais sa terminaison se fait
toujours sur la ligne médiane.
* Branches du tronc basilaire :
+ Artères perforantes
:
Elles sont trop grêles pour être individualisées en angiographie.
+ Artères cérébelleuses moyennes :
Elles naissent à la hauteur de l’émergence du V, au tiers inférieur du
tronc basilaire.
Leur nombre et leur développement sont sujets à de
nombreuses variations.
Dans certains cas, une artère cérébelleuse
moyenne peut suppléer une artère cérébelleuse postéro-inférieure
atrésique.
Sur les angiographies de profil, la superposition des rochers ne
permet pas de les visualiser.
En revanche, elles sont souvent visibles
de face (Worms) : elles se séparent à angle droit du tronc basilaire
1 cm après son origine et se dirigent vers l’angle pontocérébelleux.
+ Artères cérébelleuses supérieures :
Il en existe habituellement une de chaque côté, mais leur nombre est
très variable, jusqu’à trois du même côté.
Elles naissent à la partie
terminale du tronc basilaire, contournant les pédoncules cérébraux
et se ramifient en branches vermienne et hémisphérique à la face
supérieure du cervelet.
En angiographie de profil, elles présentent d’abord une courbe
harmonieuse concave en haut, sous-jacente à celle des artères
cérébrales postérieures ; puis un trajet ascendant contournant le
culmen ; enfin, elles redescendent le long de la face supérieure du
cervelet.
De face, leur trajet en « lyre », symétrique, circonscrivant le
tronc cérébral, est caractéristique.
Cette « lyre » croise dans l’espace
celle beaucoup plus ouverte des artères cérébrales postérieures.
Leurs différentes branches sont en revanche difficiles à repérer du
fait des superpositions avec les branches des artères cérébrales
postérieures.
+ Artères cérébrales postérieures
:
Branches terminales du tronc basilaire, dans 10 % des cas environ,
elles peuvent naître de la terminaison de la carotide, cette anomalie
étant très rarement bilatérale.
L’artère cérébrale postérieure et ses
branches assurent la vascularisation des faces interne et inférieure
du lobe temporal, de la face interne du lobe occipital, du thalamus,
de la toile choroïdienne du IIIe ventricule et des ventricules latéraux,
du splénium du corps calleux, des tubercules quadrijumeaux et de
la partie postérieure du IIIe ventricule.
L’artère cérébrale postérieure contourne la face antérieure puis
latérale des pédoncules cérébraux en regard de l’émergence de la
troisième paire crânienne et se divise au niveau du tectum en des
branches corticales occipitale interne et temporale inférieure.
L’artère
occipitale interne chemine dans la scissure interhémisphérique et
donne l’artère calcarine.
L’artère temporale inférieure chemine à la
face inférieure du lobe temporal sur laquelle elle se ramifie.
Dans
son trajet circumpédonculaire, 1 cm après son origine, l’artère
cérébrale postérieure émet l’artère communicante postérieure qui
l’anastomose à la carotide interne.
Outre ses branches corticales,
l’artère cérébrale postérieure donne plusieurs branches centrales
destinées au thalamus et à la partie postérieure du IIIe ventricule.
L’angiographie de profil et en incidence de Worms permet
d’analyser le tronc et les branches corticales de l’artère cérébrale
postérieure.
De profil, le tronc de l’artère cérébrale postérieure se dirige en arrière
perpendiculairement au tronc basilaire.
Ce trajet rectiligne chez l’adulte jeune et l’enfant devient souvent concave en haut chez le
sujet âgé.
Puis, à la face postérieure du tronc, l’artère se divise en
une branche discrètement ascendante, l’artère occipitale interne, et
une branche descendante temporale inférieure dont les rameaux
vont se superposer aux branches de l’artère cérébelleuse supérieure.
De face, le trajet en « lyre » circumpédonculaire des deux artères
cérébrales postérieures est un signe important de la situation et de
la taille des pédoncules cérébraux.
Cette « lyre » est beaucoup plus
ouverte que celle des artères cérébelleuses supérieures.
Dans cette
incidence, la branche temporale interne à direction externe se
différencie très aisément de l’artère occipitale interne qui décrit des
boucles proches de la ligne médiane.
* Branches diencéphaliques :
Il s’agit de fins rameaux artériels qui naissent de l’artère
communicante postérieure et du tronc de l’artère cérébrale
postérieure dans son trajet circumpédonculaire :
– artères thalamiques inférieures nées de la communicante
postérieure, très grêles. Elles vascularisent la partie inférieure du
thalamus ;
– artères thalamiques nées du tronc de l’artère cérébrale
postérieure ;
– artère choroïdienne postéromédiane née de la cérébrale
postérieure peu après la communicante.
Elle longe son bord
supérieur, puis le thalamus et pénètre dans la toile choroïdienne du
IIIe ventricule qu’elle vascularise, ainsi que les noyaux antérieurs du
thalamus ;
– artère choroïdienne postérolatérale qui croise la face interne du
pulvinar et pénètre dans la fissure choroïdienne du ventricule latéral
droit.
Elle vascularise les plexus choroïdiens ;
– artère péricalleuse postérieure qui suit la face supérieure du
splénium du corps calleux.
Sur l’angiographie, ces branches son bien analysables de profil, mais
aussi sur l’incidence de Blondeau qui les dégage des superpositions
avec les artères cérébelleuse supérieure et cérébrale postérieure.
De profil, on individualise d’avant en arrière les artères thalamiques
inférieures, les choroïdiennes postéromédiane et postérolatérale qui
décrivent une courbe concave en avant et l’artère péricalleuse
postérieure.
De face, en incidence de Blondeau, les artères choroïdiennes
postéromédianes et postérolatérales forment un cercle enserrant le thalamus.
2- Parenchymographie :
L’étude du temps intermédiaire montre une prise de contraste
homogène du cervelet dont on délimite bien les contours sur
l’incidence de profil.
Elle permet ainsi de mettre en évidence la
situation des amygdales cérébelleuses par rapport au trou occipital.
3- Veines de la fosse postérieure :
Le retour veineux de l’injection dans l’artère vertébrale opacifie les
veines de la fosse postérieure et les veines occipitales.
Les travaux de Huang et de Braun ont particulièrement bien étudié
les veines de la fosse postérieure.
On peut ainsi distinguer trois groupes de veines selon leur drainage :
– un groupe supérieur se drainant par l’intermédiaire de la veine
basilaire et de la veine cérébrale interne dans le sinus droit ;
– un groupe postérieur se drainant vers les sinus latéraux ;
– un groupe antérieur se drainant vers le sinus pétreux.
* Groupe supérieur :
Il est formé de trois veines principales très souvent identifiables sur
une angiographie sélective.
– La veine mésencéphalique postérieure contourne la face latérale du
pédoncule cérébral.
Elle reçoit habituellement à la hauteur des
sillons latéromésencéphaliques la veine mésencéphalique latérale
verticalement ascendante.
Puis elle se redresse et se jette dans la
terminaison de la veine cérébrale interne.
Elle est habituellement
identifiable sur les clichés de face (Worms) et de profil.
De face, elle présente un trajet oblique en haut et en avant parallèle
à celui de la veine basilaire.
De profil, elle croise d’avant en arrière la partie supérieure des
pédoncules cérébraux et se redresse pour se jeter dans la veine
cérébrale interne.
La veine mésencéphalique latérale est de petit calibre et
inconstamment opacifiée.
– La veine précentrale naît dans le sillon précentral sur la face
postérieure de la plaque quadrijumelle et se jette par un trajet
vertical dans la terminaison de la veine cérébrale interne.
De profil,
elle est caractéristique par son trajet en « virgule » dont l’angle
correspond au point colliculocentral.
Sa portion initiale est un repère du toit du IVe ventricule.
De face, la
veine précentrale est visible sur la ligne médiane à la moitié antérosupérieure de la fosse postérieure, jusqu’au sinus droit.
– La veine vermienne supérieure assure le retour veineux de la moitié
supérieure du vermis et de l’hémisphère.
Paramédiane, elle se dirige
en haut et en avant et se jette dans la veine cérébrale interne.
Elle est
habituellement invisible de face. De profil, elle est reconnaissable à
sa direction antéropostérieure croisant la partie terminale de la veine
précentrale.
* Groupe postérieur :
Il comprend, d’une part des veines hémisphériques inférieures, de
topographie variable, se jetant dans les sinus latéraux ; d’autre part,
la veine vermienne inférieure, quasi constante.
– Les veines hémisphériques ne sont individualisées qu’en incidence
de face où elles présentent un trajet antéropostérieur vers le sinus
latéral.
De profil, elles suivent l’écaille de l’occipital.
– La veine vermienne inférieure est constante mais peut présenter des
atypies d’origine.
Elle naît à la face postérieure de l’amygdale, de la
réunion de deux veines amygdaliennes.
Elle se dirige en haut et en
arrière, le long du vermis, et se termine dans le torcular ou le sinus
droit.
De profil, son origine au point copulaire est un repère important du
bord postérieur de l’amygdale cérébelleuse.
Son trajet, concave en
haut, parallèle à la table interne mais à distance d’elle, permet de la
reconnaître aisément.
De face, elle est en situation paramédiane, juste en dehors de la
veine précentrale et s’étend de la partie moyenne de la fosse
postérieure jusqu’au torcular.
* Groupe antérieur :
Il comprend un groupe de veines se jetant dans les sinus pétreux
supérieur et inférieur et drainant la partie antérieure du tronc
cérébral et du cervelet.
Ces veines se jettent dans la veine pétreuse.
On en distingue cinq groupes dont les principaux éléments sont la
veine pontomésencéphalique antérieure et la veine du récessus
latéral du IVe ventricule.
– La veine pontomésencéphalique antérieure naît au niveau de l’espace
perforé antérieur, gagne la citerne interpédonculaire, chemine à la
face antérieure du tronc et se termine habituellement en se jetant
dans la veine pétreuse, plus rarement dans la veine spinale
antérieure.
De profil, elle dessine la citerne interpédonculaire et la face
antérieure de la protubérance.
– La veine du récessus latéral et du IVe ventricule chemine depuis
le pôle supérieur de l’amygdale jusqu’à l’angle pontocérébelleux
où elle se jette dans la veine pétreuse.
Elle est habituellement
bien visible de face : elle naît à 1 cm de la ligne médiane à la
partie moyenne de la fosse postérieure, dessine un arc à
concavité interne, puis, après un coude, se jette dans la veine
pétreuse.
– La veine pétreuse naît à l’angle antérieur du cervelet, du confluent
des veines précédentes.
Elle se dirige en avant et en dehors et se
jette rapidement dans le sinus pétreux supérieur.
De face, elle se projette dans l’angle pontocérébelleux sous forme
d’une veine courte et souvent volumineuse.
Elle constitue un
excellent repère des processus expansifs de l’angle.
De profil, elle se projette au bord supérieur de la pyramide pétreuse,
mais est souvent masquée par les superpositions osseuses.
Conclusion
:
L’angiographie cérébrale a perdu beaucoup de son intérêt dans l’étude
des processus pathologiques cérébraux avec le développement du
scanner et surtout de l’IRM, puis plus récemment des techniques
d’exploration vasculaire non invasives.
Elle reste actuellement encore la
technique de référence en pathologie vasculaire cérébrale.
Elle demeure
nécessaire à l’évaluation préthérapeutique des malformations
vasculaires cérébrales, mais également des lésions ischémiques
lorsqu’un geste endovasculaire est envisagé.