Introduction
:
L’oreille interne traduit un signal physique, le son, en signaux bioélectriques,
des potentiels d’action dans la branche cochléaire du nerf vestibulocochléaire.
Cette branche est le vecteur d’informations concernant la fréquence, codée
d’une part par la localisation du message sensoriel dans telle population de
fibres, et d’autres part,
pour les sons graves, par la périodicité de la décharge
des potentiels d’action, mais aussi l’intensité de la stimulation, codée par la
fréquence des potentiels d’action et le recrutement plus ou moins important
du nombre de fibres.
Néanmoins, il existe une grande différence entre ces
données primaires périphériques et la richesse de notre univers sonore : le
système nerveux central a pour rôle d’extraire du message brut, de relais en
relais, de nouvelles informations, concernant en particulier la localisation de
la source sonore dans l’espace, et le codage des sons complexes.
Les voies auditives ascendantes ont une organisation complexe.
Le
message auditif est traité à quatre niveaux : le tronc cérébral (noyaux
cochléaires et complexe olivaire supérieur), le mésencéphale (colliculus
inférieur), le diencéphale (corps genouillé médian) et le cortex auditif.
Après
le premier relais dans le noyau cochléaire, la projection est bilatérale, avec
cependant une dominance controlatérale.
Ainsi, chaque structure reçoit des
informations binaurales, c’est-à-dire en provenance des deux oreilles.
Bien qu’il reste beaucoup à faire dans le domaine de la physiologie des centres
auditifs, l’originalité fonctionnelle des diverses structures peut être esquissée,
des noyaux cochléaires aux diverses aires corticales.
Cette originalité
fonctionnelle coexiste avec une stricte tonotopie cochléaire, c’est-à-dire une
répartition, dans le volume de chaque structure, des diverses régions de la
cochlée.
En conséquence, à l’étalement des fréquences audibles sur la
longueur de l’organe de Corti, correspond une distribution systématique de
ces fréquences dans les différentes structures centrales.
L’anatomie des voies
auditives centrales ne peut être, en l’an 2000, qu’une anatomie fonctionnelle.
Une importante revue a été récemment publiée, en français, sous la direction de Raymond Romand : « Le système auditif central, anatomie et physiologie
», Éditions INSERM SFA, 1992, 232 pages. (Note au lecteur : l’essentiel
de la bibliographie se trouve dans cet ouvrage).
Ganglion spiral et racine cochléaire
du nerf cochléovestibulaire :
Les cellules du ganglion spiral sont les corps cellulaires des premiers
neurones des voies auditives.
Le ganglion spiral, situé au centre du modiolus
(axe de la cochlée), contient 30 000 à 35 000 neurones chez l’homme.
Deux types de neurones ont été décrits dans le ganglion spiral.
Les cellules
ganglionnaires de type I constituent le contingent majeur des cellules
ganglionnaires (90-95 %).
Elles sont de grande taille (12-20 µm), bipolaires,
ont un volumineux noyau central et sont riches en réticulum endoplasmique.
Leur corps cellulaire est entièrement couvert de myéline.
Les cellules de type II ne représentent que 5 à 10%des cellules du ganglion spiral.
Elles sont de
petite taille (8-12 µm) et non myélinisées.
Les projections vers les centres se font par l’intermédiaire de la racine
cochléaire du nerf cochléovestibulaire.
Cette racine est formée des axones des
cellules du ganglion spiral.
Le nerf traverse le méat auditif interne, constitué
d’un grand nombre de fins fascicules ordonnés de manière spiralée, de telle
sorte que les fibres venant de l’apex de la cochlée (codant pour les fréquences
graves) sont centrales, et celles venant de la base cochléaire (codant pour les
fréquences aiguës) sont en périphérie du nerf.
La racine cochléaire du nerf cochléovestibulaire entre alors dans les noyaux cochléaires, où chaque axone
se divise en deux branches : une branche ascendante se dirigeant vers le noyau
cochléaire antéroventral (NCAV), une branche postérieure pour les noyaux
cochléaires postéroventral (NCPV) et dorsal (NCD).
Il n’a jamais pu être mis
en évidence de fibres de la racine cochléaire du nerf cochléovestibulaire ne se
terminant pas dans les noyaux cochléaires.
Ainsi, les noyaux cochléaires sont
le premier relais obligatoire des voies auditives ascendantes.
Noyaux auditifs du tronc cérébral :
A - Noyau cochléaire :
Le noyau cochléaire est le premier relais auditif sur la voie ascendante.
Il est situé sur la face dorsolatérale du tronc cérébral.
Les fibres du nerf auditif
se divisent rapidement en entrant dans le tronc cérébral en deux branches :
l’une antérieure ou ascendante, l’autre postérieure ou descendante.
Les
propriétés fréquentielles des fibres du nerf auditif, reproduisant la tonotopie
cochléaire ou cochléotopie, se retrouvent dans le noyau cochléaire, car les
fibres codant pour les fréquences graves se projettent dans les régions
ventrales du noyau, tandis que les fibres codant pour les fréquences aiguës se
projettent dans les régions dorsales.
La structure cellulaire du noyau cochléaire n’est pas homogène.
Trois grandes
divisions ont été délimitées, sur la base de leur architecture cellulaire et sur
leur type d’innervation.
La branche antérieure ou ascendante innerve le NCAV.
La branche postérieure ou descendante innerve le NCPV et le NCD.
Le NCAV est la partie la plus volumineuse du noyau cochléaire, suivi par le
NCD et le NCPV.
Si chacune de ces structures est caractérisée par des types
cellulaires spécifiques, il existe un type de cellules réparti dans toutes les
divisions du noyau cochléaire.
Ce sont des cellules granulaires à petit corps
cellulaire (10 µm) et ayant un nombre réduit de prolongements.
Ce type de
cellules granulaires est essentiellement présent chez certains rongeurs ; elles
sont peu nombreuses chez les primates.
Chacune des divisions du noyau
cochléaire a sa représentation cochléotopique.
Cette cochléotopie a pu être
mise en évidence par des techniques d’enregistrement électrophysiologique,
mais également par les techniques d’incorporation du 14C-désoxyglucose, qui
montrent des zones correspondant à la représentation tonotopique dans
chaque noyau cochléaire.
Le noyau cochléaire est le premier relais de la voie auditive ascendante, où
l’intégration et le traitement de l’information acoustique sont complexes.
Ce
traitement résulte déjà de nombreuses interactions entre le système auditif
périphérique et les noyaux auditifs supérieurs, comme en témoignent les
nombreuses projections venant en particulier du colliculus inférieur.
1- Noyau cochléaire antéroventral :
Le NCAV est la plus volumineuse partie du noyau cochléaire.
Il est subdivisé
en une région antérieure, riche en larges cellules sphériques (20-30 µm),
possédant une arborisation dendritique ramassée leur donnant un aspect en
buisson (cellules en buisson de Brayer ou grandes cellules d’Osen).
Leur
nombre décroît d’avant en arrière. Plus en arrière, on trouve des cellules
étoilées, à longs dendrites.
Les terminaisons des fibres du nerf auditif sur les
cellules du NCAV sont variées.
Les plus fréquentes sont des terminaisons par
des boutons de petite taille (94 % des terminaisons).
Moins fréquentes, mais
plus spécifiques de ce noyau, sont les larges terminaisons caliciformes (bulbes
de Held).
À côté de cette riche innervation afférente ascendante, le NCAV est
innervé par des voies descendantes provenant des centres supérieurs, comme
le complexe olivaire supérieur, et notamment l’olive supérieure latérale
(OSL), mais aussi du noyau cochléaire controlatéral et du cervelet ipsilatéral.
Certaines afférences centrales sont inhibitrices et semblent améliorer la
sélectivité fréquentielle des cellules en buisson.
L’innervation efférente du NCAV se dirige vers le corps trapézoïde, et se projette bilatéralement dans le
complexe olivaire supérieur, dans les noyaux du lemnisque latéral, et dans le
colliculus inférieur.
2- Noyau cochléaire postéroventral :
Le NCPV est essentiellement constitué par deux types cellulaires : les cellules
octopus et les neurones multipolaires d’Osen.
Les cellules octopus ont un
corps cellulaire large, d’environ 35 µm de diamètre, et recouvert de nombreux
spicules.
Les cellules multipolaires d’Osen sont des cellules étoilées
semblables à celles rencontrées dans le NCAV.
Les fibres du nerf auditif se
terminent sur les cellules du NCPV par des terminaisons semblables à celles
rencontrées dans le NCAV, excepté les bulbes de Held.
Ce noyau reçoit
également des afférences centrales provenant du colliculus inférieur, des
noyaux du lemnisque latéral, du noyau cochléaire controlatéral et du
complexe olivaire supérieur.
Les fibres efférentes, issues du NCPV, se dirigent
vers la strie acoustique intermédiaire et se projettent essentiellement dans les
noyaux controlatéraux du lemnisque latéral et du colliculus inférieur.
3- Noyau cochléaire dorsal
:
Le NCD a une structure lamellaire composée de trois couches : la couche
moléculaire, la couche de cellules pyramidales ou cellules fusiformes, et la
couche de cellules polymorphes.
Les cellules fusiformes sont des cellules de
taille moyenne (15-25 µm), à corps cellulaire pyramidal, et dont les dendrites
se projettent sur la couche moléculaire, tandis que l’axone se dirige vers la couche profonde pour rejoindre la strie acoustique.
Si leNCDreçoit une riche
innervation afférente ascendante, il reçoit également le faisceau
colliculocochléaire provenant du colliculus inférieur.
Les fibres venant de la
région dorsale du noyau central du colliculus inférieur (NCCI) se projettent
bilatéralement dans la couche pyramidale et dans la couche moléculaire.
Les
fibres issues de la région ventrale du NCCI se terminent dans la couche
pyramidale et dans la couche de cellules polymorphes.
Cette projection
respecte la tonotopie cochléaire.
Il semble que cette voie descendante soit
essentiellement de type excitateur.
Des fibres provenant du complexe olivaire
supérieur se terminent également dans ce noyau.
Les fibres efférentes duNCD
se dirigent vers la strie acoustique dorsale et se projettent vers les noyaux
controlatéraux du lemnisque latéral et du colliculus inférieur.
4- Neuromédiateurs du noyau cochléaire :
Le neuromédiateur des fibres du nerf auditif serait un acide aminé excitateur,
probablement l’acide glutamique ou/et l’acide aspartique.
Les neuromédiateurs des diverses afférences centrales seraient
l’acétylcholine, l’acide gamma-amino-butyrique (GABA), la glycine et la
noradrénaline.
5- Anatomophysiologie du noyau cochléaire :
* Classification des activités physiologiques des cellules du noyau
cochléaire selon leurs « peri-stimulus-time histograms »
et leurs relations avec les types histologiques
:
L’importance quantitative des afférences périphériques dans le noyau
cochléaire pourrait suggérer que l’activité physiologique de ce noyau soit
calquée sur celle du nerf auditif.
Or il n’en est rien, car les cellules du noyau
cochléaire effectuent un traitement complexe et varié du signal afférent.
Les
propriétés des cellules du noyau cochléaire peuvent être explorées par la
technique des peri-stimulus-time histograms (PST histogrammes), qui permet
de mesurer la probabilité de réponse d’une cellule en fonction du stimulus, et
par celle des courbes d’accord avec et sans masquage.
Chez le chat anesthésié,
les réponses observées sont essentiellement de cinq types.
Le premier type de réponse est nommé réponse primaire, car il reproduit le
message contenu dans les fibres du nerf auditif.
On distingue des réponses
primaires simples et des réponses primaires échancrées.
Ce type d’activité
cellulaire comprend deux parties : une partie phasique initiale, puis une partie
tonique se maintenant tout au long de la stimulation acoustique.
L’enregistrement extracellulaire de ces réponses permet de mettre en
évidence un prépotentiel qui refléterait la décharge de la terminaison
caliciforme (calice de Held).
Ce type de réponse primaire se retrouve dans les
cellules en buisson du NCAV.
Ces cellules ont les mêmes courbes d’accord
que celles observées dans les fibres du nerf auditif.
Le second type de réponse est une réponse transitoire.
Cette réponse se
caractérise par un important pic de décharge au début de la stimulation
acoustique, parfois supérieur à plusieurs milliers de potentiels d’action par
seconde, puis par une diminution très rapide, en quelques millisecondes, de
ce taux de décharge.
Ces réponses transitoires sont surtout présentes dans les
noyaux cochléaires ventraux.
Ces réponses sont assez spécifiques des cellules octopus, bien que ce type cellulaire puisse répondre avec d’autres
caractéristiques fonctionnelles.
La latence de ce type de réponse est l’une des
plus courtes enregistrées dans le noyau cochléaire.
Il existe une certaine
similitude entre les courbes d’accord des fibres du nerf auditif et celles
observées dans les cellules ayant une réponse transitoire.
Néanmoins, on
observe également des formes de courbes d’accord plus complexes, avec
notamment des bandes latérales d’inhibition.
Cette activité inhibitrice semble
très sensible au type d’anesthésie utilisé.
Ce type de réponse pourrait avoir un
rôle d’éveil rapide, mais également permettrait, par la mesure précise du
temps d’arrivée de la stimulation, de coder la localisation du son.
Le troisième type de réponse est une réponse en « dents de scie ».
Ces
réponses sont caractérisées par la présence de pics de décharge dont
l’espacement dépend de la durée du stimulus et de son intensité.
Si l’intensité
de la stimulation augmente, l’espace entre les pics diminue.
La latence de ces
réponses est assez élevée.
Les courbes d’accord reproduisent celles du nerf
auditif, mais des bandes latérales inhibitrices ont été décrites dans certaines
cellules.
On rencontre ce type de réponse dans toutes les divisions du noyau
cochléaire.
Les cellules présentant ce type de réponse seraient les cellules
étoilées.
Le quatrième type de réponse est une réponse croissante.
On doit lui rattacher
les réponses avec pause, car ces deux types de réponses se retrouvent dans le
même type cellulaire : les cellules pyramidales du NCD.
Ces réponses sont
caractérisées par une augmentation progressive du taux de décharge.
Dans
certains cas, une pause est observée après un premier pic d’activité.
Il faut
noter que le mode d’activité des cellules pyramidales peut varier en fonction
de l’intensité de la stimulation.
Les latences de ces réponses sont importantes,
parfois plusieurs millisecondes, traduisant probablement la présence de
nombreux circuits neuronaux.
Les courbes d’accord sont complexes.
Certaines ont des bandes latérales inhibitrices importantes, d’autres sont
caractérisées par leur aspect fermé.
* Classification des activités physiologiques des cellules du noyau
cochléaire selon leurs courbes d’accord :
Une classification récente a permis de regrouper quatre types d’activités
physiologiques dans le noyau cochléaire, en fonction de leurs courbes
d’accord et des possibilités d’inhibition par des sons additionnels.
On
distingue :
– letype I, présent uniquement dans le noyau cochléaire ventral ; il comprend
des cellules ayant une courbe d’accord semblable à celle observée dans le nerf auditif ; il n’y a pas de zones d’inhibition.
Ces cellules ont des PST
histogrammes de type primaire et en « dents de scie » ;
– letype II correspondant à des cellules uniquement présentes dans le NCD ;
les courbes d’accord sont proches de celles des cellules de type I ; néanmoins,
ce type cellulaire a une activité spontanée faible, voire nulle, et ne répond pas
ou peu aux bandes de bruit ;
– letype III, correspondant à des cellules ayant une courbe d’accord voisine
de celle du type I, mais associée à des bandes latérales inhibitrices ; la
présence des bandes latérales d’inhibition majore la sélectivité fréquentielle
cellulaire ; en effet, elles permettent d’obtenir des réponses fréquentielles très
sélectives, en éliminant les excitations par des fréquences qui ne sont pas
proches de la fréquence caractéristique de la cellule ; ce type cellulaire a des
PST histogrammes de type « dents de scie » et réponses avec pause ;
– le type IV se rencontre essentiellement dans les couches de cellules
pyramidales et polymorphes duNCD ; la cellule a une réponse excitatrice à la
fréquence fondamentale et pour des intensités sonores proches du seuil, et une
large réponse inhibitrice à plus forte intensité.
Certaines cellules, en particulier dans le NCAV et le NCPV, ont des réponses
synchronisées à la périodicité du stimulus.
Ce codage de l’information
temporelle est présent pour des fréquences inférieures à 2 kHz, notamment
dans les cellules en buisson (NCAV) et les cellules octopus (NCPV).
Enfin, certaines cellules, situées en particulier dans le NCD, répondent à
l’oreille controlatérale.
Associées à une excitation lors d’une stimulation ipsilatérale, ces cellules peuvent être soit excitées, soit inhibées lors d’une
stimulation controlatérale.
B - Complexe olivaire supérieur
:
C’est un ensemble de noyaux situés dans le tronc cérébral, caractérisé par sa
grande variabilité en fonction des espèces étudiées.
Même chez les
mammifères, il n’est pas identique chez deux espèces différentes.
Chez la
plupart des mammifères, le complexe olivaire supérieur est constitué de trois
noyaux principaux : l’OSL, l’olive supérieure médiane (OSM) et le noyau
médian du corps trapézoïde (NMCT).
Autour de ces trois noyaux principaux,
des neurones sont disséminés, formant les neurones périolivaires (NPO).
La
fonction du complexe olivaire supérieur est complexe : il intervient dans la
localisation spatiale des sons, le réflexe acoustique et la physiologie du
système efférent olivocochléaire.
1- Noyau médian du corps trapézoïde :
Les cellules principales du NMCT sont des neurones de grand diamètre
(20 µm), ayant un noyau excentrique, et innervés par une terminaison en
forme de large calice de Held provenant des cellules en buisson, d’aspect
globulaire, et des cellules sphériques du NCAV controlatéral.
Les axones des
neurones en buisson envoient des collatérales vers les NPO dorsomédians.
Les axones des neurones sphériques ont des collatérales se terminant dans
l’OSM.
Ces cellules principales sont glycinergiques et ont un rôle inhibiteur,
par l’intermédiaire de fines collatérales, sur les autres neurones du NMCT.
Les axones des cellules principales du NMCT se projettent sur l’OSL, avec
une organisation tonotopique nette.
Il existe également des projections sur les
autres noyaux du complexe olivaire supérieur, mais aucune projection directe
sur le colliculus inférieur.
À côté de ces cellules principales, il existe des
cellules allongées et des cellules stellaires.
Le NMCT a une organisation tonotopique : les cellules ayant une fréquence
caractéristique aiguë sont situées dans les régions ventromédianes, celles
ayant une fréquence caractéristique grave sont localisées en position
dorsolatérale.
Cette organisation tonotopique correspond aux calices de Held
sur les cellules principales.
Physiologiquement, les cellules principales du NMCT répondent à une
stimulation controlatérale par une réponse biphasique correspondant à un
premier potentiel positif dû au calice de Held, et un second potentiel négatif
venant des neurones principaux.
Le rôle du NMCT est mal connu ; il pourrait
jouer un rôle dans la distribution d’une inhibition de nature glycinergique
dans les différents noyaux du complexe olivaire supérieur, à partir d’une
stimulation controlatérale.
La taille du NMCT varie considérablement en
fonction des espèces ; il est volumineux chez les cétacés et les chauves-souris
(rôle dans l’écholocation).
2- Olive supérieure latérale
:
L’OSL a une forme de « S » comprenant trois parties.
La partie médiane est
plus volumineuse que les parties latérales.
L’OSL est innervée par des
terminaisons glutamatergiques provenant des cellules sphériques du NCAV
controlatéral.
Cet acide aminé excitateur agirait par l’intermédiaire de
récepteurs quisqualates ou kainates sur les dendrites des neurones principaux.
La région du NCAVcodant pour les basses fréquences se projette sur la partie
dorsolatérale de l’OSL, la région du NCAV codant pour les hautes fréquences
sur la partie dorsomédiane.
Cette OSL reçoit également des terminaisons
glycinergiques provenant du NMCT ipsilatéral.
L’OSL est formée de
plusieurs types cellulaires, mais les cellules les plus caractéristiques et les plus
nombreuses (80 %) sont des cellules fusiformes, multipolaires, ayant un
champ dendritique circulaire orienté dans le sens rostrocaudal et un
neuromédiateur glycinergique.
Leur axone se termine dans le NCCI, dans le
noyau du lemnisque latéral et sur d’autres noyaux du complexe olivaire
supérieur.
Cette projection conserve la tonotopie de l’OSL.
Cette projection
vers le colliculus inférieur est croisée pour les neurones issus de la partie
médiane de l’OSL, et décroisée pour ceux provenant de la partie latérale.
Elle
est de nature inhibitrice, ayant une neuromédiation glycinergique, pour les
projections ipsilatérales, et de nature excitatrice pour les projections
controlatérales.
La plupart des neurones de l’OSL ont une activité physiologique en réponse à
une stimulation binaurale (type EI) : excitation par une stimulation
ipsilatérale, inhibition par une excitation controlatérale. Ils sont sensibles aux
différences interaurales d’intensité et de temps.
La courbe d’accord de
l’excitation ipsilatérale est semblable à celle obtenue avec une inhibition
controlatérale.
Il existe également des cellules de l’OSL ayant une réponse
lors d’une excitation ipsilatérale exclusive.
Ces cellules ont une fréquence
caractéristique inférieure à 1 kHz.
La fonction principale de l’OSL est probablement dévolue à la localisation
des sons dans l’espace.
3- Olive supérieure médiane
:
L’OSM est située entre l’OSL et le NMCT.
Elle comprend plusieurs types
cellulaires, mais les neurones principaux sont fusiformes et de taille moyenne
(8-15 µm).
Ces cellules fusiformes reçoivent, par leurs dendrites, de larges
terminaisons provenant des cellules sphériques du NCAV ipsi- et
controlatéral.
Il semble exister deux types de terminaisons : des terminaisons
de type IA, excitatrices et de nature glutamatergique, et des terminaisons IB,
inhibitrices et de nature GABA-ergique ou glycinergique.
Les neurones
fusiformes reçoivent également des terminaisons glycinergiques provenant
des cellules principales du NMCT ipsilatéral et des NPO.
Les efférences
provenant des cellules fusiformes se projettent sur le NCCI, essentiellement
ipsilatéral.
Cette projection est tonotopique : la partie dorsale de l’OSM se
projette dans la région dorsolatérale du NCCI, et la partie ventrale de l’OSM
dans la région ventromédiane.
Des projections dans le noyau du lemnisque
latéral ont été également décrites.
L’OSM a une organisation tonotopique.
Les neurones ayant une fréquence
caractéristique grave sont situées dorsalement, ceux ayant une fréquence
caractéristique aiguë sont localisés ventralement.
La plupart des cellules de
l’OSM sont de type EE, c’est-à-dire excitées par une stimulation ipsi- et
controlatérale.
Elles sont insensibles à une différence interaurale d’intensité.
En revanche, les neurones ayant une fréquence caractéristique grave sont
sensibles aux différences interaurales de phase.
Ils pourraient donc jouer un
rôle important dans la localisation spatiale des sons de basse fréquence.
Néanmoins, l’analyse des différences morphologiques et fonctionnelles de
l’OSM observées dans diverses espèces suggère que ce noyau pourrait avoir
des fonctions différentes chez des animaux variés.
Ainsi, chez les grands
mammifères, comme chez le chat, l’OSM a un rôle de détecteur des
différences interaurales.
Chez les animaux à petite tête, cette fonction n’a pas
été mise en évidence.
En particulier, chez la chauve-souris, l’OSM semble
fonctionner comme un noyau monaural qui a un rôle de filtre très étroit pour
les modulations d’amplitude.
4- Neurones périolivaires :
Les NPO sont situés à la périphérie des trois principaux noyaux du complexe
olivaire supérieur.
La partie la plus importante de cesNPOse situe en position
antérieure et ventrale par rapport à l’OSL et à l’OSM.
Ils forment des amas
nommés noyaux du corps trapézoïde (NCT).
Bien qu’elles se trouvent dans
des régions différentes du complexe olivaire supérieur selon les espèces,
certaines populations cellulaires peuvent être regroupées, car elles sont
semblables sur les plans morphologique, neuroanatomique et histochimique.
Ce sont des populations cellulaires donnant naissance au système olivocochléaire.
Les afférences des NPO proviennent des cellules octopus du
NCPV, mais également des autres structures du complexe olivaire supérieur
et du noyau du lemnisque latéral, et du colliculus inférieur.
5- Système efférent olivocochléaire :
Les voies olivocochléaires ont été décrites par Warr et Guinan, en 1979.
Il
existe deux types d’innervation olivocochléaire.
L’innervation efférente
médiane prend naissance dans la partie médiane du complexe olivaire
supérieur et se projette bilatéralement vers la base des cellules ciliées
externes.
L’innervation efférente latérale prend naissance dans la partie
latérale du complexe olivaire supérieur et se projette essentiellement sur les
dendrites des cellules ganglionnaires de type I ipsilatéraux.
La projection du
système efférent médian prédomine dans la région cochléaire codant pour les
fréquences comprises entre 2 et 20 kHz chez le chat.
Le système efférent
latéral a une projection cochléaire plus homogène.
Les fibres du système
efférent médian sont myélinisées, tandis que les fibres du système efférent latéral semblent non myélinisées.
D’importantes variations entre les diverses
espèces de mammifères étudiées ont été décrites.
Le rôle physiologique du
système efférent est encore mal connu.
Le système efférent médian pourrait
être impliqué dans la protection de l’oreille interne et dans la dynamique de
l’oreille interne, notamment en présence d’un bruit.
C - Noyaux du lemnisque latéral :
Ils sont situés à l’intérieur des fibres du lemnisque latéral et reçoivent des
afférences provenant des noyaux cochléaires et du complexe olivaire
supérieur.
Trois noyaux ont été décrits : le noyau dorsal (NDLL), le noyau
ventral (NVLL) et le noyau intermédiaire (NILL) du lemnisque latéral.
La
fonction de ces noyaux est mal connue.
1- Noyau dorsal du lemnisque latéral
:
De nombreux types cellulaires ont été décrits dans le NDLL.
Les cellules
principales sont des cellules ovoïdes et rondes, de grande taille, de nature GABA-ergiques, et se projetant dans le NDLL controlatéral et dans le
colliculus inférieur ipsilatéral.
Les afférences de ces cellules proviennent
essentiellement du complexe olivaire supérieur ipsi- et controlatéral (60 %),
et du noyau cochléaire controlatéral (40 %).
Les neurones qui proviennent du
complexe olivaire supérieur ipsilatéral sont originaires de l’OSM, tandis que
ceux issus du complexe olivaire supérieur controlatéral viennent de l’OSL.
Les efférences du NDLL se font bilatéralement vers le colliculus supérieur,
mais également vers la formation réticulée paralemniscale et le noyau du nerf
facial controlatéral.
À côté de ces neurones principaux, il existe des cellules
allongées et rondes se projetant vers le noyau cochléaire.
Le NDLL a une organisation tonotopique : les neurones ayant une fréquence
caractéristique grave sont situés dorsalement, ceux ayant une fréquence
caractéristique aiguë ont une position ventrale.
La plupart des neurones du NDLL répondent à une stimulation des deux oreilles (86 %), tandis que
certains répondent à une seule stimulation controlatérale (12 %), ou
ipsilatérale (2 %).
2- Noyau ventral du lemnisque latéral
:
La presque totalité des afférences du NVLL proviennent du noyau cochléaire
ventral, probablement par des collatérales venant des fibres du lemnisque
latéral.
Quelques fibres proviennent du complexe olivaire supérieur.
Les efférences se dirigent vers le colliculus inférieur.
3-
Noyau intermédiaire du lemnisque latéral
:
Le NILL comprend des neurones multipolaires et des cellules allongées.
Il
reçoit des afférences provenant du complexe olivaire ipsilatéral,
essentiellement leNMCT, l’OSM et la région périolivaire, mais aussi duNCV
controlatéral.
Les efférences se font vers le NCCI ipsilatéral.
Mésencéphale auditif : colliculus inférieur
Le mésencéphale auditif, c’est-à-dire le colliculus inférieur, est formé de
plusieurs subdivisions : le NCCI, le noyau dorsomédian (NDMCI), le noyau
latéral (NLCI) et le cortex dorsal (CDCI).
Le rôle du colliculus inférieur dans le système auditif est sans doute essentiel :
il s’agit d’un centre de grande intégration du message auditif.
Cette structure
se trouve au carrefour des voies auditives ascendantes et descendantes, et
reçoit des afférences extra-auditives importantes.
Le NCCI est organisé en
lamelles, organisation qui semble très impliquée dans la représentation
spatiale, mais aussi fréquentielle, des paramètres sonores.
Cette
représentation « cartographique » des diverses qualités d’un son permet
d’analyser précisément un message sonore complexe.
Plus récemment, la
notion de périodotopie a pu être mise en évidence au sein du colliculus
inférieur.
A - Anatomie
:
Le NCCI est la partie la plus volumineuse du colliculus inférieur.
Il comprend
deux types principaux de cellules : les cellules principales (70 %) et les
cellules multipolaires (30 %).
Il a une structure en lamelles.
Les cellules
principales contribuent à cette organisation lamellaire par leurs arborisations
dendritiques.
Les afférences du NCCI sont nombreuses et variées.
Elles
proviennent de tous les noyaux inférieurs, ipsi- et controlatéraux, excepté le
NVLL controlatéral. Parmi cette multitude d’afférences, on distingue des
afférences majeures et des afférences mineures.
Les principales afférences
proviennent du côté controlatéral, des noyaux cochléaires, de l’OSL, des
noyaux du lemnisque latéral ; du côté ipsilatéral, elles viennent des noyaux
du lemnisque latéral, de l’OSM et de l’OSL.
Le NLCI reçoit des afférences
majeures auditives, via le NCCI, et des afférences majeures extra-auditives
provenant des noyaux de la colonne dorsale (noyaux gracile et cunéiforme) et
du noyau de la branche spinale du trijumeau.
L’essentiel des projections
auditives vers le colliculus inférieur sont organisées tonotopiquement.
À côté
de ces afférences ascendantes provenant du tronc cérébral, le colliculus
inférieur reçoit également de nombreuses afférences descendantes provenant
du cortex auditif ipsi- et controlatéral, du corps genouillé médian ipsilatéral
et du colliculus supérieur.
Ces projections descendantes se terminent dans le NDMCI, le NLCI et le CDCI.
En revanche, le NCCI ne reçoit pas de
terminaisons des voies descendantes : les systèmes auditifs ascendant et
descendant ne se recouvrent pas.
Les voies efférentes du colliculus inférieur
se font soit dans les voies auditives ascendantes vers les corps genouillés
médians ipsi- et controlatéraux, soit dans les voies auditives descendantes
vers les noyaux auditifs du tronc cérébral, soit vers des formations extraauditives
(colliculus supérieur, formation réticulée, substance grise centrale
entourant l’aqueduc du mésencéphale, noyaux moteurs du cervelet et du
pont).
D’une manière générale, le NCCI donne des projections auditives,
tandis que les noyaux périphériques du colliculus inférieur donnent des
projections extra-auditives.
B - Physiologie :
Les propriétés physiologiques des neurones du colliculus inférieur sont
complexes.
L’ensemble des données électrophysiologiques ne peuvent être
reliées de manière simple aux caractéristiques du stimulus sonore.
Divers
types d’information sont transmis, souvent de manière simultanée : la
fréquence du son, son intensité, sa complexité spectrale ou temporelle, sa
position dans l’espace.
L’analyse fréquentielle des propriétés des neurones
du colliculus inférieur peut être étudiée sur leurs courbes d’accord.
Ces
courbes d’accord présentent diverses zones : des zones classiques
d’excitation, des zones latérales d’inhibition où un son supplémentaire peut
inhiber la réponse à une excitation, des zones de facilitation où un son, sans
être excitateur, peut augmenter la réponse à un autre son-test dans une zone
d’excitation.
Les propriétés d’inhibition observées dans le colliculus inférieur
semblent provenir de divers noyaux du tronc cérébral (NCD, OSLet NDLL).
Le GABA et la glycine jouent un rôle important dans ces phénomènes
d’inhibition dans le colliculus inférieur.
La latence des réponses dépend de
plusieurs caractéristiques du son : type de son présenté, son intensité et sa
localisation spatiale.
Les latences observées varient de 4 à 50 millisecondes.
Les réponses des neurones du colliculus inférieur sont également variées dans
leur aspect temporel.
L’essentiel des réponses obtenues sont de type primaire
(comme dans les fibres du nerf auditif) ou avec pause.
Il existe néanmoins des
réponses plus complexes : inhibition du taux de décharge spontanée, avec ou
sans réponse off à la fin de la stimulation, réponse on-off, réponse croissante,
etc.
Il semble par conséquent exister une stratégie de codage encore mal
comprise dans le colliculus inférieur, intégrant les informations venant de
neurones individuels issus des centres inférieurs.
Les études les plus récentes
sur le colliculus inférieur ont utilisé, non pas des sons stimulants purs et
continus, mais des sons complexes, plus proches des sons naturels.
Les
courbes d’accord ainsi obtenues sont différentes.
Le neurone étudié répond à
un ensemble de fréquences contenues dans le son complexe ; les fréquences
situées en dehors de cette zone d’excitation n’agissent pas sur le taux de
décharge du neurone.
Il existe donc des bandes de réponse spectrale pour
chaque neurone nommées « bandes critiques ».
Parallèlement à ces propriétés
de résolution spectrale, les neurones du colliculus inférieur peuvent analyser
les variations de signal dans le temps.
Cette résolution temporelle des signaux
acoustiques est hautement fidèle.
Il en est de même de la capacité de réponse
aux interactions binaurales et au codage de l’espace sonore par l’analyse des
différences interaurales d’intensité ou de temps.
Cette analyse de l’espace
sonore varie en fonction de chaque animal, selon la taille de son crâne et la
forme de son pavillon.
Il semble que les neurones du colliculus inférieur
puissent avoir des champs récepteurs spatiaux définis à la fois par l’élévation
et par l’azimut.
La taille de ces champs récepteurs augmente lorsque la
fréquence caractéristique du son diminue et lorsque l’intensité sonore
augmente.
C - Cartes topographiques dans le colliculus inférieur
:
L’ensemble des propriétés observées (résolution fréquentielle, temporelle,
spatiale, etc) peut être observé sous forme de « cartes topographiques » dans
le colliculus inférieur.
Ces cartes sont superposables à l’organisation
lamellaire du NCCI.
Sur le plan fréquentiel, il existe une tonotopie stricte mise
en évidence à la fois par des techniques électrophysiologiques et des
techniques de marquage au 14C-désoxyglucose.
Les divers plans
d’isofréquence sont rangés dans le NCCI de manière ordonnée, avec une
représentation des fréquences graves dans la région dorsolatérale et une
représentation des fréquences aiguës dans la région ventromédiane.
Néanmoins, certaines gammes de fréquence peuvent être hypertrophiées dans
certaines espèces, comme chez certaines chauves-souris, dans la zone
d’écholocation.
À côté de ces cartes de résolution fréquentielle, il existe des
cartes de représentation des latences aux sons purs, des cartes de finesse des courbes d’accord (cartes deQ10), des cartes de capacité de réponse en fonction
de l’intensité du son, des cartes de résolution temporelle, des cartes de
meilleur azimut, etc.
De nombreux facteurs dépendant de l’état général de l’animal peuvent faire
varier les réponses électrophysiologiques du colliculus inférieur.
C’est le cas
des conditions d’anesthésie, de l’état de vigilance, d’un éventuel
apprentissage, et de l’existence d’autres stimulations sensorielles (toucher,
vision, etc).
Ces données mettent en évidence l’existence, dans le colliculus
inférieur, d’une modulation de l’activité auditive par de nombreux facteurs
indépendants du propre système auditif.
Diencéphale auditif : corps genouillé médian
Le corps genouillé médian constitue le relais auditif entre le colliculus
inférieur et le cortex auditif.
Cette structure thalamique est caractérisée par sa
richesse en innervation descendante qui, parallèlement aux voies auditives
ascendantes, permet la constitution de boucles auditives thalamocorticales.
Il
est divisé en plusieurs noyaux, en fonction de leur structure cellulaire et de
leur innervation.
On distingue classiquement trois divisions : ventrale, dorsale
et médiane.
Cette classification morphologique se traduit par d’importantes
différences fonctionnelles.
À côté du corps genouillé médian, deux autres
structures thalamiques appartiennent aux voies auditives : la partie postérolatérale du noyau réticulé du thalamus et la partie latérale du complexe
postérieur du thalamus.
A - Division ventrale :
C’est la plus volumineuse du corps genouillé médian et elle comprend deux
parties : une partie latérale et une partie ovoïde.
C’est le relais essentiel des
voies ascendantes vers le cortex auditif primaire (essentiellement vers la
couche IV).
Elle comprend deux types cellulaires : les neurones principaux et
les interneurones.
Les neurones principaux sont de grands neurones avec une
arborisation dendritique donnant un aspect de cellule en buisson.
Une telle
arborisation dendritique est orientée de façon à former des lamelles de 50 à
100 µm d’épaisseur, séparées par des afférences provenant du colliculus
inférieur.
Ces lamelles sont parallèles au bord externe du corps genouillé
médian.
On retrouve, dans cette structure lamellaire, une organisation tonotopique nette : les fréquences graves ont une projection externe, les
fréquences aiguës une projection interne.
Ces neurones principaux sont les cellules-relais thalamocorticales.
Les interneurones ont un axone qui se
termine dans le corps genouillé médian.
Le corps cellulaire est de petite taille
et présente quatre à six dendrites qui forment des jonctions dendrodendritiques avec les dendrites des cellules principales, donnant à ces
structures un aspect de glomérules ou « nids synaptiques ».
Ces interneurones
sont GABA-ergiques et exerceraient une fonction inhibitrice dans le corps
genouillé médian.
L’essentiel des travaux physiologiques portant sur le corps genouillé médian
a été effectué sur la partie latérale de la division ventrale.
La majorité des
cellules du corps genouillé médian enregistrées répondent aux sons purs.
Le
type de réponse observé est le plus souvent de type on ou off (80 %), plus
rarement de type primaire (12 %).
Les courbes d’accord de ces cellules sont
complexes.
Certaines reproduisent les courbes d’accord observées dans le
nerf auditif.
D’autres n’ont qu’une réponse très sélective en fréquence autour
de leur fréquence caractéristique, sans réponse enregistrable pour les basses
fréquences à forte intensité de stimulation.
Certaines ont de très larges courbes
d’accord, répondant sur une bande de fréquence de plusieurs hertz.
On
observe enfin des courbes d’accord plus complexes, dont certaines sont
caractérisées par la présence de plusieurs pointes.
Ces propriétés
fonctionnelles du corps genouillé médian sont fortement modifiées par
l’anesthésie générale.
L’interprétation des divers travaux concernant ce
domaine doit donc faire analyser avec précision le type d’anesthésie employé.
Le codage de l’intensité se fait par deux types de réponses : certaines cellules
ont une augmentation linéaire de leur taux de décharge en fonction de
l’intensité de la stimulation acoustique, avec une dynamique de 60 à 80
décibels, sans signe de saturation ; d’autres ont une augmentation progressive
de leur taux de décharge jusqu’à un maximum, puis une diminution rapide de
ce taux de décharge au-delà de ce maximum.
La latence des réponses évolue
également en fonction de l’intensité de la stimulation.
Sur le plan temporel,
les cellules du corps genouillé médian ayant une fréquence caractéristique
grave, inférieure à 1 kHz, ont un index de synchronisation élevé.
La plupart
des cellules du corps genouillé médian répondent à une stimulation binaurale.
Moins de 10 % des cellules sont monaurales.
Les cellules binaurales sont
essentiellement de type EE (excitation par une stimulation ipsilatérale et
controlatérale) et de type EI.
Un tiers des cellules sont sensibles à une
différence interaurale d’intensité ou de temps.
Néanmoins, il n’existe pas dans
le corps genouillé médian de carte neuronale représentant l’espace.
L’organisation fonctionnelle de la partie latérale de la division ventrale du
corps genouillé médian repose sur la structure lamellaire.
Comme nous
l’avons vu, chaque lamelle est une zone d’isofréquence.
Néanmoins, à
l’intérieur de chaque lamelle, il existe une grande hétérogénéité fonctionnelle
organisée selon un gradient rostrocaudal et dorsoventral.
Chaque lamelle est
organisée en un grand nombre de sous-unités ayant chacune un rôle
fonctionnel défini selon leur type de réponse physiologique.
La partie latérale
du complexe postérieur du thalamus a une organisation proche de celle de la
division ventrale.
B - Autres divisions
:
La division médiale du corps genouillé médian est une structure polysensorielle recevant des afférences auditives mais aussi vestibulaires,
visuelles et somesthésiques.
La projection corticale de ses efférences se fait
préférentiellement vers la couche I du cortex auditif.
Cette division pourrait
avoir un rôle d’éveil du cortex auditif.
La division dorsale du corps genouillé médian n’a ni structure lamellaire, ni
organisation tonotopique.
De nombreuses cellules ne répondent pas aux
stimuli acoustiques simples.
Ses projections se font vers les aires AII et T du
cortex, qui ne possèdent pas non plus d’organisation tonotopique.
Cette
division pourrait jouer un rôle dans la reconnaissance précoce des stimuli
fondamentaux pour une espèce considérée.
Enfin la partie postérolatérale du noyau réticulé du thalamus pourrait
permettre au thalamus de fonctionner différemment selon l’état d’éveil de
l’animal.
Cortex auditif :
A - Anatomie :
Chez le singe, et plus encore chez l’homme, le cortex auditif est enfoui dans
la profondeur de la scissure de Sylvius.
Il est ainsi difficile à étudier.
Chez le
chat, en revanche, les divers territoires auditifs corticaux sont disposés sur la
face latérale de l’encéphale, et donc plus accessibles.
Le cortex auditif a été
identifié, par des méthodes anatomiques, physiologiques et clinique, comme
étant une importante portion du gyrus temporal supérieur correspondant aux
aires 41 (gyrus de Heschl) et 42 de Brodman, chez le chat et chez l’homme.
De ces territoires, l’élément dominant est l’aire AI, aire auditive primaire, qui
reçoit l’essentiel des messages du corps genouillé médian.
À côté de cette aire
AI, plusieurs zones distinctes ont été mises en évidence : les aires secondaire
(AII) et tertiaire (AIII), la région ectosylvienne postérieure, la frange
suprasylvienne et l’insula.
Il existe chez tous les mammifères plusieurs
représentations complètes de la cochlée au niveau cortical.
Certaines aires
sont tonotopiquement organisées avec une représentation en « miroir » des
fréquences au passage de chaque frontière entre deux aires adjacentes (aire
primaire AI auditive antérieure, postérieure et ventropostérieure), tandis que
d’autres n’ont pas d’organisation fréquentielle évidente (aire AII, ventrale,
temporale et dorsopostérieure).
Il existe, entre chaque aire, des
interconnections qui respectent cette cochléotopie.
B - Histologie
:
Sur le plan histologique, comme l’ensemble du néocortex, le cortex auditif
est divisé en six couches.
Il est formé de 75 % de cellules pyramidales et de
25 %d’interneurones.
Les cellules pyramidales ont une couronne dendritique
basale et un dendrite apical qui remonte vers les couches superficielles.
Il est
formé de la juxtaposition de colonnes, nommés modules fonctionnels, de 200
à 300 µm de diamètre, prenant toute l’épaisseur du cortex.
Chaque module
comprend environ 5 000 neurones.
Au niveau de l’aire AI, les afférences de
chaque module proviennent du corps genouillé médian et arrivent sur des
cellules non pyramidales de la couche IV.
Les axones de ces cellules se
projettent sur des cellules pyramidales de taille moyenne de la couche III.
Ces
dernières envoient leur message vers les couches I, II, IV et V, ainsi que vers
l’aire AII, la région ectosylvienne postérieure et l’aire AI controlatérale.
Les
cellules pyramidales de la couche VI envoient leur axone vers le corps
genouillé médian et des collatérales vers les couches profondes corticales.
Les
cellules pyramidales de la couche V ont des projections vers le colliculus
inférieur et le corps genouillé médian.
Celles de la couche II ont des
projections vers les couches profondesVet VI.
Enfin, les cellules horizontales
de la couche I ont des projections vers la couche II et reçoivent des afférences
de la division médiale du corps genouillé médian.
Tous les neurones d’un
même module ont des propriétés fonctionnelles identiques.
L’information
acoustique est traitée dans chaque module, par l’intermédiaire de ses
connections intrinsèques, puis le message est envoyé vers d’autres modules
et vers les structures profondes.
C - Physiologie
:
Sur le plan physiologique, l’aire auditive primaire a été la plus étudiée.
Contrairement aux noyaux du tronc cérébral, les neurones corticaux ne sont pas sensibles à des stimuli de longue durée.
Leurs réponses se font
essentiellement à des bruits brefs ou lors d’une brusque variation d’intensité
ou de fréquence.
De plus, au sein d’un même module fonctionnel, tous les
neurones ont des propriétés fonctionnelles semblables.
Il est essentiel de
remarquer que le type de réponse de chaque cellule corticale peut changer en
fonction du spectre, de l’intensité et de la localisation spatiale du son.
En
réponse à une stimulation tonale simple, on distingue, comme au niveau du
corps genouillé médian, divers types de réponses temporelles : des réponses
transitoires à l’enclenchement (réponses on) ou au déclenchement (réponses
off), mais également des réponses soutenues durant toute la durée de la
stimulation.
Les caractéristiques spectrales des réponses des cellules
corticales sont également proches de celles du thalamus.
Il existe des courbes
d’accord étroites, ayant un Q10 élevé, mais aussi des courbes d’accord à pics
multiples ou larges, peu sélectives en fréquence.
Le codage de l’intensité dans
les neurones corticaux peut se faire selon deux modes : certaines cellules ont
une augmentation progressive de leur taux de décharge jusqu’à saturer
lorsque l’augmentation d’intensité est voisine de 30 décibels ; d’autres ne
saturent pas, mais leur taux de décharge diminue au-delà d’une certaine
intensité de stimulation (courbe en « cloche »).
Les neurones corticaux ont
également des propriétés de réponse binaurale proches de celles rencontrées
dans les neurones du corps genouillé médian ; il existe des interactions de type EE (excitation-excitation) et EI (excitation-inhibition).
Ces deux types de
réponse sont séparés anatomiquement sous forme de bandes corticales
alternantes.
Un grand nombre de cellules sont sensibles aux différences interaurales d’intensité.
Près de la moitié de ce type de cellules répond de
manière préférentielle à un niveau d’intensité sonore, ce qui laisse supposer
qu’elles codent à la fois l’azimut et la distance de la source sonore.
Les bruits naturels ne sont pas des sons purs.
Il serait donc plus intéressant
d’étudier les réponses corticales après une stimulation complexe.
L’animal le
plus étudié dans cette optique a été le singe-écureuil, car il utilise une gamme
de cris répertoriés utilisés dans la communication entre individus.
Certaines
cellules corticales ne répondent qu’à un seul type de cri, d’autres répondent à
la majorité des vocalisations de l’animal.
Il semblerait donc que certains
neurones aient besoin, pour être activés, de la coexistence ou de la succession
de critères acoustiques précis et complexes.
Le même cri, enregistré et lu à
l’envers, donne, dans certaines cellules, des réponses inversées, mais pour
d’autres, élimine totalement la réponse électrophysiologique.
Les interactions corticothalamiques sembleraient essentielles dans le
traitement de l’information acoustique.
Le corps genouillé médian reçoit une
riche innervation descendante provenant des cellules pyramidales des couchesVetVI du cortex.
Le cortex ferait fonctionner le thalamus comme un
filtre permettant d’optimiser le traitement de signaux acoustiques significatifs
pour un individu donné.
Malgré des connaissances de plus en plus précises
dans ce vaste domaine de la physiologie du cortex auditif, aucun concept
global du traitement central de l’information sonore n’a été développé et
expérimenté.
L’acide acétylsalicylique est connu pour déclencher des acouphènes chez
l’homme.
Utilisant cette molécule chez la gerbille, il a été mis en évidence
des modifications de l’activité cérébrale par la technique du (14C)2-déoxyglucose.
L’acide acétylsalicylique diminue l’activité du colliculus
inférieur, particulièrement sur les secteurs codant pour les fréquences aiguës,
tandis qu’une activation est observée dans le cortex auditif.
Ces résultats
semblent suggérer que les acouphènes puissent être générés au niveau des
structures cérébrales.
La connaissance de l’anatomie des voies auditives a pu progresser
grâce à l’emploi de nouvelles techniques neuroanatomiques.
Ainsi, les
études initialement fondées sur des expériences de sectiondégénérescence
ont été progressivement remplacées par des
techniques de marquage axonal (peroxydase du raifort, fast blue ...).
De plus, ces travaux purement anatomiques sont maintenant souvent
couplés avec des techniques d’enregistrement électrophysiologique
unitaires.
Ainsi, structure et fonction d’une population neuronale font
l’objet d’études simultanées.
Dans la mesure du possible, la description des voies auditives a été
fondée sur les divers travaux réalisés chez l’homme.
Néanmoins,
l’essentiel des recherches sur les voies auditives ayant été réalisées
chez l’animal, il a paru indispensable d’utiliser ces sources à des fins
de claire présentation.
Enfin, le point le plus évident de l’anatomie de ces voies auditives est
l’existence d’une tonotopie fréquentielle cochléaire, la cochléotopie,
qui est retrouvée dans tous les relais auditifs centraux.
Cette tonotopie
est un des éléments clefs de l’anatomie et de la physiologie des centres
auditifs.
Dans les centres auditifs les plus hauts situés, apparaissent
également des cartes d’autres paramètres sonores, de plus en plus
complexes, et issus de traitements effectués au fur et à mesure des
différents traitements relais.
Deux interprétations contradictoires
coexistent toujours dans la littérature, à la lumière de l’anatomie
fonctionnelle des voies auditives : celle d’une analyse essentiellement
périphérique, suivie de simples mises en forme, et celle d’une simple
transmission en « vrac » des paramètres sonores, suivie d’une
véritable analyse corticale.
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