Introduction
:
L’indication et la mise en place d’une aide auditive relèvent d’un certain
nombre de facteurs : l’aide auditive proprement dite, le patient sourd,
l’environnement, le type d’amplification, les rapports entre audition et
langage.
Le premier facteur tient à la nature même de l’application prothétique, mise
en place d’un appareil électronique amplificateur chez un patient sourd.
Ce
dernier est une personnalité dans un environnement socioculturel avec des
réactions psychologiques vis-à-vis du déficit sensoriel qui le touche.
Dans les
cochlées pathologiques, les structures n’assurent plus la totalité du transfert
de l’énergie sonore en impulsions sur les fibres du nerf auditif.
L’aide auditive
bénéficie actuellement d’une sophistication qui est sensée pallier les
déficiences de la cochlée.
Quelque perfectionnée que puisse apparaître cette
aide auditive, elle ne remplace pas la cochlée.
Elle ne transforme pas un sourd
en entendant.
Elle reste, au sens littéral, une aide dont les qualités doivent être
telles que la compréhension escomptée du message sonore soit le plus près
possible de la normale.
Le deuxième facteur est celui de l’environnement.
Notre société est celle du
son et de l’image.
La communication orale suppose que chaque personne
puisse jouer le rôle alternatif d’auditeur et de locuteur.
L’afflux des
informations sonores parvenant à l’oreille impose à l’auditeur un tri.
Dans
l’environnement sonore bruyant, l’appareil auditif, appareil corticalisé, aidé
des fonctions cognitives que sont l’attention et la mémoire, retient
essentiellement la forme sonore informative au milieu du bruit de fond.
Le
rapport signal-bruit devient l’élément clé de l’écoute du sourd.
La question
qui se pose est la suivante : l’aide auditive est-elle susceptible d’amener à
l’oreille sourde un message épuré de bruits que la cochlée est capable
d’utiliser ?
Troisième facteur : la perte de sonie sur telle ou telle fréquence peut-elle être
compensée par une amplification ?
La question serait résolue si la perception
auditive ne portait que sur des sons purs isolés ; la perception essentielle dans
la communication est celle de la parole.
L’analyse spectrale de la chaîne
parlée montre à l’évidence que la perception d’un mot suppose que l’oreille
interne puisse en faire une analyse fréquentielle très large.
Toute lésion de
l’organe de Corti entraîne, ipso facto, l’existence de distorsions.
En d’autres termes, peut-on faire en sorte que l’aide auditive soit telle qu’elle
compense les inadéquations et les distorsions entraînées par un rapport signalbruit
défavorable ?
Le quatrième facteur est celui des rapports entre audition et langage.
Le terme
de langage doit être pris dans son sens le plus large, le mot impliquant les
fonctions cognitives. La question se pose différemment chez l’enfant et chez
l’adulte.
Si la surdité touche l’enfant dès sa naissance, elle va provoquer un trouble du
développement du langage d’autant plus important que la perte est plus
profonde.
Tous les tableaux cliniques s’observent, de l’absence totale de
langage jusqu’au retard de langage.
Chez l’adulte, le langage est constitué et le trouble de communication induit
par la surdité touche le sourd dans sa communication familiale, sociale,
professionnelle et personnelle.
Pour majeure que soit la première fonction de communication, qui est la
compréhension et l’expression de la dimension sémantique du message, on
ne saurait négliger la dimension esthétique dont la musique est l’expression
la plus marquante.
La communication fait appel non seulement à la fonction
auditive, mais aussi à la fonction visuelle qui appréhende les gestes
accompagnant la parole.
Il est toujours difficile d’apprécier avec une très grande précision le résultat
d’une application prothétique tant il est vrai que le sourd s’inscrit dans un
contexte socioculturel, économique et cultuel qui donne à chacun d’entre eux
une originalité à prendre en compte.
Quelquefois, la prothèse auditive ne
permet pas à quelques sourds d’avoir un accès parfait à la parole, mais elle
restitue, dans le contexte de la vie quotidienne, la fonction d’alerte.
Le patient sourd :
La surdité induit une situation psychologique particulière, qu’il s’agisse
de surdité congénitale ou de surdité acquise.
Dans le cas d’un enfant présentant une surdité congénitale, enfant qui
deviendra un adulte, les situations relationnelles se posent avec le monde des
entendants, d’abord dans le cadre familial puis dans celui de l’école où
l’enfant est intégré au milieu des entendants, puis ultérieurement avec la
société des entendants.
Le développement psychologique est fragilisé, ce qui
peut conduire à des situations d’anxiété, d’impulsivité, de tension psychique
intense.
Cette situation de ne pas appartenir au monde des entendants, d’en
être dans une certaine mesure exclu (à plus forte raison lorsque l’expression
n’est pas orale, qu’elle est défectueuse ou qu’elle emprunte la voie gestuelle),
est un facteur qui explique les difficultés de l’intégration et probablement les
actions violentes et affectives de la communauté des sourds telles qu’elles ont
resurgi avec les indications d’implantation cochléaire.
Dans le cas des surdités acquises, le retentissement psychologique de la
surdité pose la question de la privation sensorielle donc du handicap qui
est responsable d’un certain isolement, d’une limitation des activités.
La
surdité entraîne une humeur dépressive.
Il ne semble pas qu’à elle seule elle
crée une véritable maladie psychiatrique, mais elle peut aider à la
décompensation d’une telle affection.
Le retentissement de la surdité est
d’autant plus important que celle-ci survient dans le cadre du phénomène de
sénescence, au vieillissement de l’oreille s’associent le vieillissement du
langage et les troubles portant sur les fonctions cognitives, particulièrement
la mémoire.
La prise en charge d’un patient sourd ne se réduit pas à la mise en place d’un
appareillage auditif ; l’aide d’une orthophoniste, voire d’une psychologue,
quelquefois nécessaire, fait que le retentissement psychologique de la surdité
est atténué, voire supprimé.
La prise en compte de la complexité du
handicap sensoriel et de son environnement pathologique, lorsqu’il s’agit du
retentissement sur le langage chez l’enfant ou chez la personne âgée, permet
de faire face à la quotidienneté et surtout de répondre aux demandes
spécifiques.
Il faut savoir déceler, derrière un refus d’appareillage, le poids de
la souffrance personnelle qu’induit une surdité.
La surdité proprement dite :
Il est aisé de comprendre que, dans le cas d’une surdité de transmission, la
cochlée n’étant pas lésée, la simple amplification restitue pratiquement ad integrum les capacités auditives.
Cette solution prothétique est proposée
lorsque la chirurgie n’apparaît pas comme étant la plus logique ni la plus
efficace ; tel est le cas du très jeune enfant porteur d’agénésie majeure
bilatérale de l’oreille externe et de l’oreille moyenne.
Séquelle d’infection
aiguë et chronique de l’oreille moyenne, l’otite fibroadhésive peut apparaître
comme au-delà de toutes ressources chirurgicales, si y est associée une
atteinte de l’oreille interne.
La chirurgie peut être combinée avec l’aide
auditive. Un geste chirurgical permettant une relative fermeture du Rinne rend
l’appareillage auditif plus aisé.
Les surdités de perception endocochléaires posent les questions les plus
difficiles pour la réhabilitation par une aide auditive.
Les surdités sensorielles
sont réalisées par des altérations de l’organe de Corti et plus spécifiquement
des cellules ciliées internes et externes.
Il n’existe pas seulement une élévation
du seuil auditif mais aussi des modifications de discrimination sonore portant
à la fois sur le traitement des niveaux et des fréquences.
Le phénomène de recrutement, associé à la fluctuation du seuil, explique les
difficultés possibles d’appareillage des surdités endocochléaires mécaniques
ou pressionnelles.
Plusieurs faits sont pris en compte lors de l’appareillage des surdités endocochléaires :
– l’atteinte de la sélectivité fréquentielle est importante.
L’aide auditive doit
être adaptée aux zones fréquentielles de la parole et surtout cette information
doit être détachée du bruit de fond.
L’amélioration du rapport signal-bruit
représente la question essentielle de l’appareillage de ces surdités.
Il est
évident que la prothèse n’intervient pas directement sur la sélectivité
fréquentielle.
La correction tonale, ou rééquilibrage tonal, participe à
l’amélioration du rapport signal-bruit en limitant le masquage ascendant ;
– le phénomène de recrutement est un phénomène physiopathologique
caractérisé par une diminution du champ auditif liée à l’augmentation du seuil
liminaire et à l’abaissement du seuil d’inconfort, voire du seuil douloureux ;
– la fluctuation de la courbe de seuil est un élément qui rend précaire une
adaptation prothétique ; l’utilisation d’aides auditives automatiques est
interdite.
Ces surdités sont habituellement bilatérales, ce qui justifie un appareillage
bilatéral ; quelquefois, elles sont asymétriques, une importante différence
entre les courbes d’audiométrie tonale et vocale peut rendre difficile
l’appareillage bilatéral visant à restaurer la stéréophonie.
Ce sont surtout les
aspects asymétriques des maximums d’intelligibilité qui peuvent conduire à
un appareillage monaural.
La surdité rétrocochléaire, déterminée par un neurinome de l’acoustique,
relève du traitement chirurgical.
Les techniques chirurgicales visent à la
conservation de l’audition.
Cette conservation doit être jugée en fonction de
la courbe tonale et de la courbe d’intelligibilité, l’hypoacousie résiduelle peut
être traitée par un appareillage auditif, mais le résultat dépend de la part
centrale de la perte auditive.
Lorsqu’il existe une atteinte centrale prédominante par lésion des voies et des
centres auditifs, à plus forte raison des centres corticaux temporaux,
l’appareillage auditif n’est pas de mise.
Rappelons que la presbyacousie peut
s’accompagner d’une atteinte des voies et des centres ; dans ces cas, le résultat
de l’appareillage peut être médiocre.
A - Le rapport signal-bruit :
Il existe deux définitions du mot « bruit » :
– son aléatoire de large spectre ;
– son gênant en présence d’un signal dont il peut empêcher la détection.
La correction prothétique de l’audition a pour but de rétablir les liens par voie
acoustique, de meilleure qualité possible, entre un malentendant et son
environnement sonore.
Le signal et le bruit se distinguent surtout par le
caractère pertinent ou non de leur contenu pour l’auditeur. Selon les
circonstances, un même son peut être utile ou gênant.
Cette remarque est
importante car elle souligne qu’il est souvent difficile d’exploiter leurs
caractéristiques physiques pour distinguer des sons.
L’analyse spectrale de
certains phonèmes révèle qu’il existe des pôles de bruit qui sont parfois les
seuls éléments distinctifs de phonèmes voisins (par exemple [sa-ta]).
Le pôle
de bruit est en l’occurrence un trait pertinent du signal.
Exprimé en décibels (dB), le rapport du signal au bruit est la différence entre
le niveau du signal et le niveau du bruit.
Il s’agit du rapport des pressions ou
des intensités acoustiques.
Le bruit interne de l’appareil est un bruit de large bande, surtout issu du
microphone, il est suffisamment bien maîtrisé pour ne pas être perçu par celui
qui porte l’aide auditive.
Le rapport signal sur bruit ambiant est le rapport du niveau du signal
acoustique utile à celui de l’ensemble des bruits de l’environnement.
Dans
une conversation en groupe, la source du signal utile change chaque fois que
change l’interlocuteur.
Plus le niveau de bruit est élevé, plus l’intelligibilité est touchée. L’effet du
bruit sur l’intelligibilité dépend de la nature et de l’importance de la perte
auditive ainsi que de la nature des signaux en compétition.
Les patients sourds
atteints d’une surdité de perception doivent bénéficier de meilleurs rapports signal-bruit que ceux qui entendent normalement pour atteindre les mêmes
scores d’intelligibilité dans le bruit.
À ces phénomènes s’ajoute une atteinte
des capacités de localisation des sons dans l’espace dès que les conditions de
l’audition stéréophonique n’existent plus.
L’aptitude à localiser les sons dans
l’espace n’est plus assurée ; le patient sourd distingue difficilement des
sources sonores, même si elles sont physiquement séparées dans l’espace.
Dans le cadre de l’audition normale, il existe des situations qui préservent le
rapport du signal au bruit et permettent d’atteindre une intelligibilité optimale.
Le système auditif de l’homme est tel que l’audition est directionnelle.
Le
pavillon a un effet directif.
L’effet stéréophonique améliore le rapport signalbruit
de 2 à 3 dB pour atteindre un même taux d’intelligibilité.
Une autre
conséquence de l’audition binaurale est d’abaisser le seuil masqué et
d’améliorer ainsi le rapport signal-bruit.
Les problèmes de communication dans le bruit se posent à toute personne.
Lorsque le niveau de bruit s’élève, les interlocuteurs se comportent de façon
diverse.
Ils élèvent l’intensité de la voix. Ils se rapprochent l’un de l’autre.
Ils
mettent aussi en jeu des stratégies de compensation : lecture labiofaciale,
suppléance mentale, discours redondant.
Dans le cadre de l’application prothétique, il existe deux stratégies pour
améliorer, ou au moins préserver, le rapport signal-bruit.
Le premier est le traitement électronique. Le signal est traité de telle sorte que
le bruit est, dans une certaine mesure, « effacé ».
Malgré sa complexité, ce
traitement trouve son expression dans les prothèses numériques.
Le traitement du signal améliore la compréhension en milieu bruyant par une
gestion dynamique de la correction tonale qui évite le masquage ascendant et
par un traitement dynamique de l’amplification, canal par canal (prothèse multicanal), qui évite le masquage proactif et rétroactif.
Le traitement spatial est réalisé par l’application de réseaux microphoniques
commutables, de directionnel à omnidirectionnel selon les cas.
Les réseaux
de microphones modernes permettent d’améliorer de 6 à 8 dB
supplémentaires le rapport signal-bruit offert à celui qui porte une aide
auditive en plus des effets directionnels naturels.
Le traitement spatial est
aussi réalisé sur l’adaptation stéréophonique qui permet d’obtenir une
amélioration signal sur bruit de 3 dB environ.
Les technologies numériques et les techniques de réseaux microphoniques
permettent d’offrir aux utilisateurs d’une aide auditive un choix de correction
acoustique spécifique, établi sans compromis, pour les différentes situations
auditives auxquelles la personne porteuse de l’aide auditive est
individuellement confrontée.
Dans certaines situations, l’emploi de systèmes
de communication par modulation de fréquence (FM) permet de vaincre les
obstacles que sont le bruit et la distance.
B - Les distorsions :
La notion de distorsion vise à quantifier et à qualifier les déformations subies
par un signal lors de son traitement par un système.
Une aide auditive reçoit
un signal d’entrée qui est une pression acoustique ; elle impose à ce signal des
modifications et elle fournit un signal de sortie.
Toute déformation subie
pendant ce passage dans le domaine temporel ou spectral constitue une
distorsion.
L’existence d’une perte auditive impose à l’aide auditive des
caractéristiques de distorsion entre l’entrée et la sortie : gain variable avec la
fréquence, limitation automatique du gain selon le niveau d’entrée, pour ne
citer que deux exemples.
La notion de distorsion en tant que défaut est particulièrement pertinente dans
le cas d’une aide auditive, car elle fait partie des conséquences du processus
naturel de vieillissement des composants.
Le sujet appareillé peut ne pas les
remarquer, voire s’y habituer insidieusement, alors que la qualité des signaux
de sortie se dégrade.
Lors d’un nouvel appareillage, la disparition des
distorsions est parfois notée de façon négative, malgré l’amélioration
objective du message transmis.
Le sujet est habitué à utiliser les distorsions ;
il doit reconstruire son système de référence.
Il faut savoir détecter les
distorsions gênantes d’une aide auditive suffisamment tôt afin de les corriger.
La situation est d’autant plus difficile que la cochlée de nombreux sujets
porteurs d’une surdité de perception traite de façon défectueuse les sons
même s’ils sont amplifiés sans distorsion.
Le tri défectueux des informations
qui sont transmises aux voies auditives crée, de toute façon, des distorsions
de la sensation auditive dont la plus connue est le recrutement qui porte sur la
sensation d’intensité sonore.
À l’inverse, les distorsions acoustiques existent dans une cochlée normale car
les mécanismes cellulaires qui permettent l’analyse fréquentielle des sons
(cellules ciliées externes) présentent une caractéristique non linéaire de type
compressif.
C’est cette compression qui évite le recrutement pour une cochlée
normale.
L’existence d’un gain introduit ipso facto une distorsion spectrale mais elle
est souhaitée et bénéfique.
Les distorsions indésirables les plus connues sont liées à la présence d’une
saturation de la fonction de transfert du système.
Leur mise en évidence
nécessite des signaux complexes et des conditions expérimentales variées,
capables de solliciter les non-linéarités de l’aide auditive à tester.
Même la
distorsion harmonique, qu’un simple son sinusoïdal permet de mettre en
évidence, nécessite l’utilisation judicieuse de niveaux d’entrée et de réglage.
La quantification physique des résultats nécessite de prendre en compte un
ensemble de composantes fréquentielles plus ou moins proches de celles
présentes dans le signal d’entrée, et plus ou moins faciles à mesurer
correctement selon la bande passante du système.
La quantification des
produits de distorsion ne débouche pas forcément sur une quantification
parallèle de la gêne entraînée.
Différents types de distorsion :
* Distorsion harmonique :
Elle apparaît à la sortie d’un système dont la courbe de transfert n’est pas une
droite, lorsque le signal d’entrée est une sinusoïde de fréquence.
*
Distorsions d’intermodulation :
Les sons utilisés doivent avoir au moins deux composantes spectrales F1 et
F2.
Sur le plan perceptif, les distorsions mises en jeu par les intermodulations
correspondent à une utilisation plus réaliste et semblent a priori plus
représentatives des situations d’usage courant que la distorsion harmonique.
En définitive, ce sont les distorsions subies par les sons de parole que l’on
cherche à évaluer.
Ces deux types forment les distorsions de saturation qui sont à considérer dans
leur ensemble.
Elles ne se produisent guère que lorsque le niveau de sortie de
la prothèse dépasse une limite.
Ce phénomène se produit lorsque :
– le niveau d’entrée est trop élevé par rapport à ce qui est attendu ;
– le gain est trop élevé malgré un niveau d’entrée raisonnable ;
– lorsque le niveau de sortie maximal de la prothèse diminue à niveau
d’entrée et de gain constants.
En dehors des saturations, il existe d’autres types moins étudiés de distorsion :
– distorsions de phase auxquelles la cochlée est peu sensible ;
– distorsions temporelles liées au traitement des sons transitoires ;
– distorsions liées au fonctionnement interne de la prothèse : bruit de fond,
distorsion spécifique des traitements numériques.
Les distorsions affectent d’une part les performances perceptives du sujet,
surtout pour la reconnaissance des sons de parole, d’autre part l’appréciation
subjective portée par le sujet sur la qualité du son perçu.
Il est inutile de
différencier les différents types de distorsion pour évaluer leur impact négatif,
dans la mesure où plusieurs d’entre eux peuvent coexister lorsque les signaux
d’entrée sont naturels.
Le principal challenge a consisté à trouver des
corrélations entre les taux physiques des distorsions et leur conséquence
perceptive afin de pouvoir attribuer un pouvoir prédictif aux mesures
physiques.
Toutes ne s’y sont pas prêtées. De plus, les conséquences
perceptives d’une distorsion donnée ne sont pas les mêmes selon les
conditions d’écoute ni selon la surdité du sujet.
Les aides auditives de plus en
plus sophistiquées sont capables de modifier la dynamique des signaux de
sortie pour éviter de solliciter les distorsions propres à la perception des
sujets ; elles procèdent à des algorithmes de traitement de signal ajustables
selon le contenu spectral du signal d’entrée, ce qui entraîne des améliorations
potentielles de l’utilisation de l’appareillage.
Toutefois, l’évaluation de leurs
performances est de plus en plus complexe, notamment lorsqu’il s’agit de
repérer les effets adverses d’un tel traitement.
Ces effets, regroupés sous le
vocable collectif de distorsion, ont pendant longtemps été évalués avec des
signaux d’entrée simplistes (des sons purs) et des index dérivés de la détection
de certains sons, produits de la distorsion telle que la distorsion harmonique.
Les limites de telles mesures sont mises en évidence par l’absence de relation
entre index de distorsion et performances subjective aussi bien qu’objective.
De nouvelles méthodes plus complexes prennent le relais, donnant des
corrélations meilleures entre index obtenus, jugement subjectif de qualité et
performances de reconnaissance de parole.
Elles souffrent encore de défauts
tels que la complexité de leur formulation et l’appareillage nécessaire à leur
obtention, le manque de spécificité du diagnostic qu’elles fournissent et leur
inadéquation lorsque des procédés sophistiqués de traitement de signal sont
mis en jeu.
Ce domaine de recherche prometteur n’est donc encore qu’à ses
débuts.
Sans revenir sur les diverses étiologies de la surdité, des éléments sont
essentiels ; ils découlent de la sémiologie, précisés par l’interrogatoire, la
clinique et les diverses investigations.
Notion d’uni- ou de bilatéralité : c’est à travers les difficultés de localisation
des sons dans l’espace et une difficulté de compréhension dans le bruit que
cette situation peut être évoquée dès l’interrogatoire.
L’audiométrie tonale
liminaire ne permet pas seule de juger des performances supraliminaires du
patient sourd.
Notion d’évolutivité à laquelle il faut associer une recherche de surdité dans
la famille.
Association avec une sémiologie otologique telle qu’un acouphène, dont on
précise très exactement la nature avant que ne soit réalisée l’acouphénométrie.
L’interrogatoire précise encore la situation psychologique dans laquelle se
situe le sujet vis-à-vis de son handicap, les antécédents otologiques
personnels, les antécédents généraux.
Indications et résultats de l’application
d’une aide auditive en fonction de l’âge :
A - Appareillage de l’enfant sourd porteur
d’une surdité de perception
:
Les motifs de consultation peuvent se regrouper en quatre catégories :
– la surdité est découverte au cours d’un dépistage systématique dans le cas
d’une grossesse ou d’une naissance à haut risque ;
– les parents peuvent être inquiets par l’absence de réaction de l’enfant aux
bruits divers de l’univers familier ;
– l’enfant présente un développement anormal du langage : absence de
développement après un babil et une lallation normaux ou langage qui
présente un retard net dans son évolution ;
– il peut s’agir enfin d’un enfant qui, à la suite d’un traumatisme, d’une
infection méningée, accuse une surdité.
Le retentissement de la surdité sur le langage est observé lorsque la surdité est
bilatérale ; il est d’autant plus important que la surdité est plus profonde.
La première règle doit être de croire les parents et de mettre en route les
différentes investigations audiologiques pour infirmer ou affirmer le
diagnostic supposé de surdité.
La deuxième règle, lorsque le diagnostic est
annoncé aux parents, est de mettre en route le processus de prise en charge
dans le délai de 1 semaine, processus qui comporte l’éducation orthophonique
et l’appareillage auditif.
Le premier principe est celui de l’appareillage précoce.
Actuellement, le
diagnostic de surdité est fréquemment réalisé avant l’âge de 1 an.
L’appareillage se doit d’être prudent lorsque la courbe audiométrique pour
chaque oreille n’est pas tracée avec précision.
Les investigations audiologiques ont chez l’enfant une importance très grande ; elles réclament
des testeurs entraînés, maniant parfaitement l’examen audiologique clinique,
les tests d’audiométrie conditionnée et la lecture critique des investigations
électrophysiologiques.
Le deuxième principe est celui de l’appareillage systématique et bilatéral.
Le troisième principe est celui de l’utilisation d’une batterie de tests audiologiques qui permettent de parvenir à un diagnostic pour chaque oreille.
On ne peut appuyer une indication d’appareillage auditif sur les simples
potentiels évoqués auditifs. L’utilisation de l’audiométrie conditionnée est
indispensable.
Le quatrième principe est celui de la mise en route concomitante de la
rééducation orthophonique et de l’appareillage auditif.
Le cinquième principe est celui du contrôle continu par l’audioprothésiste et
par le médecin audiophonologiste.
Le contrôle porte sur l’appareil auditif
proprement dit et une surveillance du gain et du niveau maximal de sortie
(utilisation maximale de la dynamique sans inconfort) par l’audioprothésiste ;
il porte aussi sur une surveillance de la courbe audiométrique par
l’otorhinolaryngologiste tant il est vrai que certaines surdités sont évolutives.
Cas particuliers liés à l’âge
:
L’appareillage de l’enfant très jeune, avant 3 mois, est difficile ; l’enfant a des
phases de sommeil de durée très longue.
L’appareillage est utilisé pendant les
phases d’éveil, pendant les contacts privilégiés de l’enfant avec sa mère.
L’appareillage d’enfants très jeunes relève de la décision des parents après
les informations qu’ils ont reçu du médecin puis de l’audioprothésiste.
L’entrée de l’enfant sourd appareillé en maternelle au milieu des entendants
se déroule habituellement dans de bonnes conditions.
La situation est différente lorsque l’enfant, entendant à la naissance, accuse
une surdité évolutive nécessitant un appareillage auditif alors qu’il aborde le
cours élémentaire deuxième année (CE2) ou le cours moyen première année
(CM1).
Il faut quelquefois beaucoup de sens clinique, voire l’aide d’une
psychologue ou d’un pédopsychiatre, pour éviter le phénomène de rejet. Le
rôle de l’enseignant et des parents est dans ce cas essentiel.
Les difficultés rencontrées avec l’enfant appareillé depuis sa naissance se
situe au moment de l’adolescence, moment de rejet par excellence ; une
mauvaise oralisation est un élément négatif important.
* Cas particuliers liés à la pathologie otologique :
Dans le cas d’une surdité de transmission à conduit auditif externe normal,
l’appareillage répond aux mêmes principes, c’est-à-dire celui de
l’immédiateté et de la bilatéralité ; cette attitude est proposée dans le cadre
d’une surdité de transmission bilatérale lorsqu’il n’existe pas de solution
chirurgicale, ou que l’âge de l’enfant impose un report de l’acte chirurgical.
+ Otite séromuqueuse :
Elle peut survenir chez un enfant porteur d’une surdité de perception
appareillée.
La sémiologie peut être une intolérance par hyperacousie
douloureuse.
La mise en place d’un aérateur ne gêne pas l’appareillage dans
la mesure où il n’existe pas d’otorrhée.
+ Surdité associée à d’autres handicaps
:
Dans tous les cas d’une association à d’autres handicaps, intellectuel, moteur
ou visuel, l’indication de l’appareillage auditif est impérative puisque
plusieurs handicaps se potentialisent ; la correction de l’un des déficits a des
retentissements bénéfiques sur l’autre ou les autres.
+ Risque d’aggravation de la surdité :
La question de l’aggravation de la surdité par la prothèse auditive ne doit pas
se poser si le diagnostic est correctement établi et l’application correctement
conduite.
Il existe des surdités évolutives par Cytomégalovirus ou de type
génétique.
C’est la raison pour laquelle il convient de surveiller régulièrement
l’enfant porteur d’aides auditives.
Il faut rappeler que l’appareillage d’un
enfant avant 1 an doit être prudent car les cochlées sont fragiles et le degré
exact de la perte de chaque oreille peut être encore à affiner.
+ Surdités de perception unilatérales
:
Lorsque l’enfant présente une surdité de perception unilatérale et que l’écart
entre l’oreille pathologique et l’oreille entendante est trop important,
l’appareillage est impossible et inutile, provoquant plus de phénomènes de
distorsion qu’une amélioration de la condition auditive.
L’appareillage est-il
nécessaire lorsque l’enfant ne rencontre aucune difficulté au cours de la
scolarité ?
Il est important de rappeler, qu’en champ libre, la courbe
d’intelligibilité de l’enfant porteur d’une surdité unilatérale est normale.
Une
surdité unilatérale n’a jamais empêché un enfant de poursuivre une scolarité
normale.
Une éventuelle indication se trouverait posée lorsque l’enfant a des
difficultés scolaires, des troubles d’attention ; la restauration d’une audition
binaurale associée à une rééducation orthophonique permet à l’enfant de
reprendre pied dans le cursus scolaire.
+ Surdités limites
:
La surdité est bilatérale, elle n’est pas très importante.
Il peut s’agir surtout de
courbes en « cuillère » avec une bonne conservation des graves et une
remontée de la courbe sur les aigus.
La perte porte essentiellement sur la partie
moyenne du champ, c’est-à-dire sur les fréquences conversationnelles.
Le
bilan pour cet enfant comprend, comme pour tout enfant porteur d’une
hypoacousie, un examen orthophonique approfondi en fonction d’un
ensemble d’éléments portant sur le langage, les acquisitions scolaires
(apprentissage de la lecture et de l’écriture) et le milieu sociolinguistique
(importance du bain de langage), le quotient intellectuel.
Souvent ces enfants,
examinés plus tardivement, présentent une lecture labiale compensatrice
développée spontanément.
L’indication d’appareillage peut éventuellement
être laissée en suspens ; la situation doit être expliquée et l’enfant surveillé
annuellement.
Dans les cas où l’appareillage est prescrit, l’enfant ne le porte
que pendant les heures de classe.
En conclusion, l’appareillage de l’enfant est délicat car il peut se situer entre
l’intolérance et l’inefficacité.
L’intolérance peut être provoquée par une
amplification trop forte, mais aussi par l’apparition, pendant la période automnohivernale, d’un épanchement dans l’oreille moyenne.
L’inefficacité
peut être liée à une erreur de diagnostic, à la non-appréciation de la profondeur
de la surdité, à une aggravation de celle-ci, à un défaut dans l’application
prothétique.
Toute modification du comportement de l’enfant, tout arrêt des progrès de la
rééducation doivent être analysés à la lumière des appréciations données par
l’équipe de prise en charge qui comporte l’orthophoniste, le médecin otorhinolaryngologiste et l’audioprothésiste.
B - Prothèse conventionnelle versus implant
cochléaire :
Actuellement, l’indication d’un implant cochléaire découle du mauvais
résultat ou de l’absence de résultat d’une application prothétique.
L’enfant
n’utilise pas ses prothèses ; sans implant, il serait conduit à n’user presqu’exclusivement de la gestualité et à s’éloigner de l’oralisation.
Des travaux ont été réalisés, comparant les résultats d’un implant cochléaire
sur une oreille et d’une prothèse conventionnelle sur l’autre oreille.
L’utilisation de « liste ouverte » et de « liste fermée » montre que les résultats
sont meilleurs avec l’implant cochléaire qu’avec une aide auditive
conventionnelle.
Cependant, de tels travaux reposent sur un nombre de cas
trop faible pour qu’il soit possible d’en tirer des conclusions.
De plus, liste
ouverte et liste fermée testent la perception auditive, or ce qu’il est nécessaire
de tester c’est le développement du langage.
Les indications de l’implant
cochléaire chez l’enfant se sont étendues des surdités profondes et totales aux
surdités sévères.
L’ouverture en direction des surdités sévères permet de
modifier les indications dans les cas de demi-surdité évolutive appareillée.
Il
était classique d’attendre une dégradation telle que l’aide auditive devienne
inutilisable.
La mise en place de l’implant cochléaire doit être plus précoce.
Il
ne convient pas d’attendre la disparition de tous les restes auditifs en
audiométrie tonale liminaire.
En conclusion, le résultat de l’appareillage auditif de l’enfant dépend de la
profondeur de la surdité, de la précocité du diagnostic, de la précocité de la
prise en charge et des différents paramètres liés à l’environnement.
C - Indications et résultats de l’aide conventionnelle
chez l’adulte
:
L’appareillage n’est envisageable que pour les surdités chroniques, stables,
de perception, cochléaires.
Dans quelques cas rares, l’indication peut porter
sur une surdité de transmission ou une surdité mixte qui n’est pas accessible
à un geste chirurgical.
L’appareillage est proposé pour les surdités bilatérales
dont la perte est comprise entre une perte de 30 dB et des restes aux intensités
élevées au-dessous de 80 dB.
Il ne s’agit que d’une approximation, car chaque
indication doit être discutée en fonction d’un certain nombre de paramètres,
et ses limites sont théoriques, aussi bien pour la limite inférieure que pour la
limite supérieure.
Le patient adulte sourd vient consulter car il présente une gêne qui apparaît
essentiellement dans le bruit.
Il dit entendre mais ne pas comprendre.
Il vient
aussi consulter sous la pression de son entourage.
La baisse de l’acuité
auditive peut s’accompagner d’acouphènes graves ou aigus.
Les désirs de
celui qui vient consulter doivent être déterminés avec précision.
Ils sont
abordés sur un plan fonctionnel et sur un plan esthétique.
L’aspect fonctionnel
repose sur les investigations d’audiométrie tonale et d’audiométrie vocale.
Les courbes tonales doivent être fiables, reproductibles, confirmant le seuil
lors d’examens qu’il ne faut pas hésiter à refaire.
L’audiométrie vocale est
indispensable, oreilles séparées.
L’étude en champ libre de la compréhension
dans le bruit apporte des éléments diagnostiques intéressants sur la
discrimination et sur l’étendue de la dynamique.
Ces tests de discrimination
permettent de juger d’une certaine façon les facultés d’intégration du patient.
D’autres examens peuvent être demandés tels les otoémissions acoustiques
provoquées, l’audiométrie haute fréquence, l’audiométrie dans le bruit (test
d’Elbaz).
Des informations anatomiques sont données par l’otorhinolaryngologiste :
description du tympan et aspect de l’épiderme du conduit auditif externe.
La profession, avec les conditions de travail et le mode de vie, doivent être
analysés avec soins.
L’environnement familial, qui est souvent demandeur, et
l’environnement professionnel ont une répercussion sur le choix de
l’appareillage auditif.
Le travail dans le bruit, dans des locaux humides,
peuvent gêner le fonctionnement de l’aide auditive et même en interdire son
port.
S’il existe des possibilités particulières de prise en charge pour les patients
sourds défavorisés, l’aspect financier peut entrer en ligne de compte.
L
’audioprothésiste réalise un appareillage adapté pour chaque patient et la
solution proposée est très souvent un compromis car l’adéquation n’est pas
toujours réalisée entre l’aide auditive mise en place et les aspirations du
patient.
Le résultat de l’appareillage ne dépend pas seulement de la qualité de
la prothèse et de son adaptation mais aussi du malentendant et de son
entourage.
D’importants progrès ont été obtenus pour l’appareillage de l’adulte :
l’avènement des aides numériques a accéléré cette tendance ; elles permettent
une écoute plus aisée dans les conditions difficiles lorsque le rapport signalbruit
n’est pas favorable.
La tendance actuelle est l’appareillage de l’adulte pour des surdités légères,
redonnant au patient, dans des conditions professionnelles ou sociales, un
confort auditif.
Quant à l’aspect esthétique il est aussi pesant pour l’homme que pour la
femme.
L’acceptation de contours d’oreille, s’il s’avère qu’ils représentent la
meilleure solution, relève des capacités psychologiques de l’audioprothésiste.
D - Appareillage auditif de la personne âgée
:
Le vieillissement est, avec l’exposition professionnelle au bruit, la cause la
plus fréquente de la surdité.
La confrontation des données histopathologiques,
c’est-à-dire recueillies chez des personnes décédées, et des courbes
audiométriques observées de leur vivant, a conduit à distinguer différents
types de presbyacousie selon la topographie des lésions.
On décrit des formes
sensorielles par dégénérescence de l’organe de Corti, des formes nerveuses
par perte du premier neurone, des formes striales par atrophie de la strie
vasculaire, des formes cochléaires de nature indéterminée et centrale.
Il
semble, dans la réalité, que l’atteinte porte non seulement sur la cochlée mais
aussi, à des degrés variables, sur les voies et les centres.
L’étude psychoacoustique de la compréhension de la parole chez la personne
âgée permet d’indiquer que l’audiométrie vocale recueillie dans le silence et
les troubles de la compréhension dont se plaignent très souvent les personnes
âgées dans la vie de tous les jours ne sont pas concordants.
Les personnes
âgées ressentent des difficultés plus grandes à suivre une conversation en
présence de plusieurs locuteurs ou d’une façon plus générale dans un
environnement bruyant.
C’est la raison pour laquelle, dans l’indication d’une
aide auditive chez la personne âgée, les tests d’audiométrie vocale dans le
bruit trouvent une application intéressante.
Ce qui distingue, à courbe tonale
égale, l’audition d’un sujet jeune et d’un sujet âgé apparaît dans l’étude de la
sélectivité fréquentielle, de la résolution temporelle et de la compréhension
de la parole dans des situations d’écoute défavorables.
La compréhension
globale de la parole dans un milieu bruyant semble davantage affectée par la
perte de sensibilité d’origine périphérique, tandis que l’aptitude à lever les
ambiguïtés par la localisation de la source sonore et le traitement linguistique
dépendent plus de l’âge que de la perte auditive.
Ces mécanismes de
compensation, tout comme l’aptitude à supprimer l’écho dans une pièce à
forte réverbération, sont probablement d’origine centrale.
Des travaux précisent l’influence des facteurs cognitifs dans la
compréhension de la parole par la personne âgée.
Dans des conditions
d’écoute difficile, telle la présence de bruit, les personnes âgées déficientes
auditives sont capables de tirer partie du contexte sémantique pour atteindre
une bonne compréhension (plus de 80 %), la tâche étant beaucoup plus
difficile si elles ne disposent pas de ce contexte (moins de 60 % de
reconnaissance exacte).
Ce résultat confirme le rôle attribué au contexte
sémantique, dans la vie de tous les jours, chez la personne âgée.
Dans une
situation d’écoute la plus inconfortable pour le malentendant (phrases à faible
prédictibilité, mélangées à du bruit), les performances sont dégradées par trois
facteurs statistiquement indépendant les uns des autres : l’âge, la perte
auditive, l’intervalle entre les mots.
Ces études suggèrent que plusieurs déficiences peuvent s’ajouter les unes aux
autres pour accentuer les difficultés de compréhension de la personne âgée
dans la vie de tous les jours : moindre sensibilité auditive, plus grande
dépendance à l’égard du contexte sémantique permettant à la suppléance
mentale d’opérer, plus grande vulnérabilité face aux situations de
communication qui requièrent un effort de mémorisation.
Les études
conjointes de l’audition, de la mémoire, de l’attention et de la structuration du
langage montrent des détériorations qui ne sont pas parallèles mais qui
ajoutées les unes aux autres, créent une situation d’appareillage auditif
difficile.
L’impact de la presbyacousie d’une personne âgée sur la vie de sa famille est
souvent négligé.
Les difficultés que la personne âgée a ressenti en essayant de
comprendre ce que ses enfants et petits-enfants ont dit lors d’une réunion de
famille donnent souvent lieu à un sentiment de frustration entraînant une
attitude de repli.
Les réactions de la personne âgée à sa déficience auditive, à
plus forte raison si l’environnement familial ne fait aucun effort, conduit à
une résignation trop souvent rencontrée.
L’appareillage de la personne âgée représente 80 %des appareillages auditifs.
L’indication repose sur un entretien préalable qui permet de savoir dans lequel
des deux groupes la personne âgée peut être classée :
– la première population est constituée de personnes âgées dynamiques ayant
une activité encore importante, désireuses de communiquer et sachant
parfaitement ce qu’elles viennent demander.
Leurs exigences sont à la mesure
de leur attente.
Il convient dès lors d’expliquer l’intérêt de l’appareillage mais
aussi ses limites ;
– la deuxième population est constituée de personnes qui sont amenées pour
un appareillage par leur entourage.
Il convient de distinguer les besoins
exprimés par la famille et l’entourage proche d’une part, et ceux manifestés
avec plus ou moins de spontanéité et de conviction par la personne âgée ellemême
d’autre part.
L’entretien direct avec la personne âgée doit évaluer son appétence à la
communication et identifier ses besoins réels.
Il est illusoire de vouloir
appareiller une personne âgée contre son gré sous la pression de l’entourage.
S’il n’y a pas d’adhésion lors de la première consultation, il est nécessaire de
différer l’appareillage tout en apportant une documentation.
Les tests d’évaluation de la surdité doivent s’adapter dans leur rythme et leur
durée aux capacités de la personne âgée dont les facultés de concentration et
les vitesses de réponse diminuent.
Il ne faut pas hésiter à faciliter la passation
des tests par des pauses de récupération, voire procéder en deux temps.
Ces
tests ont plusieurs objectifs : collecter des informations audiologiques
nécessaires à l’adaptation prothétique, distinguer les éléments relevant de
l’amplification prothétique elle-même et ceux qui nécessiteront un soutien
complémentaire.
Le choix prothétique est une étape importante de l’appareillage.
Plusieurs
facteurs entrent en ligne de compte : les aspects anatomiques, l’ergonomie de
l’appareillage, qui doit être adaptée à la dextérité de la personne, et la stratégie
de réglage qui influence le choix prothétique.
L’éducation prothétique est une étape fondamentale de l’appareillage.
L’apprentissage des différentes manipulations de l’aide auditive doit être
complet et rigoureux.
Il faut que cet apprentissage soit pratique.
Le suivi prothétique est minutieux, régulier.
C’est de lui que dépend en
grande partie le port permanent de l’appareillage.
Il suffit souvent d’un geste
technique simple ou de quelques mots pour réactiver le port de l’appareillage.
C’est en étant attentif à cette notion de suivi que l’on peut espérer faire reculer
le nombre d’aides auditives qui « appareillent » les tiroirs des tables de nuit.
L’évaluation des résultats est en partie objective en comparaison des résultats
obtenus avec et sans appareillage mais elle n’est pas suffisante ; il faut la
compléter par une évaluation subjective de la satisfaction du patient.
Chaque
fois que c’est possible, il est intéressant de confronter l’autoévaluation du
patient avec l’évaluation du (ou des) proche(s).
Ces évaluations portent à la
fois sur des performances auditives dans des situations quotidiennes mais
également sur l’évolution de la personne dans ses habitudes de
communication : conversation, écoute des émissions de radio et de télévision,
facilité du dialogue, autres activités telles que le cinéma ou le théâtre.
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