Agnosies auditives et syndromes voisins. Étude clinique, cognitive et psychopathologique
(Suite)
Cours de Neurologie
Examens audiologiques
:
A -
Audiométrie
:
Certains tests sont destinés à mettre en évidence l’intégrité de l’oreille interne.
À l’inverse de l’audiogramme vocal, l’audiogramme tonal utilisant des sons
purs, perçus par les corps genouillés internes, est normal dans les agnosies
auditives.
Néanmoins, l’audiogramme tonal peut être déficitaire
transitoirement au début ou de façon durable, ce que Lhermitte et al
expliquent par une dégénérescence rétrograde des corps genouillés internes.
Souvent, l’audiogramme tonal est extrêmement variable à des examens
successifs et donc ininterprétable.
La normalité de l’impédancemétrie et de
l’électrocochléographie affirme l’intégrité de l’oreille interne.
B - Potentiels évoqués auditifs :
Les PEA du tronc cérébral sont normaux avec leurs cinq ondes, correspondant
chacune à des structures différentes. L’onde V est celle des corps genouillés
internes.
Les potentiels auditifs de moyenne latence Na et Pa explorent la région
temporale, sous-corticale pour Na et corticale pour Pa.
Les potentiels
auditifs N1-P1, N2-P2 disparaissent en cas de lésion du cortex auditif primaire.
En principe, si Na et Pa sont abolis, les potentiels tardifs le sont aussi.
F Michel
(communication personnelle) pense qu’exceptionnellement N1 et P1 peuvent être
présents même si Na et Pa sont abolis.
Une cause d’erreurs possible est la présence
de potentiels tardifs alors qu’il existe de ce côté une lésion du cortex temporal du
fait du recueil des potentiels corticaux controlatéraux.
C - Tests d’écoute dichotique :
Deux stimuli auditifs égaux en durée et en intensité sont adressés à chaque
oreille grâce à un système d’écoute dichotique : il peut s’agir de stimuli
verbaux, de mots, de phonèmes ou bien de stimuli musicaux. Normalement
les deux stimuli sont perçus.
En cas d’extinction d’une oreille, le patient
répète uniquement ce qu’il a entendu par l’oreille controlatérale.
L’extinction d’une oreille au test d’écoute dichotique peut être due à une
lésion du cortex temporal controlatéral, soit cortex primaire (aires 41 et 42),
soit région périsylvienne, sus-sylvienne ou sous-sylvienne plutôt postérieure.
En effet, les voies auditives sont surtout, mais pas exclusivement, des voies
croisées.
L’hémianacousie de Michel est l’association de l’abolition des PEA
d’un côté et de l’extinction de l’oreille controlatérale au test d’écoute
dichotique.
De plus, l’extinction de l’oreille gauche pour les tests verbaux
peut être en rapport avec une interruption des voies calleuses véhiculant les
stimuli auditifs verbaux depuis les aires auditives droites jusqu’au centre du
langage.
Dans ce cas, il n’y a pas de raison pour que les potentiels auditifs
corticaux droits soient abolis.
D - Autres épreuves :
D’autres épreuves psychoacoustiques plus fines peuvent être utilisées.
Le test
de Lusher est destiné à faire percevoir au sujet des différences d’intensité dans
une succession de stimuli sonores d’intensité décroissante. Un sujet normal
perçoit une différence de 0,7 décibel (dB).
Les tests temporels ont recours à la
discrimination du nombre de clicks (normalement jusqu’à neuf par seconde)
et à la perception de la fusion de deux clicks (un sujet normal distingue deux
clicks séparés par 1 à 3 ms).
L’étude différentielle de chaque oreille utilise
l’introduction aléatoire de séquences de bruits blancs que le sujet doit signaler
au cours de la présentation binaurale de séquences sonores.
L’exploration de la localisation des sons dans l’espace nécessite un appareillage
complexe capable de déplacer plusieurs sources sonores sur la paroi d’une demisphère,
avec possibilité de faire varier l’intensité des stimuli et leur distance par
rapport au sujet, tout en respectant les PEA.
Un tel appareil doit pouvoir être utilisé
pour l’étude de l’attention auditive.
« Le PET-scan a confirmé le rôle dévolu à des
aires corticales situées hors de l’aire auditive primaire dans la perception des
déplacements de la source sonore qui serait l’équivalent dans le domaine auditif
de ce qu’est l’akinétopsie dans le domaine visuel.»
Aspects et particularités de chaque forme
clinique :
Le début est souvent trompeur, le trouble auditif d’origine cérébrale peut être pris
à tort pour une aphasie : le malade ne comprend plus le langage parlé, ou pour un
épisode psychiatrique : le patient trouve que les sons de l’environnement sont
anormaux, ne reconnaît plus les voix de son entourage, se trompe dans
l’identification des bruits de l’environnement, est surpris par la caractère
cacophonique et désagréable de la musique qu’il entend.
Ailleurs, c’est le
diagnostic d’une surdité brutale d’origine périphérique qui se pose.
L’existence,
dans les antécédents, d’un accident vasculaire cérébral peut orienter, car c’est à
l’occasion du deuxième infarctus temporal, controlatéral au premier, que le
trouble perceptif se révèle.
A - Surdité corticale
:
Dans la surdité corticale, les patients ont l’impression d’être sourds ou
déclarent qu’ils ne sont pas sourds mais qu’il ne comprennent pas.
Ce
syndrome est caractérisé par l’abolition des PEA tardifs et de moyenne
latence, signifiant que les potentiels ne parviennent pas aux aires auditives
primaires ou aux voies qui s’y terminent.
Curieusement, les patients
atteints de surdité corticale perçoivent parfois une conversation à voix
basse ou un bruit peu intense.
L’inattention auditive semble d’autant plus marquée que l’impression de surdité
est plus grande.
La surdité corticale unilatérale par lésion temporale
homolatérale n’est autre que l’hémianacousie.
La surdité corticale peut
constituer le premier stade d’un syndrome qui évoluera vers un tableau d’agnosie
auditive.
Ainsi, Godefroy et al ont rapporté l’observation d’une femme de 59
ans qui a développé, suite à des lésions hémorragiques bilatérales des lobes
temporaux, une surdité pendant une durée de 2 semaines, évoluant vers un tableau
d’agnosie aperceptive, touchant à la fois les sons verbaux et de l’environnement.
Les résultats aux tests audiologiques et neurolinguistiques étaient en faveur d’une
perturbation des processus de traitement auditif non spécifiques.
Les
investigations neuroradiologiques et neurophysiologiques ont montré que ces
perturbations étaient dues à des lésions bilatérales des radiations auditives.
B - Surdité verbale pure
:
Le terme a été crée par Kussmaul.
Ce syndrome est défini par Lichtheim
comme « l’impossibilité à comprendre, répéter et écrire sous dictée les sons
verbaux en dehors de toute autre perturbation du langage ».
Cependant, Buchman
et al notent toujours la présence de déficits associés, plus ou moins modérés
(trouble de la perception des sons non verbaux ou des sons verbaux et
éventuellement éléments d’aphasie), dans tous les cas publiés ayant fait l’objet
d’investigations suffisantes.
Le terme de surdité verbale pure s’applique donc aux
patients souffrant d’un trouble majeur de la compréhension orale en la quasiabsence
de perturbation de l’expression orale ou écrite et de la perception des sons
non verbaux (bruits, musique).
Le déficit apparaît lors des échanges
conversationnels et des épreuves de compréhension portant sur un matériel verbal.
La répétition est tout particulièrement perturbée, avec soit des absences de
production, soit des substitutions par des mots phonologiquement proches (rateaucadeau).
Les patients échouent aux épreuves de décision lexicale et aux épreuves
testant la perception phonémique.
La discrimination et l’identification
phonémique sont dans la majorité des cas toutes deux déficitaires. Parfois, les
capacités de discrimination sont supérieures à celles d’identification.
La
perception des voyelles est mieux préservée que celle des consonnes.
Les troubles
affectent plus intensément la perception des consonnes occlusives (p, b, t, d, k, g),
qui sont des phonèmes brefs, que la perception des consonnes constrictives (f, v,
s, z).
Un effet de trait est souvent rapporté : les performances sont moins bonnes
lorsque les phonèmes cibles sont distincts selon un seul trait phonétique (par
exemple : pa/ba-trait distinctif-le voisement), que lorsqu’ils sont distincts selon
plusieurs traits.
De plus, la perception du trait point d’articulation paraît plus
massivement perturbée que celle du trait de sonorité.
Enfin, certaines observations
montrent une perte de la perception catégorielle.
Les potentiels évoqués du tronc cérébral et de moyenne latence sont présents.
En revanche, des perturbations apparaissent au niveau des PEA tardifs.
Les
investigations audiologiques rapportent quelques anomalies à l’audiogramme
tonal ne pouvant expliquer le déficit clinique.
Les épreuves psychoacoustiques
révèlent fréquemment un trouble de résolution temporelle dans
la modalité auditive (fusion de clicks, comptage de clicks, discrimination
d’intervalles).
Un trouble de gestion temporelle amodal a aussi été rapporté.
Des difficultés dans la discrimination de fréquences ou d’intensités ont
également été constatées. Auerbach et al, en s’appuyant sur des caractéristiques sémiologiques et
lésionnelles, ont proposé de distinguer deux types de surdité verbale pure :
– de type « préphonémique », résultant de perturbations du système auditif
commun aux sons verbaux et non verbaux, et secondaire à des lésions
temporales bilatérales ;
– de type phonémique, résultant d’une perturbation du traitement auditif
spécifique des sons verbaux, constituant un fragment de l’aphasie de
Wernicke, et secondaire à une lésion unilatérale temporale gauche.
Cette classification est toutefois mise en cause par certains auteurs.
C - Agnosies auditives
:
La frontière entre surdité verbale pure et agnosie auditive est floue, puisqu’on
admet qu’il peut exister des troubles de la reconnaissance des sons non
verbaux dans la surdité verbale pure.
Pour notre part, nous entendons par
agnosie une perte de reconnaissance des sons de l’environnement et/ou de la
musique, et/ou de la voix (phonoagnosie).
Dès lors qu’il existe des troubles
de la compréhension du langage oral, on doit parler de surdité verbale pure
(en sachant que ce terme consacré par l’usage ne concerne
qu’exceptionnellement une surdité verbale limitée aux sons verbaux).
L’agnosie auditive peut au début être complète, tous les sons, verbaux et non
verbaux, étant confondus. Le malade dit qu’il entend, mais il ne peut rien
distinguer.
Il existe souvent alors une inattention auditive, le sujet ne réagissant
pas à des stimuli auditifs.
En revanche, l’appréciation des hauteurs, des intensités
des stimuli peut être paradoxalement conservée, alors que la perception des
rythmes, des durées est perturbée.
Sans doute en raison de l’origine ischémique
prédominante, généralement, l’évolution se fait rapidement vers une amélioration,
par exemple en trois temps : agnosie complète, puis limitée aux bruits non
verbaux, puis à la musique. Dans certains cas, le message verbal est bien
compris, mais la voix semble déformée, inhabituelle, bizarre.
On appelle agnosie
auditive affective la perception neutre, sans prosodie, de toutes les voix.
Les
lésions responsables occupent soit les deux lobes temporaux, soit le lobe temporal
droit.
Il s’agit le plus souvent d’infarctus corticaux asymétriques de la première
circonvolution temporale et/ou de la substance blanche sous-jacente, lésant plus
ou moins le gyrus de Heschl. Des infarctus sous-corticaux bilatéraux ont été
rapportés, soit des capsules externes s’étendant en bas jusqu’aux radiations
acoustiques, soit des corps genouillés internes.
À l’inverse de la surdité
corticale, les potentiels auditifs corticaux ne sont pas abolis : ils sont normaux ou
modérément altérés.
Un cas d’agnosie auditive unilatérale droite consécutive à
une hémorragie lenticulaire gauche a été rapporté par Pasquier et al et
interprété comme un défaut d’activation du cortex homolatéral en raison d’une
diminution du débit sanguin cérébral temporopariétal droit.
D - Amusies
:
Au regard de la neuropsychologie, la musique doit être considérée selon ses
trois aspects : la perception, la représentation et l’expression.
Cette dernière
ne faisant pas partie des agnosies auditives, nous renvoyons aux travaux de
Sergent et al et à la revue de nous-même sur le sujet.
La représentation
musicale, constamment mise en jeu chez les musiciens professionnels, est la
faculté d’entendre « intérieurement » la musique en l’absence de son
émission, voire même de la partition.
C’est aussi la possibilité de penser,
autrement dit de créer de la musique en l’absence d’un instrument.
À ces
images auditives peuvent s’en ajouter d’autres : graphiques, visuelles,
notamment colorées (synaesthésies).
La musique ne peut se passer d’images,
ni de symboles.
On a cru longtemps que l’amusie de perception (ou agnosie auditive
spécialisée pour la musique) était due à des lésions hémisphériques droites,
du fait que des musiciens atteints d’un infarctus sylvien gauche responsable
d’une aphasie deWernicke aient pu continuer leur carrière de compositeur,
de chef d’orchestre, de pianiste ou d’organiste, après leur accident
vasculaire.
Chez tous ces patients, il existait une alexie verbale, mais la lecture
musicale était conservée.
Les travaux modernes démentent une telle
schématisation : l’hémisphère dominant intervient dans l’identification de
l’oeuvre entendue, ce que nous avons dénommé troisième niveau de
la perception musicale, la perception des rythmes, l’appréhension
élémentaire des hauteurs et des intervalles, et la hauteur musicale.
En
revanche, les lésions responsables de la perception des timbres siègent dans
le lobe temporal de la région temporopariétale droite.
Il en est de
même de la perte de la part émotionnelle et du plaisir musical.
Peretz
oppose la perception d’un contenu mélodique à partir d’une représentation
globale non analytique de l’enveloppe sonore (qui serait sous la dépendance
de l’hémisphère droit) à la perception élémentaire de la hauteur des sons qui
dépendrait de l’hémisphère gauche.
L’étude neuropsychologique de patients épileptiques ayant subi une cortectomie temporale unilatérale à visée thérapeutique a contribué à une
meilleure connaissance de la localisation des fonctions musicales : une
cortectomie temporale droite perturbe aussi bien la perception de certaines
mélodies que la perception des intervalles, alors que la même exérèse à
gauche ne perturbe que l’analyse des intervalles.
Les résultats soulignent le
rôle du gyrus temporal supérieur dans la discrimination des mélodies.
L’exérèse de la partie postérieure de T1, englobant le planum temporal, la
partie latérale du gyrus de Heschl et de l’aire 22, est plus dramatique que celle
de la partie antérieure de T1 pour le traitement des hauteurs et des variations
du temps.
Les troubles de la perception du rythme et du mètre (reconnaissance
globale d’un mouvement de marche ou de valse) peuvent être dissociés.
La
partie antérieure de T5 droite et gauche serait impliquée dans le traitement
des mètres. Le rôle de la lésion responsable de l’épilepsie et la durée de
l’évaluation de celle-ci sont bien entendu à prendre en compte dans
l’interprétation de ces localisations.
Rappelons que la TEP a confirmé globalement les données anatomocliniques et a
montré en outre l’activation de l’aire 44 dans la perception des rythmes, et des
cunéus et précunéus gauches dans la détection des changements de hauteurs des
sons, ce qui laisse supposer une représentation visuelle de l’échelle des hauteurs.
Griffiths et al ont rapporté l’observation d’un patient présentant une lésion des
régions temporales médianes et postérieures de l’hémisphère droit, touchant
l’insula.
Le patient se plaignait de ne plus apprécier la musique et une batterie de
tests confirma ce déficit de la perception musicale, sans perturbation de la
perception des bruits de l’environnement et des sons du langage.
Sa capacité à
détecter des changements continus de la fréquence des sons était préservée.
Cependant, une perturbation dans l’analyse de séquences rapides de notes
semblait être à la base du déficit musical.
Pour les auteurs, cette observation
démontre que l’existence d’une amusie n’est pas nécessairement sous-tendue par
des lésions bilatérales.
Par ailleurs, le patient présentait un déficit dans la
perception du mouvement de la source des sons.
Ce trouble est apparenté par les
auteurs au syndrome visuel d’akinetopsie et est en accord avec des études TEP
suggérant la participation d’aires associatives du cortex auditif primaire dans la
perception du mouvement des sons.
On peut se demander pourquoi le siège cortical des différentes activations
concernant la perception de la musique n’est pas le même que le siège des lésions
responsables des amusies, généralement temporo-pariéto-occipital.
La
méthodologie employée « élimine » les activations communes aux diverses
procédures, ce qui ne permet pas de vérifier l’hypothèse qu’il existe un centre
principal temporo-pariéto-occipital, droit, de la perception musicale et divers
systèmes secondaires, de perception des éléments constitutifs de celle-ci.
Étiologies
:
Les lésions responsables sont, dans la majorité des cas, des infarctus corticosous-
corticaux uni- ou bilatéraux, souvent asymétriques, constitués en
plusieurs fois.
On trouve encore des hématomes temporaux, des
anévrismes rompus, des séquelles de méningite purulente, des tumeurs,
des traumatismes, ou des lésions toxoplasmiques au cours de l’infection
par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) (Lechevalier, à paraître).
Rappelons les exérèses corticales thérapeutiques dans l’épilepsie dont il a été
fait mention.
Dans la maladie d’Alzheimer, Rapsack et al ont distingué des erreurs de
type acoustique et de type sémantique dans la reconnaissance des sons. Polk
et Kertesz ont rapporté deux observations de musiciens souffrant
d’atrophie cérébrale dégénérative.
Chez le premier, l’atrophie prédominait à
gauche et était associée à une aphasie progressive, les fonctions musicales
étaient conservées à l’exception de la reproduction de rythmes.
L’autre
patient, qui n’était pas aphasique, avait une atrophie corticale prédominant
dans la région postérieure droite.
Il dénommait sans erreur les mélodies
familières, pouvait reproduire les rythmes, mais ne pouvait plus jouer de
piano.
Eustache et al ont étudié la perception de phonèmes, de mots, de
bruits de l’environnement et de mélodies chez 15 patients atteints de maladie
d’Alzheimer.
Le paradigme comportait des épreuves d’identification en choix
multiple parmi des distracteurs acoustiques, sémantiques et sans lien avec le
mot-cible.
Les patients atteints de maladie d’Alzheimer présentaient des
perturbations significatives dans les quatre épreuves.
Les épreuves
d’identification de phonèmes et de mots donnaient lieu essentiellement à des
erreurs acoustiques, et les épreuves d’identification de bruits de
l’environnement et de mélodies à des erreurs plus nombreuses de type
acoustique et sémantique.
Ces troubles de la perception auditive ne sont pas
corrélés à la sévérité de la démence.
Ces résultats suggèrent que, en plus des
autres troubles cognitifs, les patients atteints de maladie d’Alzheimer ont une
perturbation spécifique de la perception auditive d’origine centrale.
Ces
déficits peuvent être rapprochés du pattern de lésions dégénératives décrit
dans cette affection, qui implique à la fois les structures corticales (cortex
temporaux auditifs primaire et secondaire) et sous-corticales (corps genouillé
médian et colliculus inférieur).
Les troubles de la perception auditive mis en
évidence dans l’étude d’Eustache et al pourraient correspondre à la
traduction clinique de ces lésions cérébrales.
Enfin, le syndrome de Laudau-Kleffner comprend une agnosie auditive.
Il
peut persister à titre de séquelle après la guérison de l’épilepsie à point de
départ temporal : une extinction auditive au test d’écoute dichotique ou bien
un déficit de la mémoire phonologique.
De façon schématique, on peut conclure que des lésions bitemporales
soit corticales, soit sous-corticales, touchant les isthmes temporaux, la
capsule externe, les corps genouillés internes, soit mixtes, peuvent
entraîner des agnosies auditives, des surdités corticales ou des
surdités verbales pures par lésions bilatérales.
Des lésions temporales
ou temporopariétales droites peuvent provoquer une agnosie auditive,
une amusie surtout de type aperceptif, une surdité corticale unilatérale.
Une lésion temporale ou temporopariétale gauche peut être
responsable d’une amusie (surtout mais pas exclusivement de type
asémantique), d’une surdité verbale pure par lésion unilatérale.