Décrit initialement par Unna et Pollitzer en 1890, puis quelques
années plus tard par Darier sous le terme de dystrophie papillaire et
pigmentaire, l’acanthosis nigricans est une dermatose
cutanéomuqueuse de fréquence assez rare, mais de diagnostic facile,
reposant sur un aspect clinique caractéristique.
L’acanthosis nigricans a longtemps posé des problèmes d’ordre
nosologique et étiologique : dans un premier temps, ses rapports
avec une néoplasie viscérale sous-jacente ont été mis en évidence,
constituant ainsi un des premiers syndromes paranéoplasiques
décrits.
Puis ont été décrites des associations à des endocrinopathies, dont le point commun est le plus souvent un
hyperinsulinisme réactionnel à un état d’insulinorésistance.
Des travaux récents insistent sur le probable facteur de risque
cardiovasculaire que représente intrinsèquement l’hyperinsulinisme.
Historique :
Les premiers cas d’acanthosis nigricans, décrits à la fin du siècle
dernier par l’équipe germanique de Unna et Pollitzer,
correspondaient à des formes paranéoplasiques, les auteurs relevant
d’emblée le lien existant entre cette éruption et un cancer viscéral, le
plus souvent abdominal, en particulier gastrique.
Darier le décrit
sous le terme de dystrophie papillaire et pigmentaire.
Au début du siècle, l’attention fut attirée sur l’existence de formes
non paranéoplasiques, « bénignes », fréquemment associées à des endocrinopathies.
Celles-ci étaient multiples et variées,
concernant paradoxalement des états aussi opposés que des
hyperthyroïdies, des hypothyroïdies, des hypercorticismes et des
hypocorticismes, des acromégalies, des syndromes complexes avec
nanisme.
Sur la base des travaux de Curth, l’acanthosis nigricans fut scindé
en quatre syndromes différents : des formes paranéoplasiques,
bénignes, syndromiques et des pseudoacanthosis nigricans observés
chez le sujet obèse.
Suite aux travaux de Kahn, dans les années 1970, cette
classification est actuellement rejetée.
La physiopathologie des acanthosis nigricans non paranéoplasiques a été bien mieux
comprise, insistant sur la responsabilité d’un état
d’hyperinsulinisme, réactionnel à une situation d’insulinorésistance.
Ceci semble constituer le point commun à la majorité
des acanthosis nigricans bénins, qu’il s’agisse de cas associés à une
endocrinopathie, à une surcharge pondérale ou de ceux apparaissant
dans un contexte familial génétique.
Description
:
L’acanthosis nigricans est caractéristique par sa topographie et par
ses lésions élémentaires.
A - TOPOGRAPHIE :
L’acanthosis nigricans débute puis prédomine dans les grands plis,
surtout ceux des régions axillaires et inguinales et autour de
la nuque qui semble constituer la région le plus fréquemment et le
plus précocement atteinte.
Secondairement, les lésions peuvent
diffuser, concerner tous les plis, en particulier ceux de la région périombilicale, des creux poplités, des coudes, la face
dorsale des articulations interphalangiennes.
Des atteintes extensives, touchant de grandes surfaces cutanées, ont
été observées.
De façon exceptionnelle, l’ensemble des
téguments peut être atteint ; ces cas peuvent s’associer à une
alopécie et à une leuconychie.
Ces formes profuses semblent surtout
être l’apanage des acanthosis nigricans paranéoplasiques.
Plus rarement, les paupières, les lèvres et la région
vulvaire sont concernées.
La semi-muqueuse des lèvres peut être
recouverte de petites formations papillomateuses prédominant aux
commissures.
Les muqueuses pharyngolaryngées,
oesophagiennes et anogénitales sont parfois le siège de lésions
d’acanthosis nigricans. Dans son ensemble, l’éruption est le
plus souvent symétrique.
B - LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES :
L’acanthosis nigricans associe deux types d’anomalies : une
hyperpigmentation brunâtre, d’origine mélanique, et un
épaississement cutané donnant l’impression d’une peau rugueuse,
sèche, infiltrée, reflet de l’acanthose et de la papillomatose.
Au niveau des paupières, les lésions sont parfois exclusivement papillomateuses, non pigmentées. Une hyperkératose isolée des
mamelons a été observée.
Au niveau des paumes des mains, on peut observer un aspect
épaissi ressemblant plus ou moins à celui de la muqueuse
intestinale.
L’aspect le plus caractéristique est un épaississement
des dermatoglyphes.
Cette pachydermatoglyphie est très
évocatrice d’un acanthosis nigricans paranéoplasique.
Elle serait
fréquente dans environ un quart des cas paranéoplasiques, alors
qu’elle est absente, ou en tout cas très discrète, dans les formes
bénignes.
Les muqueuses sont le siège de lésions pigmentées, généralement
isolées, rarement papillomateuses et infiltrées.
Diagnostic positif :
Le diagnostic de l’acanthosis nigricans est avant tout clinique et ne
nécessite généralement pas d’examens complémentaires, à
l’exception de ceux nécessités par l’enquête étiologique.
A - EXAMEN HISTOLOGIQUE :
Les lésions sont non spécifiques.
On observe une hyperplasie
épidermique qualitativement normale avec une importante papillomatose, une hyperkératose de type orthokératosique, une
acanthose plus discrète.
Au niveau de la couche basale, il existe une
discrète hyperpigmentation mélanique.
Dans le derme, on n’observe aucune lésion et en particulier aucun
infiltrat.
Les colorations histologiques ne présentent pas d’intérêt.
On ne remarque pas d’anomalie du réseau dermique (fibres
élastiques et collagéniques).
La coloration argentaffine montre une
augmentation de la quantité de mélanine dans l’épiderme, sans
élévation du nombre des mélanocytes.
B - MICROSCOPIE ÉLECTRONIQUE :
Lorsque cet examen est pratiqué, on observe la présence de grandes
vacuoles à l’intérieur des kératinocytes, des altérations dégénératives
des kératinocytes superficiels.
Les grains de kératohyaline sont
irréguliers.
Il existe une hyperactivité des mélanocytes très riches
en mélanosomes.
Des dépôts de glycosaminoglycans ont été décrits
chez des patients présentant un acanthosis nigricans avec syndrome
des ovaires polykystiques.
L’origine de ces dépôts est mal précisée
et pourrait traduire des anomalies du métabolisme glucidique en
rapport avec l’état d’insulinorésistance.
Épidémiologie
:
L’acanthosis nigricans a longtemps été considéré comme une
dermatose rare.
En fait, son incidence véritable a sans doute été en
partie sous-estimée.
Des cas d’acanthosis nigricans bénins ont été
observés à tout âge, parfois même dès la naissance.
Dans une étude portant sur l’examen systématique de 1 412
enfants, l’incidence de l’acanthosis nigricans s’est révélée être de
l’ordre de 7,1 %.
La prévalence exacte était de 5,7 % à l’âge de 11
ans, 9,3 % à l’âge de 12 ans, 6,6 % à l’âge de 13 ans et 6,5 % à l’âge
16 ans.
Le sex-ratio était à peu près égal avec 52,5 % de garçons et
47,5 % de filles.
Cette étude, réalisée aux États-Unis, a également
démontré des différences d’incidences suivant l’origine des patients :
l’incidence est inférieure à 1 % chez les sujets « blancs non
hispaniques » ; elle montait à 5,5 % chez les sujets d’origine
hispanique et à 13,3 % chez les Noirs.
Dans une population adulte de sujets obèses, les trois quarts des
34 patients examinés étaient atteints d’acanthosis nigricans.
Les formes paranéoplasiques d’acanthosis nigricans sont beaucoup
plus rares.
Si l’incidence exacte de ces acanthosis nigricans est
inconnue, il est en tout cas clair que la plupart des patients
présentant un cancer n’ont pas d’acanthosis nigricans : dans une
étude portant sur 12 000 patients atteints de cancers observés
pendant 10 ans, seulement deux présentaient un acanthosis
nigricans.
La plupart des associations acanthosis nigricanscancers
mettent en évidence des néoplasies d’origine variée, le plus
souvent abdominales, en particulier gastriques.
Diagnostics différentiels :
Le diagnostic d’acanthosis nigricans est le plus souvent cliniquement
facile ; certains diagnostics différentiels peuvent parfois se discuter,
en particulier les dermatoses présentant un aspect pigmenté et
touchant fréquemment les plis.
A - DERMATOSE PIGMENTAIRE ET RÉTICULÉE DES PLIS
OU MALADIE DE DOWLING-DEGOS :
C’est une génodermatose autosomique dominante, de fréquence
plus rare chez l’homme.
Elle se caractérise par une pigmentation
brunâtre et réticulée des plis prédominant dans les plis axillaires,
inguinaux et sous-mammaires.
Cette pigmentation est isolée, n’étant
associée à aucune anomalie quantitativement visible de l’épiderme :
ni hyperkératose, ni papillomatose.
B - PAPILLOMATOSE CONFLUENTE ET RÉTICULÉE
DE GOUGEROT-CARTEAUD :
Elle réalise des placards pigmentés hyperkératosiques,
papillomateux, formés par la coalescence de petites papules.
Elle
prédomine sur des régions présternales et médiodorsales.
Elle est
parfois associée à d’authentiques acanthosis nigricans.
Le traitement
spécifique semble être la minocycline qui permettrait des régressions
complètes.
C - MALADIE DE DARIER :
Elle peut simuler un acanthosis nigricans du fait de l’existence de
plaques brunâtres « crasseuses », à surface kératosique.
Comparées
à un acanthosis nigricans, les lésions sont mieux limitées et sont plus
kératosiques que papillomateuses.
En cas de doute, l’examen
histologique confirme le diagnostic : présence d’une hyperkératose
de type parakératosique avec globes cornés, existence de corps ronds
dans le corps muqueux traduisant la dyskératose kératinocytaire.
D - MALADIE DE FOX-FORDYCE :
Elle peut évoquer un acanthosis nigricans du fait de sa localisation
aux plis et de son aspect pigmenté en « nappes ».
Ses lésions sont
beaucoup plus papuleuses, de nature folliculaire, en rapport avec
une rétention des glandes apocrines.
Surtout, la maladie de Fox-Fordyce se différencie facilement d’un acanthosis nigricans par la
présence d’un prurit intense, source d’un grattage répété,
responsable d’une lichénification.
E - MÉLANODERMIES :
Elles siègent souvent dans les plis et sur les zones de frottement.
Elles peuvent donc simuler un acanthosis nigricans bien qu’il
manque la composante hyperkératosique.
Les principales étiologies
sont :
– l’insuffisance surrénale d’Addisson ;
– la maladie de Cushing ;
– les hypersécrétions de melanocytic stimulating hormone (MSH) ;
– l’hémochromatose ;
– l’arsénicisme ;
– enfin, les hypermélanoses induites par certains antimitotiques.
F - LYMPHOMES CUTANÉS :
Certains lymphomes cutanés peuvent simuler des acanthosis
nigricans, essentiellement des états parapsoriasiques en « plaques »
ou certains lymphomes T cutanés.
À l’inverse, des proliférations hématodermiques peuvent s’accompagner d’un acanthosis
nigricans.
G - PITYRIASIS VERSICOLOR :
Cette dermatomycose est parfois discutée devant des lésions
profuses et émiettées de topographie présternale ou dorsale, mais le
diagnostic en est généralement facile.
H - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DES ATTEINTES ORALES
:
On peut discuter un syndrome de Goltz-Gorlin, une maladie de
Cowden, une granulomatose de Wegener, une lipoprotéinose, une
réticulohistiocytose, une hypertrichose lanugineuse buccale.
Pathologies associées
:
Les acanthosis nigricans peuvent être classés en deux grands types :
paranéoplasiques, et bénins ou non paranéoplasiques.
A - ACANTHOSIS NIGRICANS PARANÉOPLASIQUES
:
Ils constituent d’authentiques syndromes paranéoplasiques.
Ils
apparaissent à la suite du développement d’une néoplasie,
régressent habituellement après la cure chirurgicale de ces cancers,
mais récidivent en cas de métastases ou de développement
secondaire de ces cancers.
D’après des travaux de Curth, le
cancer est précédé par l’acanthosis nigricans dans 17 % des cas, et
apparaît de façon simultanée dans 61 % des cas.
Dans 22 % des cas,
le cancer est découvert avant la survenue de l’acanthosis nigricans.
D’une façon générale, il semble que l’existence d’un acanthosis
nigricans au cours d’un cancer soit un facteur de mauvais pronostic.
Ainsi, dans nombre de cas, lorsque des cancers étaient associés à un acanthosis nigricans, ils se révélaient déjà inopérables et de pronostic
particulièrement mauvais.
Devant un acanthosis nigricans, les arguments en faveur de l’origine
paranéoplasique sont les suivants :
– installation rapide ;
– association d’autres manifestations cutanées, tel un signe de Leser-Trelat ;
– hyperkératose palmoplantaire ;
– papillomatose cutanée floride.
Cette dernière association pose toutefois des problèmes
nosologiques.
L’âge de survenue constitue un argument faible,
puisque si les formes paranéoplasiques sont plus fréquentes à l’âge
adulte, comme l’ensemble des cancers, des formes paranéoplasiques
ont néanmoins été décrites chez l’enfant dès l’âge de 2 ans.
Les meilleurs signes en faveur de l’origine paranéoplasique sont
l’existence d’une pachydermatoglyphie et une éruption
particulièrement intense et diffuse touchant l’ensemble des plis et
les muqueuses.
L’existence d’un prurit, présent dans 47 %
des cas environ, plaide également en faveur de l’origine
paranéoplasique.
Les différents types de cancers associés sont variables mais sont
dominés par des cancers abdominaux, en particulier les cancers de
l’estomac.
Ainsi, dans une étude de Curth portant sur 191 cas, il
s’avère que 90 % des acanthosis nigricans étaient associés à un
cancer abdominal.
Les cancers de l’estomac représentaient à eux
seuls 69 % des étiologies.
Les 31 % restants étaient dominés par des
cancers de l’utérus, du foie, de l’intestin, du rectum et du côlon.
Parfois, des cancers non abdominaux ont été observés, dans 8 % des
cas ; il s’agit surtout des cancers mammaires et pulmonaires.
En
1984, une autre étude, portant cette fois-ci sur 247 cas, a mis en
évidence 112 cancers de l’estomac, 20 cancers du poumon, 19 cancers
du foie, 18 cancers de l’utérus et 10 lymphomes, aussi bien des
lymphomes hodgkiniens que non hodgkiniens, dont des cas de
mycosis fongoïde.
Sur un plan histologique, la plupart des
cancers associés sont des adénocarcinomes.
B - ACANTHOSIS NIGRICANS BÉNINS :
Au cours des acanthosis nigricans bénins, plusieurs situations
peuvent être rencontrées :
– acanthosis nigricans associés à des endocrinopathies ;
– acanthosis nigricans avec surcharge pondérale ;
– acanthosis nigricans familiaux isolés ;
– acanthosis nigricans et syndromes dysmorphiques complexes ;
– acanthosis nigricans et maladies auto-immunes ;
– acanthosis nigricans et médicaments.
1- Acanthosis nigricans associés à des endocrinopathies
:
De multiples endocrinopathies ont été décrites comme pouvant
être associées à des acanthosis nigricans non paranéoplasiques.
Celles-ci étaient aussi variées que des
hypercorticismes, des insuffisances surrénaliennes, des
hyperthyroïdies, des hypothyroïdies, des cas d’acromégalie, des
diabètes, etc.
Il convient de signaler que ces observations datent
d’une époque où le dosage de l’insuline n’était pas courant : ainsi
on ne peut préciser, dans la plupart de ces observations, s’il
existait ou non un hyperinsulinisme.
Ceci n’a pas facilité la
compréhension de la pathogénie de l’acanthosis nigricans.
On constate que dans tous ces cas, l’existence d’une insulinorésistance avec hyperinsulinisme réactionnel est possible.
Les hypercorticismes induisent par eux-mêmes un état
d’insulinorésistance, et l’origine de l’hypercorticisme peut être autoimmune,
ce qui peut favoriser la sécrétion d’autoanticorps
antirécepteurs à l’insuline qui, comme nous le verrons
ultérieurement, est la source d’une insulinorésistance. De même,
l’insuffisance surrénale est souvent d’origine auto-immune.
En cas
d’hypothyroïdie, il existe une surcharge pondérale qui est la source
d’une insulinorésistance.
Nombre d’hyperthyroïdies sont d’origine
auto-immune, avec sécrétions possibles d’autre types
d’autoanticorps, tels des anticorps antirécepteurs à l’insuline.
2- Acanthosis nigricans et surcharge pondérale
:
La survenue d’un acanthosis nigricans chez un patient obèse a
longtemps été considérée comme sans valeur, et on parlait volontiers
de « pseudoacanthosis nigricans » du sujet obèse.
On
considérait que les lésions de type acanthosis nigricans ne
traduisaient qu’une simple hyperplasie épidermique en rapport avec
le frottement et la macération dans les plis épaissis de ces patients.
Or, des études ont démontré que l’existence d’un acanthosis
nigricans était loin d’être constante chez un sujet en état de
surcharge pondérale.
De plus, les lésions débordent largement
des zones de frottement, ce qui démontre bien qu’on ne puisse pas
incriminer le seul facteur de frottement pour expliquer la survenue
de ces lésions.
Aujourd’hui, l’ensemble des auteurs considèrent qu’il
s’agit d’authentiques acanthosis nigricans.
Chez un sujet en état de surcharge pondérale, il existe toujours un
certain degré d’insulinorésistance avec hyperinsulinisme réactionnel.
Des travaux, en particulier ceux de Flier, semblent démontrer que
chez un sujet obèse, l’existence d’un acanthosis nigricans signe un
hyperinsulinisme particulièrement important, plus important que
celui habituellement observé pour un même poids.
L’évolution de
l’hyperinsulinémie est parallèle à celle de la surcharge pondérale :
en cas d’aggravation, elle augmente ; en cas de régime et de perte
de poids, elle diminue rapidement.
Cette notion prend toute son
importance chez les sujets obèses puisque de nombreux arguments
plaident actuellement pour le fait que l’hyperinsulinémie constitue
en soi un facteur intrinsèque de risque cardiovasculaire, venant
s’ajouter au facteur de risque représenté par la surcharge lipidique.
3- Acanthosis nigricans familiaux
:
Ils sont considérés comme une génodermatose rare transmise sur
un mode autosomique dominant.
L’âge de survenue est variable,
parfois dès la naissance, parfois plus tardivement.
Lorsqu’il
débute précocement, il s’accompagne d’une accélération de la
croissance des os responsable d’une grande taille.
De même que
pour les endocrinopathies, la plupart des cas décrits l’ont été à une
époque où le dosage de l’insuline n’était pas de pratique courante.
Il est permis de se demander si une insulinorésistance, source
d’hyperinsulinémie, n’existait pas chez ces patients, comme cela semble être le
cas dans les observations les plus récentes.
4- Acanthosis nigricans et syndromes
dysmorphiques complexes
:
De très nombreux syndromes plus ou moins complexes peuvent être
associés à un acanthosis nigricans.
La liste en est longue,
mais on retiendra plus particulièrement :
– le lepréchaunisme ;
– le syndrome ataxie-télangiectasie ;
– le syndrome de Seip-Lawrence et les autres états de diabète
lipoatrophique ;
– le syndrome des ovaires micropolykystiques ;
– les syndromes de Bloom, de Rud, de Crouzon, d’Alström ;
– les syndromes de Rabson et Mendenhall, de Berardinelli.
Ces syndromes sont extrêmement variés dans leur expression, mais
le point commun semble constitué par l’existence d’un état
d’hyperinsulinisme.
* Lepréchaunisme :
Il s’agit d’une affection exceptionnelle, caractérisée par un faciès
d’elfe avec proéminence oculaire, un retard de croissance, une
hypertrophie des organes génitaux externes.
Au niveau de la peau,
on observe une hypertrichose, un acanthosis nigricans, une
diminution relative du tissu adipeux et une hypertrophie gingivale.
Le lepréchaunisme s’accompagne fréquemment d’anomalies du
métabolisme glucidique avec insulinorésistance.
Celui-ci serait lié à
une anomalie de nature « postrécepteur ».
* Syndrome de Bloom
:
De transmission autosomique récessive, il associe un état poïkilodermique télangiectasique, du visage avec photosensibilité.
Plus tard, une fragilité chromosomique héréditaire favorise la
survenue de multiples néoplasies.
L’acanthosis nigricans y est
possible mais inconstant.
Syndrome de Rud
Congénital, transmis sur un mode autosomique récessif, il associe
une érythrodermie ichtyosiforme congénitale sèche, un nanisme, des
anomalies du squelette des mains et des pieds, une comitialité, un
hypogonadisme d’origine centrale, une surdité et une rétinite.
L’acanthosis nigricans y est inconstant.
* Syndrome de Mendenhall :
Ce syndrome associe une lipoatrophie de la partie supérieure du
corps avec distension abdominale, hépatomégalie de surcharge,
hypertrophie des organes génitaux externes.
Un acanthosis nigricans
y est fréquent associé à une insulinorésistance par baisse du nombre
des récepteurs à l’insuline.
* Maladie de Werner et progeria :
Elles peuvent présenter des acanthosis nigricans.
Un état
d’insulinorésistance est habituel au cours de ces affections d’évolution sévère.
5- Acanthosis nigricans et maladies auto-immunes
:
Des affections auto-immunes ont également été associées à des acanthosis nigricans, telles que cirrhose biliaire primitive, lupus
érythémateux, dermatomyosite, sclérodermie, maladies au cours
desquelles la production d’autoanticorps est habituelle.
La
sécrétion d’autoanticorps antirécepteurs à l’insuline, responsable
d’un état d’insulinorésistance, a été décrite au cours de ces syndromes.
6- Acanthosis nigricans et médicaments
:
Quelques cas d’acanthosis nigricans apparemment induits par une prise
médicamenteuse ont été décrits.
Il est important de noter que la plupart des médicaments répertoriés
se révèlent capables d’induire, par voie générale ou localement, un
état d’insulinorésistance ou un hyperinsulinisme.
Physiopathologie :
A - INTRODUCTION :
Comme le montre l’examen histologique, l’acanthosis nigricans
correspond à une hyperplasie qualitativement normale de l’épiderme.
Celle-ci est responsable de l’aspect clinique.
Il est
raisonnable de considérer que l’acanthosis nigricans est le résultat
d’une stimulation exagérée de la croissance épidermique par des
facteurs de croissance.
Ceux-ci peuvent agir directement en
stimulant les kératinocytes, ou indirectement en stimulant les
fibroblastes dermiques qui, on le sait, interviennent dans la
régulation du renouvellement épidermique.
Dans les formes paranéoplasiques, la pathogénie est encore mal
précisée, mais on s’accorde à penser que des facteurs de croissance
sécrétés par les cellules cancéreuses induisent l’hyperplasie.
Dans
les autres formes d’acanthosis nigricans, il semble que
l’hyperinsulinisme généralement retrouvé constitue le facteur de
croissance responsable.
B - PATHOGÉNIE DES ACANTHOSIS NIGRICANS
PARANÉOPLASIQUES :
L’acanthosis nigricans constitue un véritable syndrome
paranéoplasique, régressant avec la cure de la tumeur et récidivant
en même temps qu’elle.
Cette affection a été décrite chez le chien,
en cas de cancer du foie, avec cette même évolution parallèle de
type paranéoplasique.
L’acanthosis nigricans est secondaire à une hyperplasie épidermique
réactionnelle à une sécrétion d’un facteur de croissance par les
cellules cancéreuses, le plus souvent de type adénocarcinome.
Plusieurs molécules se révèlent capables de stimuler les kératinocytes, ou les fibroblastes dermiques, alors qu’elles peuvent
être sécrétées par des cellules cancéreuses.
Le principal facteur de
croissance aujourd’hui suspecté est le transforming growth factor
alpha (TGFá).
Ainsi chez un patient porteur d’un mélanome et chez d’autres
atteints de cancer gastrique, des taux élevés de TGF-á ont été
retrouvés dans les urines.
Le TGFá pourrait stimuler les
kératinocytes de façon directe ou indirecte, par le biais des
récepteurs à l’epidermal growth factor (EGF), autre facteur de
croissance important de l’épiderme, du fait de sa ressemblance sur
un plan tridimensionnel.
De même, il est possible que d’autres cas
d’acanthosis nigricans soient secondaires à la sécrétion d’EGF par
les cellules cancéreuses.
Les cellules épidermiques présentent des
récepteurs pour de nombreux facteurs de croissance dont le TGFá
et l’EGF.
C - PATHOGÉNIE DES ACANTHOSIS NIGRICANS NON
PARANÉOPLASIQUES :
Les pathologies associées à des acanthosis nigricans bénins sont
multiples.
Dans la plupart des cas, le point commun se révèle être
un état d’hyperinsulinisme réactionnel à une situation
d’insulinorésistance.
1- Rappel sur les métabolismes de l’insuline
et des somatomédines :
L’insuline est sécrétée par les cellules bêta de Langerhans du
pancréas.
Elle intervient fondamentalement dans la régulation du
métabolisme glucidique, mais joue également un rôle non
négligeable dans une multitude d’autres actions métaboliques.
Son
activité passe par le biais d’une fixation à des récepteurs spécifiques
appelés récepteurs à l’insuline.
Ces récepteurs, situés au niveau des
membranes des cellules cibles, sont des glycoprotéines, d’un poids
moléculaire de 300 000 Da.
La fixation de l’insuline sur le récepteur
membranaire provoque une réaction enzymatique à type de
phosphorylation.
Il s’ensuit une cascade de réactions enzymatiques
aboutissant à la synthèse d’acides nucléiques.
Il existe une corrélation inverse entre le taux d’insuline et le nombre
de récepteurs, ce qui constitue un mécanisme de régulation par
feedback : plus le taux d’insuline augmente, plus le nombre de
récepteurs diminue.
Ainsi, en cas d’hyperinsulinisme, le nombre de
récepteurs à insuline est plus faible, de même en cas de surcharge
pondérale, on observe une diminution nette du nombre des
récepteurs à insuline.
Les actions cellulaires de l’insuline sont multiples.
Elles régulent le
métabolisme du glucose mais interviennent également dans celui
des acides aminés et exercent donc des effets anabolisants.
Point
fondamental pour comprendre la physiopathogénie de l’acanthosis
nigricans, l’insuline présente également une affinité, faible certes,
mais non négligeable, pour les récepteurs aux somatomédines
appelées insuline-like growth factor I (IGF-I).
L’IGF-I est un facteur de croissance essentiel, en particulier pour la
croissance osseuse, sécrété par le foie sous l’influence de l’hormone
de croissance.
En fait, l’IGF-I constitue le médiateur périphérique de
l’hormone de croissance.
En cas de sécrétion excessive d’hormone
de croissance, on observe une élévation du taux d’IGF-I responsable
du syndrome d’acromégalie.
À l’inverse, l’absence de réponse de
sécrétion de l’IGF-I après stimulation par l’hormone de croissance
conduit à un nanisme harmonieux.
L’exemple classique est le
pygmée d’Afrique dont le foie ne sécrète pas d’IGF-I.
Les somatomédines de type IGF-I présentent des effets anabolisants
majeurs sur la croissance osseuse et les diverses synthèses
protéiques.
Elles stimulent la croissance de multiples tissus tels que
l’os, le muscle, l’épiderme (les kératinocytes présentent des
récepteurs aux IGF-I), les vaisseaux, les cellules sexuelles de l’ovaire
et des testicules.
Il a été démontré que l’insuline et l’IGF-I dérivent
probablement d’une même molécule qui, au cours de l’évolution,
s’est scindée en deux molécules distinctes restant encore assez
proches sur le plan de leur structure tridimensionnelle.
De plus, il s’avère que l’insuline est capable de se fixer et de stimuler
les récepteurs membranaires aux IGF-I, avec toutefois une faible
affinité.
Néanmoins, on comprend facilement qu’en cas d’hyperinsulinisme,
c’est-à-dire lorsque le taux d’insuline est très élevé,
cette action de l’insuline, par le biais des récepteurs à l’IGF-I, n’est plus
négligeable et que l’insuline exerce alors un effet
anabolisant important sur les divers tissus cibles tels
que les ovaires, les testicules, les os, les vaisseaux
et l’épiderme.
2- Insulinorésistance :
Elle peut être révélée soit par des dosages simultanés de la glycémie
et de l’insulinémie lors d’une épreuve d’hyperglycémie provoquée,
soit par une deuxième méthode : le clamp euglycémique.
Celui-ci
mesure la quantité de glucose exogène nécessaire pour maintenir
une glycémie constante lorsqu’une quantité d’insuline
prédéterminée est perfusée.
Cette insulinorésistance peut être due à trois mécanismes
différents :
– le premier, qui est assimilé au syndrome de Kahn de type A,
correspond à une disparition ou à une diminution importante du
nombre des récepteurs à l’insuline à la surface des membranes
cellulaires ;
– le deuxième, appelé syndrome de Kahn type B, est lié à la
présence d’autoanticorps antirécepteurs à l’insuline qui, en se fixant
sur les récepteurs à l’insuline avec une forte affinité, empêchent la
fixation de l’insuline ;
– le troisième, correspondant au syndrome de Kahn de type C, est
moins bien connu et traduit une anomalie enzymatique postrécepteur siégeant sur la cascade enzymatique qui intervient
après la stimulation du récepteur à l’insuline.
Quel que soit le mécanisme de l’insulinorésistance, qu’il s’agisse
d’une anomalie du récepteur (type A) postrécepteur (type C) ou
d’une maladie auto-immune (type B), le résultat sera le même : pour
compenser cette insulinorésistance, le pancréas va synthétiser une
quantité beaucoup plus importante d’insuline, ce qui crée une
hyperinsulinémie et peut contribuer à éviter une perturbation du
métabolisme glucidique.
Ainsi, un état d’insulinorésistance ne
s’accompagne pas forcément d’un diabète.
Au contraire même,
l’hyperinsulinémie vise à éviter l’hyperglycémie.
On comprend
qu’un simple dosage de la glycémie ne suffise en aucun cas à
éliminer un état d’insulinorésistance.
3- Rôle de l’hyperinsulinémie dans la survenue
de l’acanthosis nigricans :
En cas d’hyperinsulinémie, l’insuline, présente en taux élevé dans le
sang et ne pouvant plus se fixer sur les récepteurs à l’insuline, a
tendance à se fixer de façon importante sur les récepteurs aux IGF-I.
Il s’ensuit une action de l’insuline de type pseudosomatomédine,
c’est-à-dire une action fortement anabolisante sur divers tissus :
– au niveau du muscle, ceci entraîne une hypertrophie musculaire ;
– au niveau des veines, une phlébomégalie ;
– au niveau des cellules sexuelles, une hyperandrogénie ;
– au niveau des cellules osseuses, lorsque la croissance n’est pas
terminée, donc chez l’enfant, une grande taille ;
– enfin au niveau de la peau, une hyperplasie épidermique telle que
celle que l’on observe au cours des acanthosis nigricans.
La présence de récepteurs kératinocytaires à l’insuline et à l’IGF-I a
été démontrée.
4-
Syndromes de Kahn :
On a longtemps décrit les syndromes de Kahn comme des
syndromes anatomocliniques.
Le type A se traduisait
cliniquement par des signes d’hyperandrogénie (acné, hyperpilosité,
alopécie androgénogénétique, stérilité) ; chez la femme, une
association fréquente à un syndrome des ovaires
micropolykystiques.
Sur un plan biologique, l’anomalie était une
diminution très importante du nombre des récepteurs à l’insuline.
On lui opposait le type B de Kahn, cliniquement caractérisé par sa
survenue plutôt chez une femme plus âgée présentant diverses
anomalies traduisant des anomalies d’ordre auto-immun :
association à divers autoanticorps (lupus érythémateux systémique,
vitiligo, cirrhose biliaire primitive, thyroïdite auto-immune,
syndrome néphrotique, syndrome ataxie-télangiectasies).
Sur un
plan biologique, l’insulinorésistance est donc liée à des autoanticorps
se fixant sur les récepteurs à l’insuline.
Aujourd’hui, on ne doit plus
considérer qu’il s’agisse de syndromes cliniques, mais simplement
d’un mécanisme physiopathologique permettant de comprendre la
survenue d’une insulinorésistance.
5- Insulinorésistance et endocrinopathies
:
Nous avons déjà signalé la possibilité d’une insulinorésistance et
donc d’un hyperinsulinisme en cas de thyroïdite d’Hashimoto par
synthèse d’autoanticorps antirécepteurs à l’insuline.
À l’inverse, en
cas d’hypothyroïdie, le mécanisme semble être plus en rapport avec
la surcharge pondérale (due à l’hypothyroïdie), ce qui induit l’état
d’insulinorésistance.
La maladie de Cushing peut provoquer une insulinorésistance par deux mécanismes :
– d’une part, les corticostéroïdes exercent un effet anti-insuline ;
– d’autre part, la maladie de Cushing peut être d’origine autoimmune
avec synthèse d’autoanticorps antirécepteurs à l’insuline.
La maladie d’Addison est le plus souvent d’origine auto-immune,
avec possibles sécrétions d’autoanticorps antirécepteurs.
L’acromégalie peut s’accompagner d’acanthosis nigricans : le
mécanisme semble alors légèrement différent puisque, dans ce cas,
l’hyperplasie épidermique serait le résultat direct de la stimulation
excessive des récepteurs à l’IGF-I par un taux anormalement élevé
d’IGF-I et non d’insuline.
6- Insulinorésistance et médicaments
:
L’acide nicotinique induit directement un état d’insulinorésistance.
Les cas d’acanthosis nigricans, apparaissant au site d’injection
de l’insuline, illustrent directement l’effet anabolisant de l’insuline
au niveau de l’épiderme en cas d’hyperinsulinémie localisée.
Les
hormones sexuelles, les corticostéroïdes, induisent des insulinorésistances.
7- Insulinorésistance et syndromes
dysmorphiques complexes
:
Parmi les très nombreux syndromes dysmorphiques complexes
décrits comme pouvant être associés à un acanthosis nigricans, la
recherche d’une hyperinsulinémie révélatrice d’une
insulinorésistance a rarement été entreprise.
On constate toutefois
que dans la plupart des cas, il est possible de proposer une
explication à la présence d’une insulinorésistance.
Celle-ci est
habituelle en cas de lepréchaunisme, de syndrome de Bloom, de
syndrome de Werner et de progeria, de syndrome de Seip-Lawrence, ou d’autres états avec lipoatrophie, et de syndrome
ataxie-télangiectasies.
8- Maladies auto-immunes et insulinorésistance
:
Les cas d’acanthosis nigricans décrits au cours d’affections autoimmunes,
tels le lupus érythémateux et la dermatomyosite, peuvent
s’expliquer par la présence d’autoanticorps antirécepteurs à
l’insuline induisant une insulinorésistance.
Dans ce cas, il est
important de connaître cette situation avant de prescrire des corticostéroïdes, si ce traitement est envisagé.
En effet, la prescription
des corticoïdes entraîne une diminution brutale de la synthèse des autoanticorps antirécepteurs à l’insuline, alors que
l’hyperinsulinémie diminue plus lentement.
Ceci peut induire de
façon rapide une hypoglycémie qui peut se révéler mortelle.
Ainsi,
en théorie, lorsque l’on prescrit des corticostéroïdes au cours d’un
lupus érythémateux ou d’une autre affection auto-immune, il devrait
être obligatoire de dépister la présence d’un acanthosis nigricans,
qui signerait une possible insulinorésistance.
Celle-ci est toutefois d’incidence très
faible au cours de ces affections, expliquant la rareté
de tels accidents.
9- Hyperandrogénie et insulinorésistance
:
On a longtemps considéré que l’hyperandrogénie était également
une cause possible d’acanthosis nigricans illustrant les effets
anabolisants des androgènes sur l’épiderme.
Il est maintenant établi
que l’hyperinsulinisme, en stimulant les cellules du stroma ovarien
et les cellules sexuelles du testicule, est capable d’induire une
sécrétion excessive d’hormones sexuelles mâles et donc un état
d’hyperandrogénie.
L’hyperandrogénie est en elle-même responsable d’une aggravation
de l’insulinorésistance.
Il s’établit donc un cercle vicieux,
l’insulinorésistance provoquant l’hyperandrogénie qui aggrave ellemême
l’insulinorésistance.
Il semble aujourd’hui très peu probable
que l’hyperandrogénie, si elle est isolée, soit capable par elle-même
de provoquer un acanthosis nigricans.
Le principal argument
tient dans le fait que tous les hommes présentent des taux de
testostérone beaucoup plus élevés que ceux de la femme, alors qu’ils
ne présentent pas d’acanthosis nigricans !
L’existence d’un
hyperinsulinisme semble donc nécessaire pour que la situation
d’hyperandrogénie s’accompagne d’un acanthosis nigricans.
La signification des syndromes appelés hair-an syndromes doit
probablement être très relativisée.
Les syndromes traduisaient
l’association d’une hyperandrogénie, d’une insulinorésistance et
d’un acanthosis nigricans.
En fait, tout hyperinsulinisme peut
induire chez la femme une hyperandrogénie et, bien sûr, un
acanthosis nigricans.
Signification de l’acanthosis nigricans :
A -
DOUBLE MARQUEUR CUTANÉ
:
Il constitue un double marqueur cutané soit d’une néoplasie
viscérale profonde, soit d’une insulinorésistance avec
hyperinsulinémie réactionnelle.
Cette deuxième notion est fondamentale, car il est aujourd’hui établi
que l’hyperinsulinémie constitue un facteur de risque
cardiovasculaire.
Ainsi, alors qu’il est facile de dépister cliniquement
un acanthosis nigricans en examinant les plis d’un patient, ceci peut
conduire à modifier l’attitude thérapeutique puisque l’on aura
dépisté un facteur de risque cardiovasculaire accru.
B - MARQUEUR CUTANÉ DE RISQUE
CARDIOVASCULAIRE ACCRU :
Les facteurs de risque cardiovasculaire les plus connus sont le tabac,
l’hypertension artérielle et l’hypercholestérolémie.
L’hyperglycémie
constitue un facteur indépendant de maladie coronarienne.
Diverses études épidémiologiques ont démontré que le taux de
l’insulinémie à jeun était prédictif de la mortalité coronarienne à côté
d’autres facteurs. Une étude réalisée récemment au
Québec suggère que l’hyperinsulinisme est un facteur de risque
indépendant de la glycémie.
Une étude scandinave a montré une
mortalité plus élevée par cardiopathie ischémique ou accident
vasculaire cérébral lorsqu’il existe une hyperinsulinémie.
Plusieurs
études de suivi prospectif de cohortes de patients ont démontré
qu’un taux élevé d’insuline, supérieur à 15 X 10-3 UI/L, provoquait
un risque cardiovasculaire exagéré. Celui-ci est indépendant de celui
conféré par les facteurs de risque classiques.
De plus,
l’insulinorésistance semble favoriser ou aggraver l’hypertension
artérielle.
Celle-ci passerait par une activation par l’insuline du
système nerveux sympathique, ce qui provoquerait une
hypertension artérielle.
Celle-ci va elle-même se comporter comme
un deuxième facteur de risque cardiovasculaire venant aggraver la
situation d’insulinorésistance.
Traitement :
Il doit d’abord être étiopathogénique.
A - ACANTHOSIS NIGRICANS PARANÉOPLASIQUES
:
En cas d’acanthosis nigricans paranéoplasiques, le traitement repose
sur celui de la tumeur.
L’acanthosis nigricans constituant un
authentique syndrome paranéoplasique, la cure de la tumeur
provoque une régression de l’acanthosis nigricans.
A contrario,
la récidive de l’acanthosis nigricans doit faire évoquer la survenue
d’une récidive ou de métastases secondaires.
Un cas d’acanthosis
nigricans aurait régressé après traitement par cyproheptadine.
B - ACANTHOSIS NIGRICANS BÉNINS :
Là encore, le traitement repose d’abord sur celui de l’étiologie, même
si des traitements locaux, à visée kératolytique, ont pu être proposés
par certains.
En cas de surcharge pondérale, une cure d’amaigrissement provoque
une régression de l’acanthosis nigricans.
De même, une
augmentation de l’utilisation périphérique de l’insuline, telle que
celle qui est apportée par un exercice physique régulier, en réduisant
l’état d’insulinorésistance, peut entraîner une diminution de
l’acanthosis nigricans.
En cas d’acanthosis nigricans induit par la prescription d’un
médicament (en particulier corticostéroïdes, acide nicotinique),
l’arrêt de la prescription ou la baisse de la posologie permet
généralement une régression de l’acanthosis nigricans.
Dans les différents syndromes où l’insulinorésistance semble de
nature essentielle et primitive, le traitement est plus difficile.
Sur un
plan local, purement symptomatique, il est possible d’utiliser des
topiques kératolytiques. Les résultats sont variables avec la
trétinoïne topique, les dérivés salicylés et la cryothérapie.
Par voie
générale, les rétinoïdes ont pu provoquer des régressions de
l’acanthosis nigricans, mais seulement pour des posologies
extrêmement élevées, de l’ordre de 2 mg/kg/j, sources d’effets
secondaires nets.
Dans cette optique, cette prescription ne semble
pas logique.
De plus, elle risque d’aggraver les anomalies du
métabolisme lipidique, très fréquentes en cas d’insulinorésistance.
Le kétoconazole pourrait dans certains cas permettre une diminution
de l’acanthosis nigricans du fait d’un effet antiandrogénique
modéré.
En réalité, en cas d’acanthosis nigricans révélateur d’une
hyperinsulinémie, l’essentiel du traitement doit viser à diminuer
l’insulinorésistance, puisque l’hyperinsulinémie se comporte comme
un facteur de risque cardiovasculaire.
Plusieurs médicaments peuvent réduire l’insulinorésistance :
– les biguanides, en particulier la metformine ;
– les dérivés de la thiazolidine-dione ;
– les hypolipémiants.
Ils réduisent le taux d’insuline circulant et améliorent le métabolisme
de l’insuline.
Enfin, en plus des médicaments, deux démarches
permettent de diminuer l’insulinorésistance en améliorant le
métabolisme de l’insuline au niveau de son récepteur : il s’agit de
l’exercice physique régulier et du régime alimentaire pauvre en
graisses et en sucres d’absorption rapide.
Conclusion :
L’acanthosis nigricans se révèle être un double marqueur cutané
particulièrement intéressant puisque, à côté du syndrome
paranéoplasique, il peut également révéler une hyperinsulinémie
jusque-là méconnue.
Or, l’hyperinsulinémie constitue un facteur de
risque cardiovasculaire aussi important que la consommation de tabac,
l’hypercholestérolémie, ou l’hypertension artérielle.
Ainsi, reconnaître
un acanthosis nigricans, ce qui est possible par un simple examen
clinique, sans passer par la réalisation d’examens sophistiqués, permet
de dépister une insulinorésistance.
Par ailleurs, pour les chercheurs, le
cadre des acanthosis nigricans avec hyperinsulisme contribue à mieux
faire comprendre la régulation du renouvellement épidermique,
l’influence et le rôle des divers facteurs de croissance.